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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206363

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206363

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2022, un mémoire et des pièces enregistrés le 7 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combiné avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

-elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est disproportionnée ;

-elle méconnait les articles 6 et 7 de la convention franco-algérienne et l'article L. 423-23, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et d'une résidence effective et permanente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- elle porte atteinte à ses droits fondamentaux ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale privée à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et de fait ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations Me Gueye substituant Me Gueye, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est arrivé en France en 2017, que le préfet fait état d'une condamnation, qu'il a été placé en garde à vue un jour pour des faits de vol mais il a été innocenté, qu'il n'est pas une menace pour l'ordre public, qu'il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pu exécuter, que la seconde obligation de quitter le territoire français se justifie car M. B n'a pas déposé de demande de titre de séjour, qu'il a pu rencontrer une ressortissante française, qu'ils vont se marier demain, que la date de prise de rendez-vous en mairie a précédé de trois jours l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, que le couple a fait connaissance il y a un an et demi, qu'une communauté de vie stable a précédé ce mariage, que leur relation est longue et stable, que M. B a pu créer une entreprise quand il était demandeur d'asile, qu'il a une carte de commerçant, que c'est dans le cadre de son activité commerciale qu'il a rencontré sa compagne, qu'il a mis en sommeil cette activité compte tenu de sa situation administrative, que l'interdiction de retour sur le territoire français pourrait être un obstacle à son retour en France alors que son mariage va être célébré,

-les observations de M. B, qui répond aux questions du magistrat ;

-le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 décembre 2022, a été produite pour M. B. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 21 mars 1992 à Sidi M'Hamed Ben Ali (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français le 21 mars 2017 et a sollicité le bénéfice de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 décembre 2018. Cette décision a été confirmée le 10 avril 2019 par la cour nationale du droit d'asile. Le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre, le 20 mai 2020, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, que le Tribunal administratif de Toulouse a confirmé le 14 septembre 2020. Interpellé par les services de police le 30 octobre 2022, M. B a fait l'objet, le lendemain d'un arrêté, portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa présente requête, M. B demande le tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'ensemble des dispositions et stipulations, dont elle fait application, et en particulier le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les conditions d'entrée et de séjour irrégulier de l'intéressé en France, retrace la procédure de sa demande d'asile et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale. Par conséquent, la décision attaquée est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Le requérant soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il se prévaut, d'une part, de sa présence en France depuis 2017 et de sa relation avec Mme D, ressortissante française, avec laquelle il a décidé de se marier. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B était hébergé par son cousin et le contrat de bail conclu au nom du couple a pris effet seulement le 15 novembre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée et il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'une communauté de vie existait avec sa compagne préalablement à la conclusion de ce contrat de bail. M. B se prévaut d'autre part, de son activité de vente ambulante de bijoux, vêtements et accessoires de mode sur les marchés et produit, à l'appui de ses allégations, l'extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés et une carte permettant de l'exercer. Toutefois, selon ses propres déclarations, cette activité a été mise en sommeil, compte tenu de sa situation administrative. En toute état de cause, l'exercice de cette activité n'est pas suffisant pour caractériser une intégration particulière sur le territoire français. Enfin, si M. B allègue avoir tissé des liens d'amitié et de confraternité en France, en participant régulièrement aux activités de différentes associations, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui n'est pas disproportionnée, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, que ceux développés au point précèdent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 6 et 7 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité(), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale /() / "

8. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions précitées du 1°, du 4° ; du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B qui est entré irrégulièrement sur le territoire français le 21 mars 2017, a présenté une demande d'asile. Il ne peut donc être regardé comme n'ayant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. En outre, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition du 30 octobre 2022 que M. B, qui a déclaré vouloir régulariser sa situation, aurait exprimé son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. De plus, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, M. B, qui est en possession d'un passeport algérien valable jusqu'au 26 juillet 2025 et hébergé par son cousin dans un local affecté à son habitation principale, justifie de garanties de représentation. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne aurait pas pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif, non erroné, tiré de ce que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, prononcée en 2020 alors que l'intéressé se prévaut de circonstances particulières tenant à la relation qu'il entretient avec une ressortissante française et à son projet de mariage. Par conséquent, le moyen invoqué, tiré de l'erreur de fait doit être accueilli. Il y a donc lieu d'annuler la décision portant refus de délai de départ volontaire et, par voie de conséquence, celle portant interdiction de retour sur le territoire français, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B est fondé seulement à demander l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2022 du préfet de la Haute-Garonne en tant qu'il lui refuse un délai de départ volontaire et l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. L'annulation des décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français implique seulement que le préfet procède à l'effacement du signalement aux fins de non admission de M. B dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Gueye à percevoir la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Gueye la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant, la somme de 1 000 euros sera directement versée à l'intéressé.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 31 octobre 2022 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 3 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gueye renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gueye une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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