vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206743 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 novembre 2022, le 23 novembre 2023 et le 1er février 2024, Mme E B, représentée par Me Thalamas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Toulouse lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Toulouse de lui octroyer la protection fonctionnelle ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, désormais codifié aux articles L. 134-1 et suivants du code général de la fonction publique, et est entachée d'une erreur d'appréciation ; elle a été victime de harcèlement moral, de violences et d'attaques de la part de sa supérieure hiérarchique, de sorte que, sauf à démontrer un motif d'intérêt général, la protection fonctionnelle aurait dû lui être accordée ; l'enquête administrative sur laquelle se fonde la décision attaquée, qui conclut à l'absence de caractérisation d'un harcèlement moral eu égard au peu de temps de travail effectif entre les deux protagonistes et au fait qu'elle aurait été à l'origine des faits déclarés, est insuffisante et présente un caractère partial.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2023 et le 3 janvier 2024, la commune de Toulouse, représentée par Me Abbal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rousseau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Touboul, représentant Mme B,
- et les observations de Me Hubert-Hugout, représentant la commune de Toulouse.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 3 mai 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a intégré la police municipale de la commune de Toulouse le 1er mai 2005 en qualité de brigadier-chef. Le 1er octobre 2019, elle a intégré la brigade contact-bureau médiation du pôle fonctionnel de la police municipale de Toulouse. Par un courrier du 22 juillet 2022, reçu le 27 juillet 2022, elle a sollicité auprès du maire de Toulouse le bénéfice de la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral dont elle estime avoir été victime de la part d'une de ses collègues. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité la communication des motifs de la décision née du silence gardé par le maire de Toulouse sur sa demande de protection fonctionnelle. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que cette décision est entachée d'un défaut de motivation.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 133-2 du même code : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
5. Les dispositions précitées établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Si cette obligation peut avoir pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis¸ laquelle peut notamment consister à assister, le cas échéant, l'agent concerné dans les poursuites judiciaires qu'il entreprend pour se défendre, il appartient dans chaque cas à la collectivité publique d'apprécier, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la question posée au juge et du caractère éventuellement manifestement dépourvu de chances de succès des poursuites entreprises, les modalités appropriées à l'objectif poursuivi.
6. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
7. Mme B, qui a intégré à sa demande, le 1er octobre 2019, la brigade contact-bureau médiation du pôle fonctionnel de la police municipale de Toulouse, soutient avoir été victime de harcèlement moral de la part d'une de ses collègues, Mme C, avec laquelle elle a partagé un bureau pendant quelques mois. Mme B a notamment signalé, par un courrier du 3 février 2020 adressé au directeur de la police municipale de Toulouse, que lors de son arrivée sur le poste, Mme C a refusé de la former et lui a interdit de solliciter l'aide de ses collègues, qu'elle lui a fait des reproches sur sa façon de s'adresser aux administrés et s'est mise en colère contre elle à propos d'une modification de sa semaine de congés. Elle fait également valoir que Mme C dénigrait et insultait ses collègues ainsi que sa hiérarchie, et produit un courrier adressé au directeur de la police municipale de Toulouse par une autre de ses collègues, qui dénonce " l'autoritarisme " et le " caractère irascible " de Mme C, ainsi que les propos insultants tenus par celle-ci à l'encontre de ses collègues. Mme B produit enfin un courrier daté du 23 février 2018, adressé au directeur de la police municipale par un autre agent, signalant un comportement problématique de Mme C qui, selon lui, le rabaisse systématiquement, lui parle sévèrement et lui fait publiquement des reproches infondés. Une enquête administrative a été ordonnée par la commune à la suite du signalement effectué par Mme B. Si cette enquête relève le " caractère difficile " de Mme C et son comportement inapproprié, elle ne reconnaît pas une situation de harcèlement moral au regard de la durée du temps de travail effectif entre Mme B et Mme C, et attribue le ressenti de Mme B à un management défaillant et au fait qu'elle s'est retrouvée en difficulté sur ce poste car elle ne disposait pas des compétences requises pour en maîtriser tous les attendus.
8. D'une part, si Mme B fait valoir l'insuffisance de cette enquête administrative en ce qu'il n'a pas été procédé à l'audition d'une de ses collègues, Mme A, il ressort du compte-rendu de cette enquête que le signalement effectué par cette dernière auprès du directeur de la police municipale a été exploité dans le cadre de cette enquête, de même que le courrier adressé par un autre agent. Il ressort également de ce compte-rendu qu'ont été entendus durant l'enquête Mme B, Mme C, deux de leurs collègues ainsi que les N+1 et N+2 de Mme B. Le choix des témoins auditionnés ne fait ainsi ressortir aucun manque d'impartialité de la part de la commune. En outre, la circonstance que les témoignages recueillis dans le cadre de l'enquête n'ont pas été communiqués spontanément à Mme B n'est pas de nature à révéler le caractère partial de cette enquête, alors que la restitution de l'enquête administrative qui a été transmise à Mme B contenait un résumé de ces témoignages, et que ce n'est que par un courrier du 31 janvier 2024, postérieur à la décision attaquée, que celle-ci a sollicité la communication des procès-verbaux d'audition de l'enquête.
9. D'autre part, il ressort des éléments évoqués au point 7 un comportement inadapté de Mme C, dont le caractère fautif a d'ailleurs été reconnu par la commune de Toulouse dans son courrier du 19 mars 2021 par lequel elle a communiqué à Mme B les conclusions de l'enquête administrative. Il ressort des certificats médicaux produits par Mme B, et n'est pas contesté en défense, que cette dernière a souffert, à la suite de son affectation à la brigade contact-bureau médiation du pôle fonctionnel, d'une décompensation dépressive liée à un burn out. Cependant, les insultes et dénigrements systématiques invoqués par la requérante, s'ils sont confirmés par les témoignages apportés au dossier, étaient dirigés contre certains de ses collègues, et non contre Mme B elle-même. Les reproches quant sa façon de s'adresser aux administrés, et concernant une modification de congés qu'elle aurait effectuée sont, par ailleurs, ponctuels et ne sont pas de nature à caractériser des agissements répétés ayant eu pour effet une dégradation de ses conditions de travail. Si Mme B reproche à Mme C d'avoir refusé de la former, elle n'établit pas pour autant que cette dernière se serait vue confier une telle mission. En outre, si pour contester les conclusions de l'enquête administrative, elle fait valoir que le temps de travail conjoint avec Mme C est sans incidence sur la caractérisation du harcèlement moral, il ressort des écritures en défense que la commune de Toulouse n'a pas entendu se fonder sur cette circonstance pour refuser à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle. Il en résulte que les faits invoqués par Mme B ne peuvent être regardés comme constitutifs d'une situation de harcèlement moral. Les éléments évoqués ci-dessus ne permettent pas davantage d'établir que Mme B aurait été victime de violences de la part de Mme C. Dans ces conditions, le maire de Toulouse a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Toulouse lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Toulouse sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et à la commune de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026