mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ALLENE ONDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Allene Ondo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portent refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de consultation préalable de de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour, à l'égard de laquelle elle est subséquente.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 février 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant gabonais né le 12 octobre 1985, est entré régulièrement en France le 21 juillet 2018, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 3 juillet au 2 août 2018. Le 29 juillet 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services préfectoraux de la Haute-Garonne en faisant valoir ses liens personnels et familiaux en France, ainsi qu'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant que pizzaïolo. Par un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne lui a opposé un refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. La décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de cette décision doit être écarté.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes des dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. S'il est loisible au préfet de donner délégation de signature au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du titre de séjour.
6. M. C a saisi le 29 juillet 2021 le préfet de la Haute-Garonne d'une demande de délivrance d'un titre de séjour par une régularisation exceptionnelle sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est toutefois constant que l'intéressé est entré sur le territoire français le 21 juillet 2018, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour dont la validité a expiré le 2 août 2018 et n'a, par la suite, jamais disposé d'un visa de long séjour. En l'absence de visa de long séjour, et alors même que le requérant se prévalait d'une promesse d'embauche et d'une demande d'autorisation de travail formulée par son employeur potentiel, le préfet de la Haute-Garonne n'était dès lors pas tenu de faire instruire sa demande par les services compétents du ministère du travail. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la DREETS doit être écarté.
7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner notamment si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement, de même que tout élément de sa situation personnelle tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
8. M. C soutient qu'à la date de l'arrêté attaqué, il séjournait en France depuis près de quatre ans et qu'il y dispose d'attaches familiales fortes eu égard à la présence de son demi-frère et de son fils. Toutefois, à supposer même que l'intéressé réside en France de manière habituelle depuis l'année 2018, l'ancienneté de son séjour résulte de son maintien sur le territoire national après l'expiration de son visa de court séjour le 2 août 2018, l'intéressé n'ayant au demeurant entrepris de démarches pour régulariser sa situation que le 29 juillet 2021. De plus, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir l'intensité de ses liens avec son demi-frère de nationalité française, ni même avec son enfant né le 30 août 2010, qui réside dans un autre département et sur lequel il n'exerce pas l'autorité parentale en exécution d'un jugement du tribunal de première instance de Libreville du 30 juin 2017 délégant ladite autorité à sa tante de nationalité française. Dès lors, la situation de M. C, qui est célibataire et sans charge de famille sur le territoire national, et qui n'allègue pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 31 ans et où vit toujours à tout le moins son père, ne relève pas de motifs exceptionnels ou considérations humanitaires permettant son admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, si M. C se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de cuisinier auprès de la SAS La manufacture des Carmes implantée à Toulouse et d'une inscription à une formation en CAP cuisine du 11 septembre 2020 au 11 septembre 2023, il n'est établi par aucune pièce du dossier que le requérant aurait disposé à la date de l'arrêté attaqué à laquelle s'apprécie sa légalité des qualifications et diplômes requis pour ces emplois ou encore d'une expérience significative dans le domaine concerné, ni que son employeur putatif ne serait pas parvenu à recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail. Dès lors, les circonstances invoquées ne peuvent être regardées comme relevant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du CESEDA, justifiant que soit délivré à M. C un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garone aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait fondée sur une décision illégale et à en demander l'annulation par voie de conséquence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 28 juin 2022.
Sur les autres conclusions de la requête :
13. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M.Ca est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.ByCa, à Me Allene Ondo et au préfet de Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
La première assesseure,
N. SODDU
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026