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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206678

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206678

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 18 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 24 novembre 2022, M. C A, représenté F Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 F lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités espagnoles ainsi que l'arrêté du même jour F lequel il a été assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de mettre un terme à cette procédure et de lui délivrer un dossier de demande d'asile, sous astreinte de 100 euros F jour de retard, quinze jour après la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- les articles 4 de la directive n° 2013/32/UE du 26 juin 2013 et les articles 5 et 35 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été correctement transposés en droit interne, si bien que le droit à un recours effectif prévu aux articles 27 de ce règlement et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est pas garanti ;

- le préfet ne justifie pas que les autorités espagnoles ont bien été saisies dans les délais imposés F le règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les modalités de sujétions hebdomadaires sont disproportionnées.

F un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et F les mêmes moyens,

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète en langue tchétchène, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M. E représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués doivent être écartés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 25 novembre 2001 à Khasavyurt (Russie), a déclaré être entré régulièrement sur le territoire français le 20 septembre 2022, en provenance d'un autre Etat membre. Il s'est présenté le 13 octobre 2022 à la préfecture de la Haute-Garonne pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'un visa lui avait été délivré F les autorités espagnoles le 8 septembre 2022 et que ce visa était valide du 18 septembre 2022 au 11 octobre 2022. Les autorités espagnoles ont été saisies le 28 octobre 2022 d'une demande de prise en charge de l'intéressé sur le fondement de l'article 12.4 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaître leur accord le 3 novembre 2022 sur la base du même article de ce même règlement. F deux arrêtés en date du 17 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert du requérant aux autorités espagnoles et l'a assigné à résidence. F sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () F la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

3. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. F dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée F un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. ()". La faculté laissée aux autorités françaises, F les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée F un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis F la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son entrée sur le territoire national, M. A est hébergé, pris en charge sur le plan financier et matériel, soutenu moralement et accompagné dans ses démarches administratives, F sa tante et F son cousin, qui bénéficient d'une carte de résident en leur qualité de réfugié. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé bénéficie du soutien moral et financier de son oncle de nationalité française, et de l'aide de sa cousine ressortissante française, qui l'assiste notamment dans ses démarches administratives et juridiques. Il résulte de ce qui précède, et des déclarations de l'intéressé à l'audience, que M. A entretient des liens très forts avec les membres de sa famille en France, et notamment avec sa tante et son cousin, en raison de leur statut de réfugiés et du fait de leurs parcours similaires. F conséquent, compte tenu de ces circonstances très particulières, le requérant est fondé à soutenir qu'en n'exerçant pas la faculté que lui donne l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet de le Haute-Garonne a entaché l'arrêté de transfert contesté d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 17 novembre 2022 F lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de M. A aux autorités espagnoles doit être annulé, ainsi que, F voie de conséquence, l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que la demande d'asile de M. A soit examinée F la France. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer cette demande en procédure normale dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Amari de Beaufort à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Amari de Beaufort la somme de 1 250 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant, la somme de 1 250 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 17 novembre 2022 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 250 euros à Me Amari de Beaufort, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Amari de Beaufort.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. B La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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