mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206513 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, M. C E, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'autoriser le regroupement familial au profit de son épouse dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont contraires à la lettre et l'esprit de la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne dans son l'arrêt C-381/18 et C-382/18 du 12 décembre 2019 ;
- elle porte atteinte à l'objectif et à l'effet utile de la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne dans son l'arrêt C-381/18 et C-382/18 du 12 décembre 2019 ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 7 et 9 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêt C-381/18 et C-382/18 du 12 décembre 2019 de la Cour de justice de l'Union européenne ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Sarraute a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant marocain né le 10 décembre 1981, est entré en France le 6 août 2008 au bénéfice d'un regroupement familial en vertu de son mariage avec Mme A, de nationalité marocaine bénéficiant d'une carte de résident sur le territoire français, de laquelle il a divorcé en 2017. Il a bénéficié d'une carte de résident, valable du 14 novembre 2008 au 13 novembre 2018, renouvelée jusqu'au 13 novembre 2028. Le 18 janvier 2021, il a épousé au Maroc Mme D, née le 6 octobre 2001, de nationalité marocaine. Le 1er février 2021, il a sollicité le regroupement familial au profit de son épouse. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de la décision du 8 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L.434-2 à L. 434-4. () ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Aux termes de l'article L.434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. "
3. En premier lieu, pour rejeter, par décision du 8 septembre 2022, la demande de regroupement familial présentée par M. E au bénéfice de son épouse, le préfet de la Haute-Garonne, après avoir constaté que l'intéressé remplissait toutes les conditions réglementaires et examiné sa situation personnelle notamment au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, s'est fondé sur la circonstance qu'il ne se conformait pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, dès lors qu'il a été définitivement condamné par le tribunal correctionnel de Montauban le 17 juin 2014 à la peine d'un an d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violences sans incapacité par une personne étant ou ayant été le conjoint de la victime, violences avec incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été le conjoint de la victime et arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le septième jour. Si cette condamnation est ancienne et concerne des faits commis entre 2008 et 2011, il ressort des pièces du dossier que ces faits, qui par nature sont graves, ont été commis en présence de l'enfant du couple née en 2006. Par ailleurs, il ressort de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse du 10 mai 2017, qui a confirmé notamment la suspension du droit de visite et d'hébergement de M. E, que postérieurement à cette condamnation, lors de la mise en place des droits de visite médiatisés, chacune des rencontres organisées ont abouti à des incidents imputables à M. E qui exprimait de façon constante colère et vindicte exagérées, notamment face aux réticences de sa fille à le voir. Dans ces conditions, quand bien même M. E n'a plus fait l'objet de condamnation depuis cette date et remplit les autres conditions posées par la loi, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. E ne se conformait pas aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, M. E ne peut utilement invoquer la directive 2003/86/CE du Conseil du 22 septembre 2003 relative au droit au regroupement familial telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne dans son l'arrêt C-381/18 et C-382/18 du 12 décembre 2019, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile résultant de son entière transposition en droit interne.
5. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. D'autre part, aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. " Aux termes de l'article 9 de la même charte : " Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en régissent l'exercice. "
7. Si M. E soutient que la décision attaquée l'empêche de vivre une vie privée et familiale normale au sens des stipulations citées aux points précédents, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M.Ei est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. CEi et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026