jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 4 et 8 novembre 2022, Sajid Ali F, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes, ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer en France sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de 48 heures suivant la notification du jugement, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où le requérant ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement du L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en violation des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut de base légale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Sarasqueta, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise qu'il existe une difficulté quant à la saisine des autorités italiennes, au regard de l'article 21 du règlement Dublin III, que les éléments sont insuffisants pour établir la réalité de cette saisine, que le premier mél du ministère de l'intérieur vers le point d'accès national comporte une pièce jointe puis un accusé de réception des autorités italiennes mais il manque le mél des autorités françaises vers les autorités italiennes, comportant une pièce jointe, qu'il n'y a pas eu d'accord explicite dans ce dossier, que le requérant est sous le coup d'une obligation de quitter le territoire italien, et n'a pas été mis en mesure de demander l'asile en Italie, que le gouvernement italien a une politique restrictive et attentatoire aux droits humains, qu'il y a donc des sérieuses raisons de craindre que sa demande d'asile ne soit pas examinée et que l'article 17 du règlement Dublin III a donc été méconnu,
- les observations de M. F, assisté de M. B C, interprète en langue dari, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant afghan, né le 29 juin 1997 à Logar (Afghanistan), est entré en France le 5 juillet 2022 en provenance d'un autre Etat membre et a sollicité le bénéfice de l'asile auprès de la préfecture de la Haute-Garonne le 18 juillet 2022. Lors de l'enregistrement de son dossier, le relevé de ses empreintes digitales a révélé que ses empreintes avaient déjà été relevées par les autorités italiennes le 27 juin 2022. Par deux arrêtés en date du 3 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé le transfert de M. F aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :
3. En premier lieu, l'arrêté portant transfert de M. F aux autorités italiennes vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et précise que la consultation du système Eurodac a révélé qu'un relevé d'empreintes avait été effectué par les autorités italiennes le 27 juin 2022. Il indique que les autorités italiennes, saisies sur le fondement de l'article 13.1 de ce règlement, ont été destinataires, le 4 octobre 2022 d'un constat d'accord implicite en date du 28 septembre 2022 sur la base de l'article 22.7 de ce même règlement pour la prise en charge de l'intéressé. Il mentionne enfin que la situation du requérant ne relève pas des dérogations prévues à l'article 17 du même règlement. L'arrêté est ainsi suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application dudit règlement, et, en tout état de cause, avant la tenue de l'entretien individuel institué par l'article 5 du même règlement. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure commune prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
5. Il ressort des pièces produites par le préfet en défense que le requérant s'est bien vu remettre, le 18 juillet 2022, soit le jour même de l'enregistrement de sa demande d'asile, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", lesquelles étaient rédigées en langue dari, qu'il a indiqué comprendre et savoir lire. Le vice de procédure invoqué à ce titre doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, le 18 juillet 2022, de l'entretien individuel prévu par les dispositions précitées, mené par un agent qualifié de la préfecture par le biais d'un interprète en langue dari. Il a été mis à même de présenter toutes les observations pertinentes sur son itinéraire et sa situation personnelle. Le vice de procédure invoqué sur le fondement de ces dispositions ne peut donc qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 relatif à la présentation d'une requête aux fins de prise en charge dispose que : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".
9. Si le requérant soutient que le préfet ne justifie pas avoir saisi les autorités italiennes d'une demande de prise en charge, le préfet a produit, à l'appui de ses écritures, le formulaire de détermination de l'Etat membre responsable contenant les informations relatives à M. F, la copie d'un courriel adressé au point d'accès national français en date du 27 juillet 2022 à 15 heures 27 auquel était annexé ledit formulaire, ainsi que l'accusé de réception émis le 27 juillet 2022 à 16 heures 45 émanant du point national d'accès italien du réseau " Dublinet " mentionnant le numéro de dossier de l'intéressé. Ces éléments permettent d'établir que les autorités italiennes ont été régulièrement saisies d'une demande de prise en charge de M. F. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 21 règlement (UE) n° 604/2013 en l'absence de preuve de saisine des autorités italiennes doit être écarté.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement (UE) n° 604/2013, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs.
11. M. F soutient qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement en Italie et que sa demande d'asile risque de ne pas être examinée. Cependant, l'Italie, pays responsable de sa demande d'asile, est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que sa demande d'asile ne serait pas examinée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile ni que celles-ci n'évalueront pas, en toute hypothèse, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Afghanistan avant de procéder à son éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dans une situation de particulière vulnérabilité imposant d'instruire sa demande d'asile en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de mettre en œuvre les dispositions précitées des articles 17.1 et 17.2 du règlement (UE) n° 604/2013.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
12. En premier lieu, l'arrêté susvisé précise les éléments de droit et de fait sur lesquels il se fonde et rappelle notamment que le requérant fait l'objet d'une mesure de transfert dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Il est ainsi suffisamment motivé.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités italiennes.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 3 novembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Sarasqueta.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. A Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026