mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FRANCOS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 novembre 2022 et 25 mai 2023 sous le numéro 2206846, M. C B, représenté par Me Francos, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ces dispositions.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai et 25 septembre 2023 sous le numéro 2302789, M. C B, représenté par Me Francos, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence du signataire de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est à tort estimé en état de compétence liée et a ainsi méconnu les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- et les observations de Me Sarasqueta, substituant Me Francos, représentant M. B, en présence de ce dernier.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 24 septembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 25 décembre 2016. Le 30 janvier 2017, il a sollicité le bénéfice de l'asile. Le 30 octobre 2020, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande, décision qui a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 6 décembre 2022. Parallèlement à la procédure d'asile, M. B a demandé le 7 avril 2022 au préfet de la Haute-Garonne son admission au séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande le 6 septembre 2022. Par arrêté du 28 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par ses requêtes, M. B demande l'annulation des décisions du 6 septembre 2022 et du 28 avril 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2206846 et 2302789 concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 6 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°31-2022-137, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énumère par ailleurs les éléments de fait qui la fondent. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B. Le préfet n'avait en outre pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L.412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, (). / () Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
6. Il ressort tout d'abord du rapport médical confidentiel prévu à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, destiné au collège des médecins de l'OFII, produit par le requérant lui-même après qu'il en a fait la demande auprès de l'OFII en cours d'instance, lui seul pouvant à cet égard levé le secret médical, que ce rapport a été établi par un médecin de l'OFII. Il ressort ensuite de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 juillet 2022 produit par le préfet de la Haute-Garonne en défense que cet avis comporte tous les points exigés par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus, ainsi que, de manière tout à fait lisible, les noms et signatures des trois médecins le composant, parmi lesquels ne figure pas le médecin rapporteur dont le nom est lui-même mentionné dans l'en-tête de l'avis. Par ailleurs, l'avis du collège des médecins de l'OFII vise " les avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13 () du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et le bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins de l'OFII au préfet de la Haute-Garonne mentionne que le rapport médical confidentiel établi le 28 juin 2022 a été transmis au collège des médecins le 29 juin 2022. Enfin, les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance tenant au fait de déterminer si ces réponses ont fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans cette situation, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Dans ce cadre, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé de l'intéressé justifie la délivrance du titre de séjour, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.
8. Pour refuser la délivrance à M. B d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment approprié les termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 juillet 2022, lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a levé le secret médical, présente un état dépressif sévère et un stress post-traumatique. Pour contester la décision du préfet de la Haute-Garonne et, partant, l'avis du collège des médecins de l'OFII, M. B produit une attestation de la psychologue clinicienne qui le suit dans le cadre de sa prise en charge débutée en mars 2021 qui a été communiqué au collège des médecins de l'OFII qui indique que " l'idée d'un retour dans son pays d'origine provoque chez [M. B] une grande anxiété aggravant son état général, en raison de la menace qui cela constituerait sur son intégrité psychique et physique ". Si cette praticienne conclut qu'" il semble nécessaire que M. B puisse continuer à séjourner en France afin de poursuivre un travail thérapeutique lui permettant de retrouver un équilibre psychologique ", elle ne se prononce pas sur les conséquences qu'entraînerait pour le requérant un défaut de prise en charge. Ce dernier produit également un certificat établi par son médecin psychiatre mais alors même que ce praticien le prend en charge depuis 2017, ce certificat médical n'a été établi que le 5 octobre 2022, soit postérieurement à la décision attaquée et le préfet de la Haute-Garonne, du fait du secret médical, ne pouvait prendre connaissance du certificat médical confidentiel établi par ce même psychiatre le 20 avril 2022 à l'attention des médecins de l'OFII. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de prise en charge de M. B entraînerait pour ce dernier des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Garonne a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.
10. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour présentées par M. B doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°31-2023-03-099, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant () et la mise à exécution de ces décisions ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
13. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 542-1, L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énumère par ailleurs les éléments de fait qui fondent la décision, parmi lesquels figurent, contrairement à ce que soutient le requérant, des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire français. Par suite, le préfet n'ayant pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4°) La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".
16. Il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait estimé lié par la décision définitive de rejet de la demande d'asile présentée par M. B et n'aurait pas procédé à un examen de l'ensemble de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
18. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B souffre de pathologies pour lesquelles un défaut de prise en charge entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. A cet égard, le certificat médical établi par le médecin psychiatre qui le suit depuis avril 2017 dans lequel ce praticien indique " il est évident qu'un retour dans son pays d'origine ne permettrait pas le suivi spécialisé adéquat, réactiverait à coup sûr l'aspect traumatique de sa pathologie et compromettrait donc toute évolution positive " n'est pas suffisant pour combattre l'avis des médecins de l'OFII du 8 juillet 2022 et démontrer qu'à supposer même qu'il n'ait pas accès à de tels soins dans son pays d'origine, un arrêt de ces traitements et soins entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet a fait obligation à M. B de quitter le territoire français.
19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de M. B.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français présentées par M. B doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
21. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Haute-Garonne, qui a reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 31-2023-03-099, à l'effet de signer toute mesure relevant de la compétence de sa direction, notamment celles relatives à la police des étrangers, parmi lesquelles les " décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant () et la mise à exécution de ces décisions ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
22. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle énumère par ailleurs les éléments de fait qui fondent la décision, parmi lesquels figurent, contrairement à ce que soutient le requérant, des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel M. B devait être renvoyé. Par suite, le préfet n'ayant pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
23. En troisième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée doit être écarté.
24. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi: / 1° le pays dont l'étranger à la nationalité sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
25. M. B soutient qu'il encourt des risques personnels et actuels de subir des traitements inhumains et dégradants s'il devait être renvoyé en Guinée, son pays d'origine. Toutefois, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations établissant qu'il encourrait actuellement de tels risques, alors qu'au demeurant l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par ailleurs, si M. B a entendu exciper de risques de traitements inhumains et dégradants du fait de l'absence de prise en charge médicale dans son pays d'origine, il résulte de ce qui été dit précédemment qu'il n'établit pas qu'un tel défaut de prise en charge aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
27. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les dépens :
28. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B à ce titre sont sans objet.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2206846 et 2302789 de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Francos et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juin 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2206846, 2302789
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026