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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206461

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206461

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHERIN-AMABILE THOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 9 novembre 2022, Mme F A B représentée par Me Herin-Amabile, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la préfète aurait dû lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la préfète a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. J,

- les observations de Me Herin-Amabile, représentant Mme A B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme A B, assistée de M. C G, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A B, ressortissante marocaine, née le 19 juillet 1989 à Rabat (Maroc), est entrée en France le 3 mai 2011. Par un arrêté du 25 mars 2016, la préfète de la Gironde a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 21 septembre 2016 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 14 mars 2017. Par un arrêté du 2 décembre 2021, la préfète de la Gironde a refusé d'octroyer un titre de séjour à l'intéressée, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 6 novembre 2022, la préfète de la Gironde a obligé Mme A B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, Mme A B demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 8 septembre 2022 régulièrement publié et librement accessible en ligne, donné délégation à M. I H, sous-préfet de Langon, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions relatives à des décisions d'éloignement et décisions accessoires prises en application des livres II, IV, V, VII et VIII du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, lors des permanences qu'il est amené à assurer. Il ne ressort aucunement des pièces du dossier que M. H n'aurait pas été de permanence à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il retrace les conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France, en précisant les précédentes mesures portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet, et mentionne les éléments principaux de sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède, ainsi que des autres termes de l'arrêté, que celui-ci mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions litigieuses. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A B.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. D'autre part, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Mme F A B est entrée sur le territoire français en 2011. Elle se prévaut de la présence en France de ses deux filles mineures, D, de nationalité française et âgée de onze ans, et E, âgée de trois ans. Si la requérante soutient entretenir des relations avec ses deux filles, indique que la résidence de sa fille aînée a été fixée au domicile de son père et qu'elle exerce à son égard un droit de visite et d'hébergement, et fait valoir qu'elle reçoit des convocations pour effectuer des visites médiatisées de sa seconde fille placée en famille d'accueil, elle ne produit, à l'appui de ses allégations et de ses déclaration en ce sens à l'audience, que deux documents du département de la Gironde datés du 16 septembre et du 24 septembre 2020 visant à organiser le droit de visite médiatisé de sa seconde fille E. Il s'ensuit que ces seuls éléments ne sont pas de nature à démontrer que Mme A B entretiendrait des relations suivies et intenses avec ses deux filles, ni du reste, qu'elle contribuerait effectivement à leur entretien et à leur éducation. De surcroît, si la requérante se prévaut de la présence de sa mère en France, la seule production à l'instance d'une demande d'admission en soins psychiatriques à la demande d'un tiers datant du 20 juin 2022, sollicitée par sa mère, et d'une copie incomplète de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 29 juin 2022 qui a statué sur cette demande, ne suffit pas à démontrer qu'elle entretiendrait des relations d'une particulière intensité avec cette dernière. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A B serait dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si la requérante soutient avoir des problèmes de santé, notamment un cancer de la thyroïde et des difficultés d'ordre psychiatrique, la seule production d'ordonnances médicales et des documents précités en lien avec la demande d'admission en soins psychiatriques dont elle a fait l'objet, qui est sans incidence sur l'appréciation de sa vie privée et familiale en France, n'est pas non plus de nature à démontrer que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni même, en tout état de cause, qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté au Maroc. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français emporterait pour sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. En troisième et dernier lieu, la requérante en soutenant que la préfète aurait dû lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être regardée comme soutenant que la préfète a commis une erreur de droit en prononçant une mesure d'éloignement à son encontre alors qu'elle justifie d'un droit au séjour de plein droit sur le fondement de l'article précité. A cet égard, indépendamment de l'énumération faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

10. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que Mme A B n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille D de nationalité française. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'un titre de séjour devait lui être délivré de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette circonstance ferait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par conséquent, la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A B ni qu'elle aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation.

14. En troisième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par Mme A B à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

15. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. Il résulte de l'arrêté attaqué que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme F A B, la préfète de la Gironde s'est fondée sur les dispositions précitées du 4°, 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est soustraite à deux précédentes mesures d'éloignements et qu'elle a explicitement déclaré, au cours de son audition le 6 novembre 2022 par les services de police, qu'elle s'opposerait à une mesure de reconduite à la frontière prise à son encontre. D'autre part, s'il est vrai que la requérante peut être regardée comme justifiant d'une résidence effective et permanente au regard de la production de son contrat de location, d'une facture d'électricité et de documents fiscaux, elle ne produit à l'instance aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, de sorte qu'elle ne présente pas de garanties de représentations suffisantes au regard des dispositions précitées. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière susceptible de rendre nécessaire un délai de départ, la préfète n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation. Les moyens invoqués à cet égard doivent donc être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision contestée ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée.

18. En second lieu, en vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

19. La requérante soutient qu'elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour au Maroc en indiquant qu'elle risquerait de ne pas bénéficier des soins que nécessite son état de santé. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux indiqués à cet égard au point 8, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. D'une part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". D'autre part, en vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

21. En l'espèce, il est constant que Mme A B est présente sur le territoire national depuis onze ans. S'il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'intéressée n'apporte pas d'éléments démontrant qu'elle entretiendrait des liens suivis et intenses avec sa mère et ses deux filles présentes sur le territoire français, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des déclarations de l'intéressée à l'audience, que ses liens seraient inexistants. En outre, s'il résulte des termes de l'arrêté contesté que Mme A B aurait commis de nombreuses infractions susceptibles de faire regarder son comportement comme représentant une menace pour l'ordre public, la préfète de la Gironde ne produit aucune pièce à cet égard. Par suite, nonobstant l'inexécution de deux précédentes mesure d'éloignement prises à l'encontre de la requérante, et dans les circonstances particulières de l'espèce, la préfète de la Gironde a, en prenant à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée fixée à trois ans, fait une inexacte application des dispositions citées au point 20 du présent jugement.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que Mme A B est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde du 6 novembre 2022 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Herin-Amabile renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Herin-Amabile de la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

25. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme A B sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 6 novembre 2022 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Herin-Amabile à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera la somme de 1 000 euros à Me Herin-Amabile au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A B, à Me Herin-Amabile et à la préfète de la Gironde.

Lu en audience publique le 10 novembre 2022,

Le magistrat désigné,

B. J La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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