vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206646 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
A une requête enregistrée le 18 novembre 2022, un mémoire en production de pièces enregistré le 22 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 23 novembre 2022, M. G B, représenté A Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 A lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles et l'arrêté du même jour A lequel il l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet responsable de la détermination de l'Etat responsable de mettre un terme à cette procédure et de lui délivrer un dossier de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, le versement de cette même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :
- l'arrêté méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 car il ne sait pas lire l'arabe et les brochures ne lui ont pas été lues ;
- l'entretien, dont le compte-rendu comporte de nombreuses erreurs, n'a pas été correctement mené dans une langue qu'il comprend conformément aux dispositions de l'article 5 de ce règlement ;
- le préfet ne justifie pas que les autorités espagnoles ont bien été saisies A les autorités françaises dans les délais imposés A le règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il est pris en charge A son oncle paternel, bénéficiaire du statut de réfugié, que son état de fragilité psychologique nécessite des soins médicaux et compte tenu de la dégradation de la situation des demandeurs d'asile en Espagne ;
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
- il est privé de base légale ;
- en lui imposant de se présenter deux fois A semaine au commissariat de Toulouse alors qu'il est hébergé A son oncle dans le Gers, le préfet ne s'est pas livré à un examen personnel de sa situation.
A un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Il soutient, d'une part, qu'il a décidé, à titre exceptionnel, d'annuler l'arrêté portant assignation à résidence et, d'autre part, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins A les mêmes moyens et précise que de multiples erreurs de fait ont été commises A le préfet s'agissant de la date à laquelle il a quitté l'Espagne, de la date à laquelle il a été interpellé en Espagne alors qu'il a produit lors de l'entretien tous les éléments en sa possession, mais aussi s'agissant de son hébergement A son oncle, que son oncle a remis à l'OFII une attestation d'hébergement en date du 18 octobre 2022, que l'OFII note qu'il n'a pas besoin d'hébergement, qu'en dépit de ces information, la préfecture l'a assigné à résidence avec obligation de pointage à Toulouse, qu'il appartenait à l'OFII d'indiquer dans les fichiers l'adresse du requérant, que la préfecture a commis de graves erreurs de fait et n'a pas examiné la situation de M. B, ou alors le requérant n'a pas compris les questions qui lui ont été posées, que l'entretien n'a pas été régulièrement mené, que le requérant n'a fait que quatre ans de scolarité, de sorte qu'il n'a pu comprendre les informations qui lui ont été communiquées, que les erreurs commises ont des incidences importantes car les autorités espagnoles ont été saisies d'une requête comportant une erreur quant à la date de prise d'empreintes en Espagne, que la réponse des autorités espagnoles est tout à fait succincte, que la préfecture n'a pas pris en compte la situation personnelle de M. B et a mal motivé sa décision, que l'entretien n'a pas été mené dans des conditions régulières, que son oncle l'héberge depuis son arrivée en France, le prend en charge financièrement et l'accompagne dans toutes ses démarches, y compris médicales, que dans ces circonstances particulières, le préfet a méconnu l'article 17 du règlement, qu'eu égard à la décision du 11 octobre 2022 de l'autorité espagnole, il fera l'objet d'une obligation de quitter le territoire dès son retour en Espagne, que le préfet ne peut " annuler " l'arrêté d'assignation mais seulement le retirer, que ce retrait n'intervient qu'après que le recours ait été introduit, qu'il y a donc lieu de faire droit à la demande indemnitaire,
- les observations de M. B, assisté de M. D E, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissante syrien né le 14 novembre 1997 à Qunaitra (Syrie) demande l'annulation des arrêtés du 16 novembre 2022 A lesquels le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelables dans le département de la Haute-Garonne.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté A l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à abroger l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. Si le préfet soutient, sans d'ailleurs en justifier, qu'il a décidé d'annuler l'arrêté portant assignation à résidence, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet arrêté ait été retiré ou abrogé A une décision devenue définitive. L'exception de non-lieu à statuer opposée A le préfet de la Haute-Garonne doit dès lors être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :
5. En premier lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 dispose : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données A écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, A exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu A les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise A l'autorité administrative de ces informations prévues A les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée s'est vu remettre le 20 octobre 2022, A les services de la préfecture de la Haute-Garonne, les fascicules composant la brochure instituée à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, lesquels étaient rédigés en arabe, que l'intéressé a déclaré comprendre parfaitement et savoir lire. M. B a attesté de la remise effective de ces documents en apposant sa signature le jour même sur la page de garde de chacun d'entre eux et a donc bénéficié de l'information requise sur l'application du règlement (UE) n° 604/2013. A suite, l'article 4 du règlement précité n'a pas été méconnu.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604-2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. (). ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié de l'entretien individuel mentionné A les dispositions précitées qui s'est déroulé le 20 octobre 2022 à la préfecture de la Haute-Garonne et a été mené A un agent de la préfecture, qui doit être regardé comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 du règlement n° 604/2013 précité, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. En outre, cet entretien a été conduit en langue arabe, que le requérant a déclarée comprendre, A l'intermédiaire d'un interprète de l'organisme agréé ISM Interprétariat. M. B n'a formulé aucune observation quant aux difficultés de compréhension des informations portées à sa connaissance et des questions qui lui ont été posées et a, au contraire, certifié sur l'honneur que les renseignements la concernant dans le questionnaire étaient exacts. Enfin, M. B ne fait état d'aucun élément ni d'aucune circonstance particulière tenant au déroulement de cet entretien de nature à démontrer que celui-ci aurait été mené en l'absence des garanties prévues A les dispositions précitées et en l'absence des conditions en garantissant la confidentialité. A suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B.
10. En quatrième lieu, l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 relatif à la présentation d'une requête aux fins de prise en charge dispose : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés A le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. ". A ailleurs, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement () 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis A le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne justifie avoir saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge de la demande d'asile de M. B le 27 octobre 2022 et que ces mêmes autorités ont fait connaître leur accord explicite le lendemain. A suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne justifie pas que les autorités espagnoles ont bien été saisies A les autorités françaises dans les délais imposés A le règlement (UE) n° 604/2013 manque en fait et doit être écarté.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris une décision différente s'il n'avait pas commis l'erreur de fait allégué quant à la date de l'interpellation de M. B A la police espagnole et sa date d'entrée sur le territoire français. A suite le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. A dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. ()". La faculté ainsi laissée à chaque Etat membre, A le 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Cette possibilité doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. D'une part, le requérant invoque la dégradation de la prise en charge des demandeurs d'asile en Espagne. Toutefois, il ne ressort pas des rapports ou articles de presse qu'il cite dans ses écritures, et dont il ne produit que de simples extraits, que les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en Espagne seraient caractérisées A des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure d'emblée, et quelles que soient les circonstances, à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale, indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême qui porterait atteinte à leur santé physique ou mentale ou les mettrait dans un état de dégradation incompatible avec la dignité humaine, prohibé A l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A ailleurs, la requérante ne démontre pas qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle serait personnellement exposée à une situation de dénuement matériel totale en cas de transfert aux autorités espagnoles, alors que l'Espagne, qui a explicitement accepté sa responsabilité le 28 octobre 2022 de prise en charge de sa demande d'asile, est membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée A le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, si M. B se prévaut de problèmes de santé, en invoquant un état de fragilité psychologique et en présentant une ordonnance médicale pour la délivrance d'un anxiolytique, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le système de soins espagnol ne serait pas susceptible de prendre en charge sa pathologie. Enfin, la circonstance qu'un oncle paternel de M. B soit présent en France et lui apporte une assistance matérielle ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant de ne pas faire usage des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
15. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence A l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ".
16. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas sérieusement contesté que, pour assigner à résidence M. B dans le département de la Haute-Garonne, où ce dernier ne dispose pas d'un hébergement fixe, et l'astreindre à se présenter deux fois A semaine auprès du commissariat central de police de Toulouse, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le requérant justifiait d'une domiciliation postale à Toulouse, sans rechercher, au vu des éléments du dossier administratif de l'intéressé, le cas échéant en l'interrogeant sur ce point, si ce dernier ne disposait pas d'un hébergement suffisamment stable hors du département. Or, M. B justifie A la production d'une attestation d'hébergement établi le 18 octobre 2022 certifiant qu'il disposait à la date de l'arrêté attaqué d'un hébergement stable chez son oncle à Saint-Clar (Gers). L'administration ne pouvait ignorer cet hébergement dont le requérant a fait état lors de son entretien de vulnérabilité. Dans ces conditions, en l'absence de fraude alléguée, le préfet, qui, A ailleurs, ne fait état d'aucune circonstance, notamment liée à l'ordre public, justifiant de retenir, au vu de la seule domiciliation postale de M. B, un périmètre d'assignation à résidence n'incluant pas le lieu d'hébergement de ce dernier à la date de la décision attaquée, a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressé.
17. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 A lequel le préfet l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles, n'implique pas que l'administration délivre un dossier de demande d'asile au requérant. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocate peut ainsi se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à la condition de renoncer à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Amari de Beaufort avocate de M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 16 novembre 2022 A lequel le préfet de la Haute-Garonne a assigné M. B à résidence dans le département de la Haute-Garonne est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Amari de Beaufort avocate de M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Amari de Beaufort.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. CLe greffier,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026