jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, Mme D E et M. C A, représentés par Me Soulas, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle la préfète de l'Ariège a refusé la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport à leur fille mineure, B A ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de délivrer la carte nationale d'identité et le passeport sollicités dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer leur demande ;
3°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'État, outre les entiers dépens, le paiement à leur conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Soulas de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, directement au requérant sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation de leur situation et de celle de leur fille ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et de celle de leur fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 19 avril 2023, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2206394 du 18 novembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Bachet, représentant Mme E et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante gabonaise, est entrée sur le territoire français le 20 juillet 2019 sous couvert d'un visa de court séjour de 30 jours, puis s'y est maintenue irrégulièrement. Le 30 mars 2021, elle a donné naissance à la jeune B A, reconnue par M. A, ressortissant français, le 2 avril 2021. Le 18 juin 2021, Mme E a sollicité la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour sa fille B, rejetée le 9 décembre 2021. Le 17 mai 2022, munie d'un certificat de nationalité française de l'intéressée en date du 13 mai 2022, elle a renouvelé sa demande. Par une décision du 8 septembre 2022, dont Mme E et M. A demandent l'annulation, la préfète de l'Ariège a refusé de délivrer les documents sollicités.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 avril 2023. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 19-3 du code civil : " Est français l'enfant né en France lorsque l'un de ses parents au moins y est lui-même né. " Aux termes de l'article 30 de ce code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. " Aux termes de son article 31-2 : " Le certificat de nationalité indique, en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de Français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire. "
4. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 susvisé : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. () ". Aux termes de son article 4 : " I.- En cas de première demande, la carte nationale d'identité est délivrée sur production par le demandeur : () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. "
5. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 susvisé : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ". Aux termes de son article 5 : " I.- En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. "
6. La délivrance d'un passeport ou d'une carte nationale d'identité présente un caractère purement recognitif et ne crée, par elle-même, aucun droit à la nationalité française en faveur du titulaire de ces documents. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il appartient aux autorités administratives, qui ne sont pas en état de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou d'un passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
7. En l'espèce, Mme E a fourni, à l'appui de sa demande d'une carte nationale d'identité et d'un passeport pour sa fille B, un certificat de nationalité française de cette dernière, délivré par le greffe du tribunal judiciaire d'Auch le 13 mai 2022 sur le fondement de l'article 19-3 du code civil. La préfète de l'Ariège a refusé la délivrance des documents sollicités en opposant l'absence de communauté de vie des parents de la jeune B, l'absence de contribution du père à l'entretien et à l'éduction de sa fille, et des incohérences dans les récits des deux parents.
8. Il est constant que Mme E et M. A, qui réside à Mayotte, ne partagent pas de communauté de vie. Si les intéressés font valoir que M. A contribue à l'entretien et à l'éducation de leur fille, ils ne l'établissent pas par la seule production de photographies et d'une attestation du père de M. A. En revanche, si les auditions des deux parents, conduites par la référente fraude du Gers le 30 novembre 2021, font apparaître une divergence sur la perception de la grossesse de Mme E par M. A, positive selon elle mais négative selon ce dernier, leurs deux récits convergent largement, notamment en ce qui concerne leur rencontre et la conception de la jeune B. En outre, il est constant que M. A a reconnu sa fille le 2 avril 2021, soit trois jours après sa naissance. Enfin, le préfet ne conteste pas que les requérants avaient conclu un pacte civil de solidarité en février 2020, soit avant la conception de la jeune B. Dans ces conditions, le préfet n'établit pas que la reconnaissance de paternité par M. A serait frauduleuse, étant observé qu'il ne l'allègue même pas expressément. Dès lors, et en l'absence de procédure judiciaire, il ne peut se prévaloir d'un doute suffisant sur la nationalité de la jeune B, qui dispose d'un certificat de nationalité française faisant foi jusqu'à preuve du contraire. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la préfète a entaché son refus d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que le refus de délivrer les documents sollicités doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Il résulte des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de tout ce qui précède que le présent jugement, qui annule la décision de la préfète de l'Ariège en date du 8 septembre 2022, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que cette autorité délivre à la jeune B A la carte nationale d'identité et le passeport sollicités, sous réserve d'un changement dans sa situation. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
11. Mme E et M. A ne justifient pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais prévus par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, leurs conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combinées à celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Soulas, avocat de Mme E et M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Soulas d'une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme E et M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de la préfète de l'Ariège en date du 8 septembre 2022 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Ariège de délivrer à la jeune B A les documents sollicités, sous réserve d'un changement dans sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera une somme de 1 500 euros à Me Soulas, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Soulas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à M. C A, à Me Soulas et au préfet de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026