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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206430

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206430

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNJIMBAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Njimbam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le séjour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'appréciation de sa situation au regard de sa demande de séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié car le préfet s'est fondé sur l'absence de visa de long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation portée par le préfet sur la possibilité de régulariser sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu tel que garanti par le principe général de droit de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.

Par ordonnance du 14 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 juin 2023 à 12h00.

Par un courrier du 8 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées contre l'interdiction de retour sur le territoire français dès lors que l'article 5 de l'arrêté du 6 septembre 2022 n'édicte aucune interdiction de retour mais se borne à rappeler l'existence d'une précédente interdiction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grimaud, rapporteur,

- et les observations de Me Njimbam, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ghanéen né le 1er avril 1970, déclare être entré irrégulièrement en France le 22 septembre 2012. Il a été interpellé peu après son entrée en France et a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Le 17 octobre 2012, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulouse pour soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière. Le 23 mars 2014, il a sollicité son admission au séjour en France en qualité d'étranger malade et a obtenu un titre de séjour sur ce fondement jusqu'au 11 mars 2017. Par arrêté du 5 septembre 2017, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée et une mesure d'éloignement a été prise à son encontre. Cette décision a été annulée par le tribunal le 19 février 2018, mais ce jugement a lui-même été annulé par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 8 juin 2018, laquelle a confirmé la légalité de l'arrêté du 5 septembre 2017. Le 20 août 2019, M. A a de nouveau sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par décision du 19 juin 2020, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le séjour sur le territoire français pour une durée de six mois. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal en date du 28 janvier 2022. M. A a sollicité le 4 octobre 2021, auprès de la préfecture de la Haute-Garonne, son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail et de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a confirmé la décision du 19 juin 2020 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de six mois.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

2. Il ressort des termes de l'arrêté du 6 septembre 2022 que, dès lors que l'article 5 dudit arrêté n'édicte aucune interdiction de retour mais se borne à rappeler l'existence d'une précédente interdiction contenue dans l'arrêté du 19 juin 2020, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne peuvent qu'être déclarées irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, si M. A se prévaut de la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-6 à L.211-8 du code des relations entre le public et l'administration, lesquelles ne sont pas applicables à l'espèce, il doit être regardé comme soutenant que les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du même code ont été méconnues.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A comporte de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. En l'espèce, si M. A se prévaut à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, de son intégration en France sur le territoire français depuis 2012, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire à la suite de plusieurs obligations de quitter le territoire français, et qu'il a été condamné à ce titre par le tribunal correctionnel de Toulouse à deux mois avec sursis le 17 octobre 2012. S'il se prévaut également de l'établissement du centre de sa vie privée et professionnelle en France, il ressort des pièces du dossier que si M. A dispose d'une expérience professionnelle en qualité d'agent de service, d'une promesse d'embauche en qualité de peintre pour un contrat à durée indéterminée, il n'a aucune qualification ni expérience dans ce domaine. Par ailleurs, il demeure en outre célibataire sans enfant et n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses quarante-deux ans et où résident ses parents. Enfin, s'il argue de son état de santé, il ne joint aucun élément en ce sens au dossier. Dans ces conditions, et ne faisant valoir aucune circonstance humanitaire particulière et le préfet n'ayant pris en compte l'absence de visa de long séjour du requérant que pour écarter la possibilité de lui délivrer un titre de séjour salarié de plein droit, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant le séjour.

9. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Par suite, M. A, qui n'a pas présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit ou méconnu ces dispositions en n'examinant pas sa demande sur ce fondement.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. S'il ressort des pièces du dossier que M. A était présent en France depuis plus de neuf ans à la date de la décision attaquée, il ne démontre pas avoir noué de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. En effet, M. A est entré en France à l'âge de quarante-deux ans, a vécu au Ghana la majorité de sa vie et il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans ce pays dès lors qu'y résident a minima ses parents. Dans ces conditions et eu égard à ce qui a été exposé précédemment, le préfet de la Haute-Garonne, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième lieu, la demande présentée par un étranger sur le fondement du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2. Il s'ensuit que le préfet n'était pas tenu de saisir l'autorité administrative compétente afin que cette dernière accorde ou refuse, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance de la carte de séjour temporaire, l'autorisation de travail visée à l'article L. 5221-5 du code du travail.

13. En l'espèce, la demande d'autorisation de travail versée au dossier par l'intéressé à l'appui de sa demande, concernant un emploi de peintre, pour lequel il n'établit d'ailleurs pas disposer d'une qualification particulière ou d'une expérience significative, ne suffit pas à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation au titre de l'activité salariée, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A pour ce motif. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français comprend les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, elle est ainsi suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 6 septembre 2022. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation ne pouvant être accueillies, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Selon les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Njimbam et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUD

L'assesseur le plus ancien,

L. QUESSETTE

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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