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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206495

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206495

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, et des pièces enregistrées le 10 novembre 2022, M. E B représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 pris par le préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens du procès ainsi que d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, et si l'aide juridictionnelle venait à lui être refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, dès lors qu'elle ne mentionne pas qu'il est père d'un second enfant né le 20 octobre 2022, qu'il a effectué sa peine sous le régime de la semi-liberté et qu'il justifie d'une parfaite intégration professionnelle, elle n'indique nullement le nombre d'années de présence sur le territoire ni les liens de son épouse avec la France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, condamné à une peine légère et l'ayant effectué sous le régime de semi-liberté, le préfet ne justifie nullement du caractère actuel et suffisamment grave de la menace alléguée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet ne démontre nullement l'urgence invoquée à l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant emprisonné sous le régime de la semi-liberté était libre de ses mouvements en journée, sa présence en milieu ouvert n'avait causé aucune difficulté à l'administration ; la décision prive également son enfant de vingt jours de la présence de son père de manière particulièrement brutale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 novembre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 12 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Durand, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que la préfecture n'est pas informée de la vie de M. B depuis la dernière audition de 2019, que le préfet s'est contenté de prendre en considération les condamnations pénales sans tenir compte de la situation familiale, et notamment des liens de sa compagne avec la France et de la circonstance qu'il est le père de deux enfants, qu'il en résulte un vice de procédure tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que le requérant avait pourtant des éléments à faire valoir, notamment la naissance de sa petite fille et l'intervention chirurgicale dont fait l'objet son fils, qu'il en découle aussi un défaut de motivation révélant un défaut d'examen particulier de la situation de M. B, que le préfet ne caractérise pas une atteinte à un intérêt fondamental puisque la dernière condamnation est légère et que les autres condamnations sont antérieures à 2019, que le droit à une vie privée et familiale a été méconnu puisque sa compagne vit en France depuis dix ans, qu'ils ont deux enfants, qu'il a accompagné sa compagne dans l'accouchement et l'hospitalisation de son fils, que l'intérêt supérieur des enfants a également été méconnu en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, qu'un examen devait a minima être mené sur ce point, que la décision portant interdiction de circulation est également entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, alors notamment que sa compagne a travaillé et qu'elle vient d'accoucher,

- les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue roumaine, qui répond aux questions du magistrat,

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, né le 9 juillet 1982 à Blaj (Roumanie), de nationalité roumaine a déclaré être entré en France en 2011. Il a été condamné pour la dernière fois le 2 juillet 2021 par le tribunal correctionnel de Toulouse à huit mois d'emprisonnement. L'exécution de la peine a débuté le 30 mars 2022 sous régime de la semi-liberté. Le 8 novembre 2022, à la levée d'écrou, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait être interprété en ce sens que l'autorité compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision est prise que si l'intéressé a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

4. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée et des pièces du dossier, que M. B a été entendu pour la dernière fois le 2 avril 2019 et s'est vu remettre le 6 octobre 2021 une fiche de renseignements où il a été interrogé sur sa situation familiale et informé qu'il était susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Depuis cette date, M. B n'a été ni entendu, ni invité à faire des observations. Il a ainsi été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur la décision contestée, en particulier son placement sous le régime de la semi-liberté à partir du 30 mars 2022, la conclusion du contrat à durée indéterminée le 28 janvier 2022 auprès de la société Arilla pour un emploi à temps plein en qualité d'agent de service ou encore la naissance de son second enfant né vingt jours avant l'édiction la décision attaquée. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en violation de son droit d'être entendu et à en obtenir l'annulation pour ce motif.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français du 8 novembre2022, et par voie de conséquence, des décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les frais liés au litige :

6. Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Durand à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Durand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Durand et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 14 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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