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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206571

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206571

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. E D, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre sans délai et dès notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard un mois après la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dès la notification de la décision à intervenir, et de rendre une décision dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente et dès la notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros hors taxes à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient, outre que la requête est recevable, que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études, au regard des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry,

-et les observations de Me Tercero, représentant M. D, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant gabonais né le 11 septembre 1991, est entré en France le 15 novembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " valant titre de séjour et valable du 1er octobre 2018 au 1er octobre 2019, puis a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant jusqu'au 1er octobre 2021. Il a sollicité le 19 octobre 2021 le renouvellement de son titre de séjour. M. D demande l'annulation de l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. Par arrêté réglementaire du 20 septembre 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325 du 21 septembre 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit ainsi que les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention du 2 décembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier le caractère réel et sérieux des études poursuivies.

5. M. D a présenté à l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant une inscription en première année de licence en mathématiques et informatique appliquées aux sciences humaines (MIASHS) à l'université Toulouse II - Jean Jaurès. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'était déjà inscrit les deux années universitaires précédentes en première année de cette licence et qu'il n'a validé aucune de ces années, n'obtenant à l'issue de l'année universitaire 2020-2021 qu'une moyenne globale de 5,396 sur 20. Son relevé de notes pour cette même année mentionne en outre un grand nombre d'absences injustifiées. Si M. D soutient que son échec et ses absences sont la conséquence de la naissance le 11 décembre 2020 de sa fille, dont il a dû assurer l'entretien et plus généralement du bouleversement apporté dans sa vie par cette naissance non prévue, il n'en justifie pas par la seule production de l'extrait d'acte de naissance de son enfant. Ainsi, en refusant de renouveler le titre de séjour de M. D en qualité d'étudiant au motif que ce dernier ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise.

5. En second lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des conséquences de la décision attaquée sur sa vie privée et familiale doit être écarté. Au surplus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. D contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en novembre 2018 à l'âge de 27 ans, pour y suivre des études. S'il a été muni de cartes de séjour temporaire en qualité d'étudiant jusqu'en octobre 2021, celles-ci ne lui donnaient pas vocation à se maintenir en France. Le requérant fait état de la naissance en France de sa fille le 11 décembre 2020, mais il ne justifie pas de l'intensité des liens avec cette enfant, ni contribuer à son entretien et à son éducation. En outre, il n'établit pas être isolé au Gabon où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit en tout état de cause également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale, par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Les conclusions à fin d'annulation de M. D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Les conclusions de M. D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M.Do est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.EuDo, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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