mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | HERRMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, Mme D A, représentée par Me Faugère, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 octobre 2022 par laquelle le président du centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne l'a révoquée de ses fonctions ;
2°) d'enjoindre au centre intercommunal d'action sociale (CIAS) de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne de la réintégrer, à titre provisoire, dans ses fonctions et de la rétablir dans ses droits dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
s'agissant de la condition tenant à l'urgence :
-cette condition est satisfaite dès lors que la sanction de révocation prise à son encontre la prive de son traitement et qu'elle ne perçoit plus aucun autre revenu, le CIAS n'accomplissant pas les diligences nécessaires pour qu'elle puisse percevoir l'allocation chômage ;
-en tout état de cause, les revenus ultérieurs qu'elle tirera de cette allocation chômage seront bien moindres que ceux perçus alors qu'elle était en fonction ;
-elle ne peut plus assumer ses charges, notamment les coûts de scolarité et d'internat de ses deux filles, alors qu'elle doit aussi régler les factures quotidiennes et rembourser des prêts ;
-la procédure disciplinaire qu'elle subit à tort, conjuguée aux difficultés qu'elle rencontre pour percevoir des subsides, entraînent également des conséquences importantes sur sa santé ;
-ayant exercé au sein de la fonction publique territoriale depuis vingt ans sans aucun antécédent disciplinaire, et n'ayant pas fait l'objet d'une suspension à titre conservatoire, l'intérêt du service, autrement dit l'intérêt public, inexistant en l'espèce, qui prévaudrait sur la défense de ses intérêts privés, ne saurait lui être opposé au titre de la condition tenant à l'urgence ;
s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
-la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
-elle est insuffisamment motivée en droit et en fait au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'outre l'ensemble des dispositions issues du code général de la fonction publique applicable à sa situation, elle ne fait pas mention des autres dispositions juridiques également applicables, qu'elle ne fait aucunement état du fait qu'elle a servi de manière irréprochable au sein de l'établissement durant vingt années sans jamais avoir été sanctionnée disciplinairement, la récente sanction disciplinaire portant exclusion de 3 jours prononcée à son encontre, dont elle conteste le fondement factuel, ne remettant nullement en cause ses qualités professionnelles, lesquelles sont reconnues au travers d'une excellente notation qui n'a cessé de progresser, enfin qu'elle ne mentionne pas le fait qu'elle a fourni vingt-cinq attestations émanant de professionnels de santé, de résidents et de familles de résidents justifiant de son sérieux et de ses qualités professionnelles et qui contredisent la matérialité des faits reprochés ;
-cette décision est entachée de vices de procédure dès lors que, d'une part, en méconnaissance du principe du contradictoire, elle n'a pas été entendue par le CIAS avant la saisine du conseil de discipline et le prononcé de la sanction disciplinaire, l'employeur l'ayant convoquée alors qu'elle était en arrêt maladie et donc dans l'incapacité de se rendre à la convocation compte tenu de son état physique et psychologique, d'autre part, que la procédure disciplinaire a été menée à charge, seules les attestations qui lui sont défavorables, dont elle conteste au demeurant le bien-fondé, ayant été jointes à la procédure disciplinaire, certains résidents ne comprenant d'ailleurs pas la raison pour laquelle ils n'ont pas été entendus par le CIAS contrairement à d'autres, certains de ces résidents ou témoins entendus contestant en outre la retranscription de leur propos par le CIAS ;
-la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement faux, en particulier le grief selon lequel elle aurait demandé et/ou obtenu des résidents des rémunérations contre services et accepté des dons ainsi que celui selon lequel elle aurait divulgué la situation financière des résidents ;
-le CIAS qualifie à tort de faute plusieurs comportements qui lui sont reprochés, et certains comportements fautifs retenus par le CIAS ne l'ont pas été par le conseil de discipline ;
-la sanction de révocation prononcée à son encontre est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés ;
-en prenant la décision en litige, le CIAS a commis un détournement de pouvoir et de procédure visant à l'évincer de la fonction publique.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2022, le centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne, représenté par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que l'urgence n'est pas, en l'espèce, démontrée, et s'oppose d'autre part à l'impérieuse urgence pour le CIAS à garantir la bonne marche des établissements médico-sociaux dont il a la charge, et ce tant à l'égard de son personnel qu'à celui des usagers qui y résident, enfin qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
-les autres pièces du dossier ;
-la requête n° 2206896 enregistrée le 29 novembre 2022 tendant à l'annulation de la décision contestée.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2022, en présence de M. B de Bieusses, greffier d'audience :
-le rapport de M. C,
-les observations de Me Faugère, représentant Mme A, qui a repris ses écritures et a notamment ajouté que les revenus du conjoint n'ont pas à être pris en compte dans le cadre de de l'appréciation de la condition tenant à l'urgence et a particulièrement insisté sur l'insuffisante motivation de la décision attaquée et sur le caractère disproportionné de la sanction, aucune plainte pénale n'ayant été enregistrée et aucune action au civil n'ayant été engagée par les personnes protégées ou leurs représentants légaux ;
-et les observations de Me Herrmann, représentant le centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne, qui a repris ses écritures en insistant notamment sur l'impossibilité, au regard de la nature des faits reprochés, de voir l'intéressée reprendre ses fonctions au sein du CIAS, la confiance étant brisée, qui a particulièrement insisté sur la rigueur de l'enquête administrative diligentée par l'administration après les premiers signalements d'agissements répréhensibles de la part de Mme A, qui peuvent être qualifiés d'abus de faiblesse, et qui a indiqué qu'une information du procureur de la République au titre de l'article 40 du code de procédure pénale a été réalisée et que le juge des tutelles a été saisi.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne (CIAS du CAUVALDOR), comme auxiliaire de soins territoriale stagiaire le 1er août 2002 et titularisée un an plus tard dans ce cadre d'emploi, exerçant ses fonctions d'aide-soignante au sein de la Résidence Autonomie " Les Césarines " à Saint-Céré dans le département du Lot. Elle détenait dernièrement le grade d'aide-soignante territoriale de classe supérieure. Par une décision du 19 octobre 2022, le président du CIAS du CAUVALDOR a prononcé à son encontre la sanction de révocation de ses fonctions. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. En l'espèce, si l'arrêté en litige, par lequel le président du CIAS du CAUVALDOR a prononcé la révocation de Mme A de ses fonctions a pour effet de la priver de son traitement, d'un montant mensuel d'environ 2 100 euros, et qu'elle ne peut plus faire face aux charges financières de la famille, elle indique toutefois elle-même avoir entrepris les démarches nécessaires pour la perception d'une allocation chômage et il ressort des pièces versées dans l'instance que son mari perçoit une rémunération mensuelle d'environ 1 700 euros. Il résulte également de l'instruction que le couple tire un revenu des gîtes qu'ils mettent en location. Ainsi, et alors même que l'allocation chômage à venir ne couvrirait pas totalement le montant du traitement qu'elle percevait, étant cependant précisé qu'elle justifie d'une ancienneté de vingt années dans l'emploi qu'elle occupait au sein du CIAS, Mme A n'établit pas que les effets de la décision en litige porte à ses intérêts une atteinte pouvant être qualifiée de grave et immédiate au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Au demeurant, le CIAS du CAUVALDOR oppose en défense, au nom de l'intérêt du service, tant à l'égard des personnels qui exercent dans les établissements médico-sociaux dont il a la charge qu'à celui des usagers qui y résident, pour certains en situation de vulnérabilité, l'impossibilité de rétablir l'intéressée dans ses fonctions eu égard aux faits qui lui sont reprochés, en particulier, et d'une part, des manquements par celle-ci au devoir de probité, le conseil de discipline ayant à cet égard constaté qu'elle a reconnu avoir reçu des cadeaux émanant de résidents ainsi qu'être en possession d'une lettre libellée comme une promesse de dons rédigée en sa faveur par une résidente, d'autre part, des manquements au devoir de réserve et de confidentialité en divulguant de manière répétée auprès de collègues la situation financière des nouveaux résidents. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour que le juge des référés puisse faire usage des pouvoirs qu'il tient de ces dispositions ne peut être regardée comme remplie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée du 19 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CIAS du CAUVALDOR, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le CIAS du CAUVALDOR, au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CIAS du CAUVALDOR présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au centre intercommunal d'action sociale de la communauté de communes Causses et Vallée de la Dordogne.
Fait à Toulouse, le 21 décembre 2022.
Le juge des référés,
B. C
Le greffier,
F. B DE BIEUSSES
La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026