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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206521

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206521

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDE BOYER MONTÉGUT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022 sous le n° 2206521 et un mémoire enregistré le 14 novembre 2022, M. B D, représenté par Me. Peter, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile en application des articles L. 725-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- la procédure relative à la demande d'asile n'est pas terminée puisqu'il a déposé un recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022 sous le n° 2206522 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2022, Mme C E, représentée par Me Peter demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a assignée à résidence.

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile en application des articles L. 725-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- la procédure relative à la demande d'asile n'est pas terminée puisqu'il a déposé un recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A.

- les observations de Me Peter, représentant M. D et Mme E, qui conclut aux mêmes fins, abandonne les moyens relatifs à l'incompétence de l'auteur de l'acte et précise que le requérant est policier, qu'il a dû intervenir au domicile de Mme E, victime des violences de son conjoint, qu'une relation s'est nouée entre eux, que cette situation a engendré des menaces et des violences commis par l'ancien mari de Mme E, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas relevé de problèmes de cohérence mais une difficulté en termes de documents probants, que les requérants ont fait un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, que les décisions ne sont pas suffisamment motivées et n'ont pas fait l'objet d'un examen sérieux, que ce défaut d'examen transparait de la rédaction des deux arrêtés attaqués, que la préfecture n'argumente que sur la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que le préfet ne fait pas l'analyse de la vie familiale et sociale des requérants alors qu'ils ont développé des activités spirituelles et religieuses et que leur fille, âgée de cinq ans, est scolarisée, que les requérants méritent que la mesure d'éloignement soit suspendue le temps de l'examen de leur demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile,

- les observations de M. D et Mme E, assistés de M. F, interprète en langue géorgienne, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme E, nés respectivement le 12 décembre 1976 à Zugidi (URSS) et le 31 octobre 1980 à Kurgansk (URSS), tous deux ressortissants géorgiens, déclarent être entrés sur le territoire français le 25 février 2022. Ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes par décisions du 21 juillet 2022. Par deux arrêtés en date du 3 novembre 2022, le préfet du Tarn a annulé tout document provisoire de séjour dont les intéressés seraient éventuellement en possession, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a assignés à résidence dans le département du Tarn. Par leurs présentes requêtes, M. D et Mme E sollicitent l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes susvisées nos 2206521 et 2206522 concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Si les requérants ont présenté une demande d'aide juridictionnelle provisoire dans leurs requêtes introductives d'instance le 10 novembre 2022, ils ne sont représentés par aucun avocat. En conséquence, les conclusions des intéressés tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné sérieusement la situation des intéressés. Par conséquent, le moyen manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués visent les textes dont ils font application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, l'article L. 542-5 de ce code ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils mentionnent avec une précision suffisante les considérations de faits sur lesquelles ils reposent, rappelant en particulier les conditions d'entrée et de séjour des requérants sur le territoire français, les étapes de leurs procédures d'asile et les éléments liés à leur vie privée et familiale. Ils précisent que les intéressés n'établissent pas être exposés à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Ils indiquent enfin qu'aux fins de traitement rapide et du suivi efficace de leur demande d'asile, il importe que le préfet soit en mesure de vérifier leur présence dans le département du Tarn, où ils sont domiciliés. Dès lors, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que les décisions seraient entachées d'une erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Les requérants soutiennent que les arrêtés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils sont parents d'une enfant âgée de cinq ans scolarisée, qu'ils ont tous les deux un projet professionnel en France et qu'ils s'investissent dans la vie spirituelle locale. Les requérants versent au débat un témoignage attestant de ce qu'ils sont membres d'une communauté spirituelle ainsi que les certificats de scolarité de leur fille mineure en grande section de l'école maternelle La Voulte à Gaillac (Tarn). Toutefois, ces seuls éléments ne sont pas suffisants pour considérer que les intéressés, entrés très récemment sur le territoire, auraient désormais le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France. En outre, il est constant qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Dans ces conditions, M. D et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation.

9. En cinquième lieu, selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Les requérants, qui ont soutenu dans leur requête introductive, avoir fui la Géorgie en raison du bouleversement des institutions dans ce pays et de la désertion par M. D de son poste de policier puis ont évoqué dans leur mémoire ampliatif des menaces proférées par l'ancien conjoint de Mme E, n'apportent pas la preuve de la réalité et l'actualité des risques qu'ils évoquent, alors au demeurant que leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en raison de ce que leurs propos n'étaient apparus nullement convaincants ni empreints de vécu. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. Elle est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 753-7 à L. 753-11 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application du c du 1° de l'article L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

12. Si les requérants, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 juin 2022, sollicitent, à titre subsidiaire, l'application des dispositions de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à leur encontre, ils n'apportent aucun élément sérieux de nature à remettre en cause la décision de l'Office. Il suit de là que ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D et Mme E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C E, à Me Peter et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2206521, 220652

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