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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206864

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206864

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTURHALLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Turhalli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'une absence d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation

- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;

- l'arrêté est entaché d'une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Mme B, assistée de Mme D, interprète en langue turque,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turque, née le 5 mars 1973 à Erzurum Hinis (Turquie) est entrée sur le territoire français le 5 mars 2020 et a sollicité le bénéfice de l'asile le 28 juillet 2020. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 29 juin 2021 et la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande par une décision du 17 juin 2022. Par un arrêté du 4 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé Mme B à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 18 octobre 2022, publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle en outre que contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre la décision contestée.

5. En troisième lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 9 juin 2021 notifiée le 23 juillet 2021, confirmée par une décision du 17 juin 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. La requérante, qui ne fait état d'aucun élément qu'elle n'aurait pas pu développer lors de la procédure devant l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, n'établit pas qu'elle serait soumise à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. La requérante ne produit aucun élément ni aucune pièce permettant d'établir l'existence et la stabilité de liens en France. En particulier si la requérante se prévaut de la présence en France de son mari, M. H B, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a présenté une première demande d'asile en 2002 puis une demande de réexamen de sa demande d'asile en 2019, qui ont été définitivement rejetées, respectivement, par la Cour nationale du droit d'asile le 29 novembre 2002 et par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 octobre 2019. Et si M. B a formé un recours contre la décision du 20 janvier 2021 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa seconde demande de réexamen, il ne bénéficiait plus, à la date de la décision attaquée, d'aucun droit au maintien sur le territoire français. Enfin, la circonstance que le fils majeur de la requérante bénéficie du statut de réfugié en France ne confère à Mme B aucun droit au séjour. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut être regardée, au regard du caractère récent et des conditions de séjour de M. B en France, comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, contraire aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,Le greffier,

F. A M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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