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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206244

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206244

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022 sous le n° 2206244 et des pièces enregistrées le 2 décembre 2022, M. B H, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour en sa qualité de demandeur d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, à lui verser cette somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet s'est cru à tort en état de compétence lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle dès lors qu'il ne peut retourner dans son pays d'origine sans être exposé à des violences et qu'il rencontre des problèmes de santé ;

- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire durant la procédure d'asile et son droit à un recours effectif garantis par le considérant 25 de la directive 2013/32/UE, l'article 46 de cette directive, les articles 18 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union et les articles 6§1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national au titre de l'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'après avoir monté un projet professionnel en Géorgie avec le soutien des investisseurs, qui a échoué, les créanciers l'ont menacé et agressé physiquement et verbalement ;

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022 sous le n° 2206245 et des pièces enregistrées le 2 décembre 2022, Mme E G, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 7 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a l'obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour en sa qualité de demandeur d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, à lui verser cette somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet s'est cru à tort en état de compétence lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle emporte sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle ne peut retourner dans son pays d'origine sans être exposée à des violences, que son époux rencontre des problèmes de santé et qu'elle est enceinte ;

- elle méconnaît son droit au maintien sur le territoire durant la procédure d'asile et son droit à un recours effectif garantis par le considérant 25 de la directive 2013/32/UE, l'article 46 de cette directive, les articles 18 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union et les articles 6§1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national au titre de l'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a fui les menaces des créanciers de son époux.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Mercier, représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins, abandonne les conclusions à fin de suspension des mesures d'éloignement et soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 611-1-4° et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de notification des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Me Mercier précise que les requérants doivent pouvoir demeurer sur le territoire français où ils ont entamé un suivi médical, que le requérant est suivi pour des douleurs lombaires alors que les soins requis sont totalement inaccessibles en Géorgie, qu'il a d'ailleurs évoqué ses problèmes de dos lors de l'interpellation mais aussi lors d'un référé hébergement, que la préfecture ne pouvait donc l'ignorer, que la requérante est enceinte de quatre mois, que c'est une grossesse qu'il convient de surveiller de manière étroite car elle a précédemment fait une fausse couche, qu'il y a donc une erreur manifeste d'appréciation de leurs situations personnelles, que le requérant a contracté une dette de 50 000 dollars auprès d'investisseurs pour construire un bâtiment pour le transformer en magasin de vente de matériaux de construction, que le requérant a associé des membres de sa famille à l'affaire dont un cousin qui a détourné des sommes à des fins personnelles, qu'il a été menacé avec une arme, qu'ils seront exposés à des persécutions en cas de retour en Géorgie, que les requérants soutiennent ne pas s'être vus notifiés les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que des relevés Telemofpra mentionnent une notification du 12 septembre 2022, que pourtant un faisceau d'éléments permet d'émettre un doute sur la notification, que les requérants n'ont pas fait appel de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que le relevé ne mentionne pas si le pli est revenu ou non, que la déclaration de domiciliation du requérant comporte des erreurs, sur le nom de famille et le lieu de naissance, que le requérant a été interpelé le lendemain du jour de la supposée notification, le 13 septembre, qu'à aucun moment lors de son audition, il ne mentionne que la demande d'asile a été rejetée, que le prestataire du premier accueil des demandeurs d'asile a été confronté à de nombreux dysfonctionnements, que les requérants ont eu accès à la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que bien après la notification de leur obligation de quitter le territoire français, qu'il subsiste donc un doute sur la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en recommandé avec accusé de réception,

- les observations des requérants assistés de Mme F, interprète en langue géorgienne, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. H né le 20 mars 1989 à Kutaisi (ex- Urss), et Mme G née le 19 février 1993 à Chitura (Géorgie), ressortissants géorgiens, seraient entrés sur le territoire français respectivement le 4 août 2021 et le 13 mai 2022 et ont sollicité l'admission au séjour au titre de l'asile. Le 23 juin 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a enregistré la première demande d'asile de Mme G et le 16 juin 2022, la demande de réexamen de M. H. Leurs demandes ont fait l'objet de deux rejets le 31 août 2022. Par deux arrêtés du 7 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par leurs requêtes, M. H et Mme G demandent l'annulation des décisions.

2. Les requêtes susvisées n° 2206244 et 2206245 concernent les deux membres d'une même famille, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 31-2022-137, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, délégation pour signer, en l'absence ou en cas d'empêchement de la directrice, les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés visent les textes dont le préfet a fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils rappellent les conditions d'entrée et de séjour des requérants sur le territoire national, le rejet de la demande d'asile de Mme G par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le rejet de la demande de réexamen de M. H et les éléments essentiels de leur situation personnelle et familiale. Les arrêtés attaqués mentionnent que les requérants n'établissent pas être exposés à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés contestés ni des autres pièces des dossiers que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants avant d'édicter les mesures d'éloignement et de fixer le pays de destination. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 542-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ".

8. En l'espèce, par les décisions du 31 août 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme G et la demande de réexamen de M. H. Si les requérant soutiennent qu'ils ne se sont pas vu notifier ces décisions, il ressort des pièces du dossier, et notamment des relevés de l'application TelemOfpra les concernant, dont les mentions font foi en l'absence de preuve contraire, et qui ne comporte aucune erreur sur l'identité des requérants, ni sur l'adresse d'expédition de ces décisions, que celles-ci ont été notifiées le 12 septembre 2022. L'autorité préfectorale, qui ne s'est pas estimée en situation de compétence liée, pouvait ainsi prononcer à leur encontre des obligations de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis le préfet de la Haute-Garonne doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, d'une part, si les requérants, qui ne bénéficient plus de droit au maintien sur le territoire français, soutiennent qu'ils ne peuvent mener une vie personnelle et familiale normale en Géorgie en raison des craintes de persécution qu'ils encourent, ces circonstances sont inopérantes au soutien des conclusions aux fins d'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français, lesquelles n'ont pas pour objet de fixer le pays de renvoi. D'autre part, si les intéressés se prévalent d'un suivi médical pour la grossesse de Mme G et des douleurs lombaires de M. H, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants seraient atteint de pathologies pour lesquelles ils ne pourraient pas bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie, alors au demeurant qu'ils n'ont formulé aucune demande de titre de séjour pour raison de santé. Enfin, les intéressés ne démontrent pas qu'ils auraient fixé le centre de leurs intérêts privés sur le territoire national, alors qu'ils ont vécu en Géorgie respectivement jusqu'à l'âge de trente-deux ans et vingt-neuf ans. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de leur situation, ni d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que les décisions emportent sur leur situation.

11. En troisième lieu, selon l'article 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Le droit d'asile est garanti dans le respect des règles de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et du protocole du 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés et conformément au traité sur l'Union européenne et au traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (ci-après dénommés "les traités") ". Selon l'article 47 de la même charte : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ". Selon l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Et selon l'article 13 de cette convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Enfin, selon l'article 46 de la directive 2013/32/UE : " 3. Pour se conformer au paragraphe 1, les États membres veillent à ce qu'un recours effectif prévoie un examen complet et ex nunc tant des faits que des points d'ordre juridique, y compris, le cas échéant, un examen des besoins de protection internationale en vertu de la directive 2011/95/UE, au moins dans le cadre des procédures de recours devant une juridiction de première instance. ".

12. Le droit à un recours effectif prévu par le droit de l'Union européenne n'implique pas nécessairement que le demandeur ait le droit de se maintenir sur le territoire de l'État membre dans l'attente de l'issue du recours juridictionnel formé contre la décision rejetant sa demande de protection internationale, mais implique seulement, lorsque cette décision a pour conséquence de mettre un terme à son droit au séjour dans l'État membre, qu'une juridiction décide s'il peut se maintenir sur le territoire de cet État. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, un ressortissant étranger qui, comme en l'espèce, est issu d'un pays d'origine sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre ainsi à l'étranger de demeurer sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés en litige seraient contraires aux stipulations précitées de la Charte des droits fondamentaux et de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Les requérants, qui soutiennent avoir fui la Géorgie en raison des menaces et agressions physiques et verbales subies de la part des créanciers de M. H, n'apportent pas la preuve de la réalité et l'actualité des risques qu'ils évoquent, alors au demeurant que leurs demandes d'asile et la demande de réexamen de M. H ont été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 août 2022. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. H et Mme G ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 7 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le remboursement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. H et Mme G sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B H, à Mme E G, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

NOS 2206244, 22062450

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