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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206804

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206804

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBENAMOU-LEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022 M. A représenté par Me Benamou-Levy demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour deux ans et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de procéder sans délai au réexamen de sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de délivrer une autorisation provisoire de séjour en tout état de cause ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 où, à titre subsidiaire, au visa du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

- la procédure est irrégulière en méconnaissance du droit d'être entendu avant l'intervention d'une décision d'éloignement au sens de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 en ce qu'il n'a pas été auditionné par les services de police ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

Le préfet de l'Hérault produit un mémoire en production de pièces enregistré le 29 novembre 2022.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Joulié, subsistant Me Benanou Levy, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. A, assisté de M. C D, interprète en langue arabe qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 11 juillet 2004, à Chlef (Algérie) demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire sans délai l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les dispositions et stipulations dont il fait application, notamment le 1° et le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle que le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France et qu'il travaille sans autorisation de travail ni titre de séjour. L'arrêté vise l'article L. 612-2 et L. 612-3, notamment le 1°, 4° et 8° et précise qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire, qu'il a indiqué ne pas vouloir exécuter sa mesure d'éloignement et qu'il ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes. Il vise ensuite l'article L. 612-6 et L.612-10 et précise qu'il déclare être arrivé en France en 2020, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Il indique que l'intéressée n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme G E, cheffe de la section éloignement, à l'effet de signer, tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait être interprété en ce sens que l'autorité compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision est prise que si l'intéressé a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une audition le 22 novembre 2022 à la suite d'une garde à vue pour des faits de violences aggravées. Le requérant a été interrogé, à cette occasion, sur sa situation personnelle et familiale ainsi que sur sa situation administrative en France et a été invité à présenter ses observations sur la possibilité d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été pris en violation de son droit d'être entendu et à en obtenir l'annulation pour ce motif.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions figurant dans la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A avant de prononcer la décision litigieuse.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entrée en France en juin 2020. Il a déclaré, lors de son audition par les services de police de Montpellier être célibataire et sans enfant à charge. Il n'est pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où vivent ses parents. Le requérant est défavorablement connu des services de police sous diverses identités pour des faits, non contestés, d'extorsion commise avec une arme, recel de bien provenant d'un vol, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, vol aggravé par deux circonstances, vol en réunion sans violence. Le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions figurant dans la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. A avant de prononcer la décision litigieuse.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".Aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français /.8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France en juin 2020 via l'Espagne, dépourvu de tout document d'identité ou de voyage et qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le requérant a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire, lors de son audition par les services de police de Montpellier, le 22 novembre 2022. Enfin, l'intéressé, qui s'est déclaré sans domicile fixe et est connu sous diverses identités, ne présente pas de garanties de représentations suffisantes. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

14. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 23 novembre 2022 que M. A a été interpelé pour des faits d'agression à l'arme blanche et qu'il a, lors de sa confrontation avec la victime, été identifié par celle-ci. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, le requérant est défavorablement connu des services de police sous diverses identités pour des faits, non contestés, d'extorsion commise avec une arme, recel de bien provenant d'un vol, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, vol aggravé par deux circonstances, vol en réunion sans violence. Enfin, le requérant est entré récemment sur le territoire français, en juin 2020 et ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour, le préfet de l'Hérault a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 23 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous d'astreinte :

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par la requérante au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Benamou-Levy et au préfet de l'Hérault.

Lu en audience publique le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. B La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

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