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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206716

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206716

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2022 et le 18 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

A titre principal :

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à tout le moins de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement ;

5°) de constater qu'il a exécuté l'obligation de quitter le territoire français à la date du 18 décembre 2022 et que les effets de l'interdiction de retour ont commencé à courir à compter de cette date pour prendre fin le 18 décembre 2023 ;

A titre subsidiaire :

6°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 portant refus de titre de séjour ;

7°) de constater qu'il a exécuté l'obligation de quitter le territoire français à la date du 18 décembre 2022 et que les effets de l'interdiction de retour ont commencé à courir à compter du 18 décembre 2022 pour prendre fin le 18 décembre 2023 ;

8°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre toutes mesures propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement, en raison de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français à la date du 18 décembre 2022 ;

9°) de prononcer un non-lieu à statuer en raison de l'exécution volontaire de l'obligation de quitter le territoire français à la date du 18 décembre 2022 sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour et fixant le pays de renvoi ;

En tout état de cause :

10°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait lui opposer l'absence de visa de long séjour ;

- il aurait dû transmettre sa demande d'autorisation de travail aux services chargés de l'emploi ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est dépourvue de base légale par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- il convient de prononcer un non-lieu à statuer, dès lors qu'il a exécuté la décision attaquée le 18 décembre 2022 ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale par suite de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile ;

- il convient de prononcer un non-lieu à statuer, dès lors qu'il a exécuté la décision attaquée le 18 décembre 2022 ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle est dépourvue d'objet, dès lors qu'il a quitté le territoire français le 18 décembre 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 décembre 2022 et le 8 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour n'ont pas perdu leur objet ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 1er septembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal constate que M. A a exécuté l'obligation de quitter le territoire français à la date du 18 décembre 2022 et que les effets de l'interdiction de retour ont commencé à courir à compter du 18 décembre 2022 pour prendre fin le 18 décembre 2023, le tribunal ne pouvant être saisi, en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, que par voie de recours formé contre une décision.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry,

-et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 12 novembre 1997, est entré en France selon ses déclarations le 12 mars 2020. Sa demande d'asile, présentée le 6 juillet 2020, a été examinée en procédure accélérée et rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 octobre 2020, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 24 mars 2021. M. A a fait l'objet le 8 décembre 2020 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, dont la légalité a été confirmée par jugement n° 2006776 du 8 février 2021 du tribunal de céans. Il a sollicité le 15 mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salarié. M. A demande à titre principal l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour d'un an.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins de constatation :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

4. M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de constater qu'il a exécuté le 18 décembre 2022 l'obligation de quitter le territoire français et que les effets de l'interdiction de retour ont commencé à courir à compter du 18 décembre 2022 pour prendre fin le 18 décembre 2023. En application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal de faire une telle constatation. Dès lors, ses conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

9. M. A soutient tout d'abord que le préfet a commis des erreurs de fait en considérant qu'il n'établissait pas sa présence habituelle en France depuis mars 2020, qu'il ne justifiait pas de l'intensité des liens avec sa sœur et qu'il ne disposait pas d'expérience professionnelle dans le bâtiment. Si le requérant peut être regardé comme établissant l'ancienneté de son séjour et s'il indique demeurer chez sa sœur, il n'établit pas, par la seule production d'un curriculum vitae, l'expérience professionnelle dont il se prévaut. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne aurait pris la même décision, en tenant compte de la durée de séjour en France de M. A et des liens familiaux dont ce dernier se prévaut. Dès lors, le moyen tiré d'erreurs de fait doit être écarté.

10. Ensuite, il était loisible au préfet, dans le cadre de la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié formée par M. A, d'examiner d'office si ce dernier pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, en relevant que le requérant ne remplissait pas les conditions permettant la délivrance d'un tel titre de plein droit, faute de justifier de la possession d'un visa de long séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit.

11. Enfin, les circonstances dont se prévaut M. A, tirées de l'ancienneté de sa présence en France, de ses liens avec sa sœur, bénéficiaire de la protection subsidiaire et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 17 juin 2023 et de ses perspectives d'insertion professionnelle n'établissent pas une considération humanitaire ou un motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A sur ce fondement, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En quatrième lieu, la demande présentée par un étranger sur le fondement du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 de ce code. Il en résulte que le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de saisir l'autorité administrative compétente afin qu'elle accepte ou refuse l'autorisation de travail, avant de statuer sur la demande de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit du fait de l'absence de cette saisine doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L.423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, déclare être entré en France le 12 mars 2020, à l'âge de 22 ans. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 30 octobre 2020 puis par la CNDA le 24 mars 2021. M. A a fait l'objet le 8 décembre 2020 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne l'obligeant à quitter le territoire français. Si le requérant se prévaut de la présence en France de sa sœur, bénéficiaire de la protection subsidiaire et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 17 juin 2023, chez laquelle il serait hébergé, il n'établit pas l'intensité des liens développés avec cette dernière par la seule production de son titre de séjour. M. A n'établit pas non plus être isolé en Albanie, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où, à la date de la décision attaquée, vivaient ses deux parents. Il ne justifie pas non plus, par la production d'une promesse d'embauche du 8 octobre 2021 pour un contrat à durée indéterminée en qualité de maçon et d'une demande d'autorisation de travail, d'une insertion professionnelle particulière. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

15. En sixième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

19. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la décision de refus de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

20. En troisième et dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à titre principal et tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à ce que le tribunal prononce un non-lieu à statuer sur lesdites conclusions, la circonstance que M. A a quitté le territoire français le 18 décembre 2022 pour retourner en Albanie n'étant pas de nature à priver d'objet ses conclusions tendant à l'annulation de la décision dont il s'agit.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

22. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

24. M. A soutient craindre pour sa vie en cas de retour en Albanie du fait d'une vendetta le visant ainsi que les membres de sa famille, dont l'origine remonterait à deux années après sa naissance, qui aurait contraint sa famille à changer de nom et à déménager dans une autre commune. Il ajoute que certains membres de sa famille se sont vus reconnaitre la qualité de réfugié et qu'il a lui-même fait l'objet d'une agression en août 2019, dont il conserve des séquelles physiques et psychologiques. Toutefois, sa demande d'asile, fondée sur les mêmes faits, a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 octobre 2020, confirmée par la CNDA le 24 mars 2021, la cour nationale du droit d'asile ayant jugé que les pièces du dossier et les déclarations de M. A n'ont pas permis de tenir pour établis les évènements présentés comme étant à l'origine de son départ d'Albanie, ni de fonder les craintes actuelles et personnelles alléguées en cas de retour dans son pays d'origine. M. A ne produit aucun élément permettant de tenir pour actuelles et établies les craintes ainsi évoquées. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

25. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé en situation de compétence liée par les décisions prises par l'OFPRA et la CNDA sur la demande d'asile formée par M. A.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à titre principal et tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à ce que le tribunal prononce un non-lieu à statuer sur lesdites conclusions, la circonstance que M. A a quitté le territoire français le 18 décembre 2022 pour retourner en Albanie n'étant pas de nature à priver d'objet ses conclusions tendant à l'annulation de la décision dont il s'agit.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

27. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

28. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". L'article L. 613-2 du même code dispose : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

29. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères que ces dispositions énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

30. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A déclare sans en apporter la preuve être en France depuis mars 2020, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en décembre 2020 non exécutée, que la nature et l'ancienneté de ses liens ne sont pas établis en France, qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il n'a bénéficié d'un droit au maintien en France qu'à titre temporaire le temps de l'instruction de sa demande d'asile et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Ainsi, le préfet de la Haute-Garonne, qui a suffisamment motivé sa décision au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

31. Eu égard aux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, tels qu'exposés précédemment, et alors même qu'il ne représente aucune menace à l'ordre public, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet de la Haute-Garonne a pu prendre à l'encontre de M. A une décision portant interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à un an. Enfin, alors qu'il est loisible au requérant, une fois qu'il aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de cette mesure puis de revenir régulièrement sur le territoire national, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à titre principal et tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à ce que le tribunal prononce un non-lieu à statuer sur lesdites conclusions, la circonstance que M. A a quitté le territoire français le 18 décembre 2022 pour retourner en Albanie n'étant pas de nature à priver d'objet ses conclusions tendant à l'annulation de la décision dont il s'agit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

33. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, l'ensemble des conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les dépens :

34. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

35. Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kosseva-Venzal et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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