mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAMBON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 23 et 25 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Cambon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant transfert aux autorités espagnoles, ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué définitivement sur sa demande d'asile et ce dans le délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 800 euros à son conseil par application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :
- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- elle n'a pas été informée de ce qu'elle pouvait se rendre par ses propres moyens en Espagne, en violation de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- elle n'a pas été informée du délai de transfert et des conséquences d'une inexécution du transfert dans le délai imparti quant à la détermination de l'Etat membre responsable du traitement de sa demande d'asile ;
- les pièces du dossier ne permettent pas de vérifier qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel avec une personne qualifiée en vertu du droit national, en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- l'autorité préfectorale n'établit pas que les informations exigées par l'article 29 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été fournies ;
- le résultat de la comparaison de ses empreintes décadactylaires n'a pas été vérifié par un expert en empreintes digitales, en méconnaissance de l'article 25§4 du règlement (UE) n° 603/2013 ;
- le préfet a édicté sa décision sans prendre en considération ses observations en ce qu'elle est soignée sur le territoire, a déjà exécuté une première décision de transfert et n'a bénéficié d'aucune prise en charge en Espagne, notamment de nourriture, d'hébergement ou de soins médicaux ;
- le préfet ne l'a pas mise en mesure de quitter volontairement le territoire national et n'établit pas les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé ;
- le préfet n'établit pas que l'Espagne aurait été saisie d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013, ni qu'elle a accepté la reprise en charge sur ce fondement ;
- le préfet n'a pas explicité les raisons pour lesquelles il considérait qu'il n'y a pas lieu de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, l'entretien individuel intervenu le 13 septembre, et conduit sans interprète ne lui a pas permis d'évoquer sa situation en Espagne lors du premier transfert ou son état de santé ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 17 du règlement n° 604/2013 et L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne prenant pas en compte les éléments de sa situation et en considérant qu'il n'y avait pas lieu de mettre en œuvre les clauses discrétionnaires alors qu'elle est soignée sur le territoire national, qu'elle est menacée dans son pays d'origine et que son état de santé s'est dégradé ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'existait aucune nécessité à l'assigner à résidence ;
- il porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir ;
- le préfet ne démontre pas qu'il existe des perspectives raisonnables et objectives d'exécuter la mesure de transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que les arrêtés attaqués seront abrogés.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Cambon, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la requérante est entrée en France le 15 avril 2022 après être passée par le territoire espagnol, qu'à la suite de sa demande d'asile, un premier arrêté de transfert a été pris et exécuté le 22 juin suivant, qu'elle a pris la décision de revenir sur le territoire français et a redemandé l'asile, que la préfecture invoque une confusion, que la préfecture a adressé un constat d'accord implicite aux autorités espagnoles, que celles-ci ont cependant refusé cet accord au motif qu'elles avaient émis un accord explicite le 27 septembre 2022, que la préfecture indique que les décisions seront abrogées et que la situation de Mme A sera réexaminée, qu'il n'y a pas de non-lieu à statuer, car la preuve de l'abrogation n'est pas rapportée, que les erreurs commises par la préfecture justifient que l'arrêté soit annulé, que la préfecture ne prend pas soin de défendre au fond, notamment en ce qui concerne la transmission des brochures, que lorsque les autorités françaises ont saisi les autorités espagnoles, les informations transmises ne sont pas correctes s'agissant des autres demandes de protection présentées dans un autre Etat, au point 15 du formulaire, quant à la mention de la date d'entrée en Espagne ou l'antériorité du séjour en France de Mme A, que ces éléments sont pourtant fondamentaux, que la saisine est donc irrégulière, que les autorités espagnoles ont accepté la reprise en charge en mentionnant une identité et une date de naissance erronées, que l'entretien individuel a été fait en soussou alors que l'entretien de vulnérabilité a été mené sans interprète, que cet entretien est donc irrégulier, que Mme A se prévaut dans un mél de l'absence de prise en charge par les autorités espagnoles, et de ses problèmes de santé, que l'arrêté de transfert n'en fait pas état,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 5 février 2001 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, a déclaré être entrée sur le territoire français pour la première fois le 15 avril 2022 en provenance d'un autre Etat membre. Le 19 mai 2022, elle a fait l'objet d'un arrêté portant transfert aux autorités espagnoles et a été éloignée vers ce pays le 22 juin 2022. Ella a déclaré être de nouveau entrée sur le territoire français le 6 septembre 2022 et s'est présentée à la plateforme d'accueil des demandeurs d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'elle avait fait l'objet d'un contrôle de police en Espagne le 11 avril 2022. Les autorités espagnoles ont été saisies le 15 septembre 2022 d'une demande de prise en charge de l'intéressée en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 et ont été destinataires le 16 novembre 2022 d'un constat d'accord implicite sur la base de l'article 22-7 de ce même règlement. Par deux arrêtés du 22 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités espagnoles et l'a assignée à résidence. Par sa présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Si le préfet de la Haute-Garonne déclare, dans son mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, que les arrêtés contestés seront abrogés et que la situation de Mme A sera réexaminée, il ne produit à l'appui de ses affirmations aucune décision portant abrogation. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Haute-Garonne ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application dudit règlement, et, en tout état de cause, avant la décision par laquelle l'autorité administrative refuse l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure commune prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
5. Mme A soutient que la décision de transfert a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas bénéficié des garanties procédurales prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. L'autorité préfectorale, qui conclut au non-lieu à statuer sur la requête de l'intéressée, n'a pas produit les brochures figurant en annexe du règlement d'exécution (UE) n° 118-2014 de la Commission du 30 janvier 2014 intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " (brochure A), et " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce-que cela signifie ' " (brochure B). Le tribunal n'est donc pas en mesure de vérifier que Mme A a effectivement reçu l'ensemble des éléments d'information requis par les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 742-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre V. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé. ". Le présent jugement implique seulement qu'il soit statué de nouveau sur le cas de Mme A et qu'elle soit munie, durant cet examen, d'une attestation de demande d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une telle attestation. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Enfin, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Cambon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, cette somme sera directement versée à l'intéressée.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 22 novembre 2022 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cambon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Cambon une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Cambon et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026