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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206721

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206721

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2022 et 25 mars 2024, M.Cn, représenté par Me Touboul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet de Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, le préfet ne l'ayant pas invité à compléter son dossier de demande ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M.Bn ne sont pas fondés.

M.Bn a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire NOR INTK 1229185 C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 fixant les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les observations de Me Touboul, représentant M.Bn, en présence de dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M.Bn, ressortissant bangladais né le 28 septembre 1988, déclare être entré sur le territoire français le 6 avril 2013. Le 8 avril 2013, il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 28 mars 2014. Par une décision du 3 février 2015, la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande. Le 23 septembre 2015, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français. M.Bn a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 29 avril 2021. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet de Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " L'article R. 435-1 du même code dispose : " L'étranger qui sollicite l'admission exceptionnelle au séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " Aux termes de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant la liste des pièces à produire à l'appui d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour : " 1. Pièces à fournir dans tous les cas : ()/ 2. Pour la délivrance de la CST prévue à l'article L. 435-1 :/ 2.1 Pour la délivrance de la CST portant la mention " vie privée et familiale " :/ -justificatifs permettant d'apprécier les " considérations humanitaires " ou les " motifs exceptionnels " (par exemple, circonstances humanitaires particulières, durée de présence en France, exercice antérieur d'un emploi, volonté d'intégration sociale, compréhension du français, qualification professionnelle, documents relatifs à des services rendus dans le domaine culturel, sportif, associatif, civique ou économique, etc.)./ 2.2 Pour la délivrance de la CST portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " :/ -dossier de demande d'autorisation de travail soumis par l'employeur (formulaire CERFA n° 15186*03, de demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger avec les pièces justificatives précisées en annexe du formulaire correspondant à la situation du salarié) ;/ -tout document justifiant votre résidence habituelle depuis votre entrée en France (ex. : avis d'imposition, attestation AME, etc.) ;/ -preuves d'exercice antérieur d'activité salariée (par exemple : bulletins de salaire ou à défaut relevés ou virements bancaires, certificat de travail, attestation Pôle Emploi, avis d'imposition sur le revenu correspondant aux périodes de travail ) ;/ -attestation de concordance d'identité établie par l'employeur si vous avez utilisé une autre identité pour travailler ;/ -justificatifs de votre insertion dans la société française (attestations de cercles amicaux, adhésion à des associations, activité bénévole, participation aux activités scolaires des enfants, etc.) () ".

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait fondé sur le caractère incomplet du dossier remis par M.Bn pour rejeter sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, ni les dispositions précitées de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne font obligation au préfet d'inviter le demandeur à fournir les éléments propres à établir la stabilité et l'effectivité de sa communauté de vie ou la réalité de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Il ressort au contraire des dispositions précitées de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger sollicitant une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " peut fournir toute pièce utile à l'examen de sa demande à l'appui de son dossier. Ainsi, M.Bn n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été adoptée aux termes d'une procédure irrégulière alors au demeurant, qu'il ne précise pas la nature des pièces qu'il aurait souhaité joindre à son formulaire de demande. Par voie de conséquence, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M.Bn soutient que le préfet ne peut ni contraindre sa compagne et ses enfants à quitter la France ni l'éloigner du territoire français. Toutefois, la décision attaquée, qui refuse seulement son admission au séjour, n'est pas susceptible de produire de tels effets. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, M.Bn soutient qu'en se fondant sur l'absence de preuve de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, le préfet a commis une erreur de droit, cette condition n'étant pas requise pour la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Toutefois, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation qui lui appartient, il est loisible au préfet de tenir compte de l'investissement du demandeur dans l'entretien et l'éducation de ses enfants lorsqu'il ressort du dossier de demande que celui-ci a entendu se prévaloir de sa vie familiale. Or il ressort tant des mentions manuscrites figurant sur la demande de titre de séjour de M.Bn que du courrier de son conseil l'accompagnant que celui-ci s'est principalement prévalu de ses liens familiaux. Par ailleurs, M.Bn n'apporte aucun élément probant de nature à caractériser une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. A cet égard, les pièces qu'il produit, constituées d'un courrier d'un médecin certifiant que le requérant " a déjà amené [ses filles] en consultation ", d'une fiche de renseignements de l'école maternelle Sauzelong pour l'année 2019-2020 renseignant les coordonnées des deux parents en qualité de responsables légaux ainsi que de quelques attestations de proches, ne sont pas suffisantes à établir la réalité d'une telle contribution. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, M.Bn ne peut se prévaloir utilement des orientations générales de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, que le ministre de l'intérieur a adressée aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ainsi est dépourvue de caractère réglementaire et ne comporte pas de lignes directrices dont les administrés pourraient se prévaloir devant le juge administratif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de cette circulaire doit être écarté.

7. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir que la décision attaquée le maintient dans la clandestinité, M.Bn n'établit pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle produit sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. M.Bn soutient être entré en France le 6 avril 2013 et s'être maintenu sur le territoire depuis cette date. Toutefois il n'établit ni l'ancienneté de son séjour ni sa présence habituelle en France par les pièces qu'il produit, à savoir le récépissé de sa demande d'asile déposé en 2013, deux courriers adressés par Pôle emploi l'invitant à accomplir des démarches, une lettre de relance le mettant en demeure de régler des frais d'hospitalisation dus à raison d'une consultation du 29 octobre 2015 et quelques attestations de proches. En outre, s'il se prévaut de la présence de ses enfants en France ainsi que d'une relation de huit années avec une compatriote en situation régulière sur le territoire, ces circonstances ne sont pas de nature à caractériser une violation du droit protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention dès lors que, comme il a été dit au point 5 du présent jugement, le requérant ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M.Bn de ses filles. Dès lors, ce dernier ne peut utilement invoquer la violation des stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M.Bn n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet de Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

14. Les conclusions à fin d'annulation de M.Bn étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911 1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les conclusions de M.Bn tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MBin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à MCin, à Me Touboul et au préfet de la Haute-Garonne

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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