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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206794

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206794

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDUJARDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 novembre 2022 et 23 janvier 2023, Mme C A, représentée par Me Dujardin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 ou L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; si

le préfet a estimé qu'elle ne justifiait pas d'une entrée régulière en France, elle justifie être entrée sur le territoire français avec un visa Schengen valable du 17 août au 1er octobre 2021, après une escale en Espagne ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 mars 2023 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante sénégalaise née le 24 juin 1981, déclare être entrée en France via l'Espagne le 9 septembre 2021. Après son mariage avec un ressortissant français le 18 décembre 2021 à Aussillon, elle a sollicité le 19 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français. Par arrêté du 31 août 2022, le préfet du Tarn lui a opposé un refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet du Tarn a refusé à Mme A la délivrance d'un titre de séjour mentionne les dispositions textuelles applicables et fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté en litige que le préfet du Tarn a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre la décision de refus de séjour en litige. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il en va notamment ainsi de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par les dispositions de l'article L. 423-1 de code, qui prévoient que : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-2 dudit code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'un ressortissant français, est en principe subordonnée à la production par l'étranger d'un visa long séjour. Il résulte en revanche des dispositions de l'article L. 423-2 de ce même code, que la carte de séjour précitée peut être délivrée sans présentation d'un visa long séjour, lorsque l'étranger justifie cumulativement d'une entrée régulière sur le territoire français, d'un mariage en France et d'une communauté de vie effective d'au moins six mois sur le territoire.

5. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, dans sa version issue du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes peuvent être tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. () ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité. ". Aux termes de l'article R. 621-2 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France sans être en possession d'un visa long séjour. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Mme A se prévaut également des dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant état de la détention d'un visa de court séjour valable du 17 août au 1er octobre 2021 et d'un billet d'avion pour un vol entre Dakar et Paris faisant escale à Madrid. Toutefois, ces documents ne permettent pas de justifier de l'entrée effective de l'intéressée en France à la date alléguée du 9 septembre 2021, son passeport portant seulement le tampon attestant de son entrée en Espagne à cette date. En outre, il est constant que la requérante n'a pas effectué la déclaration d'entrée prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui constitue une condition de régularité de l'entrée de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Dès lors, Mme A ne peut être regardée comme étant entrée régulièrement en France. Par suite, et quand bien même la requérante justifie d'un mariage en France et d'une communauté de vie effective d'au moins six mois sur le territoire à la date de l'arrêté attaqué, le préfet du Tarn était fondé à lui opposer son absence d'entrée régulière sur le territoire français pour rejeter sa demande sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si Mme A se prévaut de son mariage avec un ressortissant français, il ressort des pièces du dossier que le mariage, intervenu le 18 décembre 2021, présentait à la date de la décision contestée un caractère très récent, qu'il n'est justifié d'aucune vie de couple antérieurement au mariage et qu'aucun enfant n'est né de l'union. La requérante, âgée de 41 ans à la date de la décision attaquée, a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, où elle n'établit ni même n'allègue y être dépourvue d'attaches familiales, ni pouvoir y retourner le temps de solliciter un visa de long séjour. Par ailleurs, elle n'établit ni même n'allègue avoir tissé des liens amicaux en France, ni ne se prévaut de la moindre insertion professionnelle. Dans ces conditions, et eu égard à la faible durée du séjour en France de Mme A, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 423-1, du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-1 renvoient.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Tarn était tenu de saisir la commission du titre de séjour, et à invoquer, en conséquence, l'existence d'un vice de procédure. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, la décision litigieuse, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 3 et 9, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme A doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre des décisions portant refusant de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 3 et 9, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué du 31 août 2022.

Sur les autres conclusions de la requête :

20. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à C A, à Me Dujardin et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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