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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206803

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206803

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBENAMOU-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022 et une pièce enregistrée le 29 novembre 2022, M. I D, représenté par Me Benamou-Levy, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions en date du 23 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen immédiat de sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ainsi qu'à la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de condamner l'Etat à verser cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été édictée en méconnaissance du droit d'être entendu au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 puisqu'il n'a pas été auditionné par les services de police ;

- les décisions sont entachées d'un défaut de motivation, en ce qui concerne sa situation personnelle, en violation des articles L. 611 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par la SCP Vial Pech de Laclause, Escale, Knoepffler, Huot, Piret, Joubes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis çà la charge de M. D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jozek, magistrat désigné,

- les observations orales de Me Joulié, substituant Me Benamou-Levy, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, abandonne les moyens tirés de l'incompétence du signataire et du droit d'être entendu, et précise que les actes sont insuffisamment motivés, qu'en effet l'arrêté est fondé sur la circonstance que le requérant est célibataire alors qu'il a déclaré qu'il avait une concubine, et qu'il vivait avec elle, que M. D a déclaré également avoir un oncle en France, ce qui n'apparaît pas dans l'acte, que le requérant travaille avec sa concubine, que le requérant a déclaré avoir un titre espagnol, que ce titre est périmé, qu'il souhaite pouvoir rentrer en Espagne qui est le pays de sa concubine, que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est manifestement disproportionnée et porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale,

- les observations de M. D, assisté de M. C F, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de Me Bellamy, substituant Me Joubes pour la préfecture des Pyrénées-Orientales, qui précise que le requérant a été interpelé en gare de Perpignan, qu'il a présenté des documents d'identité contrefaits, qu'il a disposé d'un titre lui permettant de séjourner en Espagne jusqu'en novembre 2019, que le requérant avait largement la possibilité d'en solliciter le renouvellement, que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement sous un alias, qui a été identifié par les empreintes digitales du requérant, qu'il est connu sous cet alias des services de police, que le requérant a déclaré lors de ses auditions, d'abord, qu'il était célibataire et sans enfant à charge, puis qu'il avait une femme sans pouvoir donner son nom, enfin, qu'il est marié avec Mme E G, qu'il n'y a aucun justificatif de ce mariage, ni d'ailleurs de justificatif de domicile, que le requérant présente un trouble pour l'ordre public, que le seul pays dans lequel il est légalement admissible est l'Algérie,

- le préfet des Pyrénées-Orientales n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. I D, ressortissant algérien né le 4 mai 1987 à Oran (Algérie), alias B H, né le 15 mars 1984 à Oran (Algérie) demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont il fait application, en particulier les 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 1°, le 4°, le 5° et le 8° de l'article L. 612-3 même code ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment le fait qu'il a été contrôlé par les services de police le 22 novembre 2022 à Perpignan, que lors de ce contrôle, il n'a pas été en mesure de justifier son identité, qu'il est entré en France après avoir séjourné en Espagne, qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a jamais sollicité l'asile en France et qu'il a été condamné le 24 février 2022 à une peine d'emprisonnement délictuel de dix mois avec sursis pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France. Il indique également que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Ainsi, l'arrêté mentionne les éléments de droit qui en constituent le fondement et reprend les éléments essentiels relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Si le préfet a omis de mentionner la compagne de M. D, ressortissante espagnole, dont il avait pourtant fait état lors de son audition, cette omission, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des motifs de la décision en litige, que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation pénale, qu'il ne rapporte pas la preuve de la réalité et de l'intensité de sa relation avec sa compagne espagnole, qu'il est sans charge de famille et ne justifie d'aucune attache sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait entaché la décision l'obligeant à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / () /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

7. En l'espèce, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet, qui a fondé sa décision sur les dispositions précitées en indiquant que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne possède pas de garanties de représentations suffisantes car il n'a pas de document d'identité et pas d'adresse effective et permanente dans un local affecté à son habilitation principale et qu'il a déclaré ne pas vouloir se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement, aurait entaché sa décision portant refus de délai de départ volontaire d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet des Pyrénées-Orientales le 23 février 2022, et qu'il n'a pas exécutée. S'il se prévaut d'une relation amoureuse avec une ressortissante espagnole, il ne fournit aucune pièce démontrant la stabilité et l'ancienneté de ladite relation. De plus, il ne justifie pas de la présence de son oncle en France. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Perpignan pour " aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France, conduite d'un véhicule sans permis et recel de faux documents administratifs ". Par suite, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées et n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 23 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Benamou-Levy la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, enfin, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D la somme demandée par le préfet des Pyrénées-Orientales sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du préfet des Pyrénées-Orientales tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. I D, à Me Benamou-Levy et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Lu en audience publique le 29 novembre 2022,

Le magistrat désigné,

F. JOZEK La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

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