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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206758

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206758

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique chambre 6
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue prioritaire et urgente dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Haute-Garonne de lui attribuer un logement adapté à ses besoins, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de saisir la commission de médiation de la Haute-Garonne afin qu'elle reconnaisse le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen individualisé de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, la commission s'étant abstenue de faire usage de son pouvoir discrétionnaire alors que sa demande est urgente et doit être regardée comme prioritaire eu égard au handicap de trois de ses neuf enfants et au caractère manifestement inadapté de son logement pour accueillir onze personnes ; la commission aurait dû reconnaître le caractère indécent du logement occupé par sa famille ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la circonstance que sa demande relève d'une mutation au sein du parc public HLM ne pouvait lui être opposée.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa situation doit être reconnue comme étant prioritaire et justifiant d'urgence un logement.

Par un mémoire enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Marchetti, substituant Me Laspalles, représentant M. B, qui reprend en les précisant les conclusions et moyens de la requête. Elle indique ne pas solliciter le renvoi de l'affaire à une audience ultérieure à la suite de la communication, le 15 avril 2024, du premier mémoire en défense du préfet de la Haute-Garonne.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation de la Haute-Garonne d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 15 mars 2022, dont M. B demande l'annulation, la commission de médiation a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne le fondement légal sur lequel elle repose ainsi que les motifs de fait ayant conduit la commission de médiation à rejeter le recours amiable de M. B. Elle est par suite suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B avant de statuer sur la demande dont elle était saisie.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " I.- Dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l'Etat dans le département. Chaque commission est présidée par une personnalité qualifiée désignée par le représentant de l'Etat dans le département. () II. - La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () / Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. " Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : () / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. " L'article R. 822-25 dispose : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. "

5. D'une part, les dispositions précitées ne s'opposent pas à ce qu'un demandeur bénéficiant déjà d'un logement dans le parc social exerce un recours amiable devant la commission de médiation afin d'être reconnu prioritaire en vue d'être relogé en urgence dans un autre logement social. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande au motif qu'elle relevait d'une mutation au sein du parc public HLM, la commission de médiation de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur de droit. Toutefois, cette décision repose sur un autre motif, non contesté, tiré de ce que la suroccupation dont M. B s'est prévalu à l'appui de son recours n'est pas avérée au regard des surfaces mentionnées à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. B occupe avec son épouse et ses neuf enfants un logement d'une superficie de 78,80m², supérieure au seuil de 70 m2 fixé par l'article R. 822-25 précité du code de la construction et de l'habitation. Ainsi, ce motif pouvait légalement fonder la décision de refus de la commission de médiation et il résulte de l'instruction que cette dernière aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. D'autre part, il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

7. M. B fait valoir que sa demande de logement social présente un caractère prioritaire et urgent eu égard au caractère inadapté de son logement pour accueillir onze personnes dont trois enfants mineurs en situation de handicap. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été dit, le logement de M. B dispose d'une superficie de 78,80 m², qui est supérieure à la surface minimale exigée par l'article R. 822-25 précité du code de la construction et de l'habitation. Par ailleurs, alors qu'il comporte cinq pièces et que les documents produits par le requérant ne permettent pas de déterminer précisément la nature des handicaps dont sont affectés trois de ses enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le logement actuel du requérant, eu égard à ses caractéristiques, ne serait pas adapté à la composition de son foyer et à ses besoins. Enfin, les allégations de M. B quant au caractère indécent de son logement ne sont pas étayées. Par suite, c'est sans méconnaître l'étendue de sa compétence, ni les dispositions précitées des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, ni enfin commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. B, que la commission de médiation a, par la décision attaquée, rejeté son recours amiable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Haute-Garonne du 15 mars 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laspalles et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La magistrate désignée,

V. POUPINEAU

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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