mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-TAPIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 novembre 2022 et le 9 mars 2023, M. B C, représenté par Me Cohen-Tapia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'administration les droits de plaidoirie prévus à l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale ;
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision et l'obligation de quitter le territoire méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles méconnaissent également les articles 7 et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont contraires à l'article 373-2-6 du code civil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 19 juin 1988, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 11 mai 2019. Titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de saisonnier valable jusqu'au 23 juillet 2022, il a sollicité le 29 mai 2022 un changement de statut, pour obtenir, en raison de la naissance de son enfant en 2020, un titre de séjour vie privée et familiale. Par arrêté du 7 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son titre de séjour saisonnier, a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du droit au séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".
3. Si M. C n'est entré sur le territoire français qu'en mai 2019 et s'il s'est séparé de son épouse, qui est également de nationalité marocaine, en mai 2020, soit quelques jours après la naissance de leur enfant, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il entretient depuis le mois de novembre 2020 et l'intervention d'un jugement du juge aux affaires familiales organisant son droit visite, des liens forts avec son enfant, alors âgé de neuf mois. En effet, s'il a d'abord pu lui rendre visite quelques heures par mois, par l'intermédiaire d'une médiation, il lui a ensuite rendu visite tous les lundis, ainsi qu'en attestent les pièces du dossier, et participe en outre à son entretien. La périodicité de son droit de visite a été organisée en tenant compte du très jeune âge de l'enfant par le juge aux affaires familiales, qui a fixé sa résidence habituelle chez sa mère, titulaire d'un certificat de résident valable dix ans et parent de deux autres enfants qui vivent avec elle. Le droit de visite de M. C a été fixé par périodes qui permettent à l'intéressé, à compter de la rentrée scolaire de l'enfant en septembre 2023, de la garder une fin de semaine sur deux et durant les vacances scolaires. Enfin, l'autorité parentale a été partagée entre les deux parents. Un rapport d'enquête sociale insiste particulièrement sur l'intensité et la qualité des liens affectifs entre le requérant et sa fille. Il ressort également des pièces du dossier que M. C travaille à temps partiel en qualité de coiffeur en vertu d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois d'octobre 2020. Dans ces conditions, et bien qu'il ne soit pas privé de tout lien dans son pays d'origine, la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que la résidence habituelle de son enfant est fixée chez sa mère qui a vocation à demeurer sur le territoire français. M. C est dès lors fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les stipulations et dispositions précitées.
4. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination, contenues dans l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et le munisse sans délai, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros demandée par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
7. En revanche, les conclusions de M. C tendant au remboursement des droits de plaidoirie ne peuvent qu'être rejetées, faute pour ces frais de figurer dans la liste limitative des dépens telle qu'elle résulte de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 7 octobre 2022 du préfet de la Haute-Garonne sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de le munir sans délai et dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Cohen-Tapia et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026