mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AKAKPOVIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 2 et 3 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Akakpovie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aveyron, à titre principal, de lui délivrer, le titre de séjour sollicité, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, et en tout état de cause, de régulariser sa situation, dans l'attente de la délivrance du titre sollicité ou du réexamen de sa demande, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure et d'une erreur de droit, dès lors que l'autorité préfectorale a analysé sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que les articles 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008 prévoient les conditions dans lesquelles il est délivré aux ressortissants tunisiens un titre de séjour au titre d'une activité salarié et font obstacle à l'application aux ressortissants tunisiens des dispositions de l'article L. 435-1 du CESEDA ;
- elles violent le droit conventionnel liant la France et la Tunisie, dès lors que la préfète de l'Aveyron, saisie d'une demande de titre de séjour et d'une demande d'autorisation de travail, aurait dû analyser sa demande au regard des dispositions du droit conventionnel ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la préfète de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988,
- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 18 février 1991 à Msaken (Tunisie), est entré sur le territoire français le 3 janvier 2014 sous couvert d'un visa court séjour. Il a sollicité son admission au séjour le 27 septembre 2021, Par un premier arrêté du 7 octobre 2022, la préfète de l'Aveyron a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un second arrêté pris le même jour, la même autorité l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans le premier arrêté précité.
Sur la compétence du magistrat désigné :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.
3. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. A le 7 octobre 2022, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions obligeant l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. En revanche, les conclusions à fin d'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, par un arrêté du 11 juin 2021, régulièrement publié au recueil administratif le 15 juin 2021, la préfète de l'Aveyron a donné délégation à Mme Isabelle Knowles, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous les actes et arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département, dont les mesures d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait et sera écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, indépendamment de l'énumération faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
6. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Selon l'article 11 du même accord, les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "
7. M. A soutient qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour au titre de son activité salariée sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail et que le préfet a entaché la décision contestée d'un vice de procédure et d'une erreur de droit en n'examinant sa demande que sur le seul fondement de l'admission exceptionnelle au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en n'instruisant pas sa demande d'autorisation de travail. Toutefois, l'intéressé ne démontre, ni même n'allègue, avoir sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-tunisien et, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office sa demande sur ce fondement. En tout état de cause, il est constant que le requérant n'a présenté ni le contrat de travail visé par les autorités compétentes prévues par ces mêmes stipulations, ni le visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, ne résidant pas régulièrement sur le territoire français, l'intéressé ne peut être regardé comme bénéficiant d'un visa de long séjour au regard de ces dispositions. Dans ces conditions, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
8. En troisième et dernier lieu, si M. A se prévaut de sa présence continue en France depuis 2014, il ressort des pièces du dossier que ses demandes d'admission au séjour ont été rejetées et qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en date du 18 septembre 2015 et du 1er février 2018, confirmées par le tribunal administratif de Nice le 22 septembre 2015 et le 28 juin 2018 et non suivies d'exécution. En outre, si M. A fait valoir qu'il est venu en France pour rejoindre sa sœur, victime de violences conjugales afin de lui porter assistance ainsi qu'à ses enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que neuf ans après son entrée en France, sa présence serait indispensable auprès de sa sœur qui réside régulièrement en France, alors qu'il a du reste déclaré qu'il ne vivait plus chez elle depuis mars 2021. Enfin, le requérant, qui est célibataire et sans enfant, a déclaré que ses parents et ses trois frères résidaient dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Par ailleurs, si le requérant justifie avoir travaillé, de juin 2020 à décembre 2021, en tant que technicien en fibre optique, et bénéficier d'un contrat de travail à durée indéterminée auprès de la société Attitude Telecom conclu le 1er août 2021, ces circonstances ne sauraient suffire à caractériser une insertion professionnelle suffisante sur le territoire français et à démontrer que l'intéressé y a établi le centre de ses intérêts privés. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 7 octobre 2022 par lesquelles la préfète de l'Aveyron l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays de renvoi.
11. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par conséquence, être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'examen des conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 octobre 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour est renvoyé devant une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Akakpovie et à la préfète de l'Aveyron.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
B. C Le greffier,
B. GALAND
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aveyron en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026