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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206436

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206436

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206436
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, M. G D, représenté par Me Bouix, demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au département de l'Ariège de lui rétablir le bénéfice d'une prise en charge jeune majeur respectueuse des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, comprenant un hébergement et un accompagnement social et administratif, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au département de l'Ariège de lui fournir un hébergement, dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de l'Ariège une somme de 2 000 euros hors taxes à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre une somme de 2 000 euros hors taxes à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que la décision interrompant sa prise en charge en qualité de jeune majeur le place dans une situation de grande précarité ; il se trouve en effet en situation d'errance et sans domicile fixe ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à plusieurs libertés fondamentales, dont le droit à l'instruction, le droit à la protection de l'enfance en danger et à l'exigence constitutionnelle de respect de l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- la décision d'interrompre sa prise en charge méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, le département de l'Ariège étant tenu d'assurer sa prise en charge sans pouvoir lui opposer l'irrégularité de son séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, la présidente du département de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés, dès lors que la décision d'interrompre sa prise en charge en qualité de jeune majeur n'est pas manifestement illégale, et que l'intéressé ne justifie pas, en tout état de cause, de sa qualité de jeune majeur âgé de moins de 21 ans.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Héry, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 à 14 heures 30 en présence de M. C de Bieusses, greffier d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouix, représentant M. D, qui a repris en les précisant les moyens développés dans ses écritures et a en outre soutenu qu'il était possible au requérant de poursuivre son CAP sur statut scolaire,

- et les observations de M. E et Mme F, représentant la présidente du conseil général de l'Ariège, qui ont repris en les précisant les termes de leur mémoire produit en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission de M. D à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures () ".

4. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes :/ 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code dispose, dans sa rédaction issue de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental :/ () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article./ Peuvent également être pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants./ Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. ".

5. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que la circonstance qu'un jeune étranger de moins de vingt-et-un ans soit en situation irrégulière au regard du séjour ne fait pas obstacle à sa prise en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance. Toutefois, sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental, qui dispose, sous le contrôle du juge, d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par ce service d'un jeune majeur de moins de vingt-et-un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants, peut prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et, à ce titre, notamment tenir compte, pour les étrangers, de leur situation au regard du droit au séjour et au travail, particulièrement lorsqu'une autorisation de travail est nécessaire à leur projet d'insertion sociale et professionnelle ainsi que, le cas échéant, des possibilités de régularisation de cette situation compte tenu de la formation suivie.

6. Il résulte de l'instruction que M. D, ressortissant guinéen né le 5 mai 2004 est entré en France selon ses déclarations le 1er octobre 2020, à l'âge de 16 ans. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ariège par ordonnance de placement provisoire du tribunal judiciaire de Carcassonne du 24 février 2021, puis par jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de A du 13 septembre 2021. M. D a sollicité le 15 avril 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 30 août 2022, la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par décision révélée le 2 novembre 2022 par la demande faite à l'intéressé de libérer le logement qu'il occupait au titre de l'aide sociale à l'enfance, la présidente du département de l'Ariège a refusé de renouveler le contrat de prise en charge en qualité de jeune majeur, dont il bénéficiait jusqu'au 31 octobre 2022. Le requérant suivait depuis septembre 2021 une formation en apprentissage en vue de l'obtention du CAP " maçon ", une partie de cette formation se déroulant auprès d'un artisan, et dont la poursuite est subordonnée à la régularité de sa situation administrative. Sa situation au regard du droit au séjour fait ainsi obstacle, eu égard notamment aux dispositions des articles R. 5221-6 et R. 5221-22 du code du travail, à ce qu'il puisse obtenir une autorisation de travail ainsi qu'un contrat d'apprentissage. Par suite, M. D, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il pourrait suivre la même formation en parcours uniquement scolaire, ne peut ainsi être regardé comme ayant engagé une année scolaire pour l'achèvement de laquelle le département aurait été tenu de lui proposer un accompagnement. Dès lors, en l'état de l'instruction, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans la mise en œuvre des dispositions du sixième alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale des familles, la décision mettant fin à la prise en charge de M. D dans le cadre d'un contrat jeune majeur ne peut être regardée comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte à la présidente du département de l'Ariège de lui rétablir le bénéfice d'une prise en charge jeune majeur et de lui fournir un hébergement et un accompagnement social et administratif, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Le département de l'Ariège n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G D, à Me Bouix et à la présidente du conseil départemental de l'Ariège.

Fait à Toulouse, le 8 novembre 2022.

La juge des référés,

F. BLe greffier,

F. C de Bieusses

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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