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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206933

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206933

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2022 et le 14 décembre 2022, Mme C E épouse D, représentée par Me Jay, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut de réexaminer sa demande dans le même délai et sous astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle provisoire, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet du Tarn n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 423-2, L. 423-3 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E épouse D ne sont pas fondés.

Mme E épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse D, ressortissante gabonaise née le 19 décembre 1984, est entrée en France le 24 novembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour de 30 jours. Elle a épousé le 28 décembre 2019 M. D, de nationalité française et a été mise en possession d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français valable jusqu'au 20 mai 2022. Elle a sollicité le 2 juin 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Mme E épouse D demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme E épouse D ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023, ses conclusions tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Les décisions attaquées comportent les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Tarn s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme E épouse D et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé ses décisions.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () ". L'article L. 423-3 de ce code dispose : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie () ".

6. Mme E épouse D, qui ne conteste pas la rupture de la vie commune avec son époux, soutient que celle-ci est la conséquence de violences psychologiques et physiques de la part de ce dernier. Elle n'établit toutefois pas, par la production du procès-verbal de dépôt de plainte du 22 novembre 2021 faisant état d'un acte de violence de la part de son époux dans la nuit du 21 au 22 octobre 2021 lui ayant occasionné une griffure sur le bras, d'un certificat médical du 18 novembre 2021 mentionnant l'existence d'une lésion de griffure au bras droit et du procès-verbal d'audition de son époux le 23 janvier 2022, que cette rupture de la vie commune serait la conséquence de violences subies de la part de son conjoint, alors en outre que la plainte déposée par la requérante a fait l'objet le 18 février 2022 d'un classement sans suite par le Procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Albi, au motifs que les faits ou circonstances des faits de la procédure n'ont pu être clairement établis par l'enquête, les preuves n'étant pas suffisantes pour que l'infraction soit constituée et que des poursuites pénales puissent être engagées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse D est entrée en France le 24 novembre 2019, à l'âge de 34 ans. A la date de la décision attaquée, elle était séparée, aucun enfant n'étant né de son union avec M. D. La requérante n'est pas isolée au Gabon, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent ses cinq enfants mineurs. Si elle se prévaut, à l'appui de ses dernières écritures, de la naissance le 10 décembre 2022 d'une fille née de sa relation avec M. B, ressortissant français, cette naissance est postérieure à la date de la décision attaquée et Mme E épouse D ne produit à l'appui de sa requête aucun élément permettant d'établir l'ancienneté de sa relation avec le père de cette enfant, ni même l'existence d'une vie commune ni, en tout état de cause, que le père contribuerait à l'éducation et à l'entretien de cette enfant. Ainsi, le préfet du Tarn n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme E épouse D au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme E épouse D doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

13. Si Mme E épouse D soutient qu'elle ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle est mère d'un enfant français, il ressort des pièces du dossier que sa fille, A B, est née le 10 décembre 2022, postérieurement à la date de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

16. Mme E épouse D soutient que la décision attaquée méconnait l'intérêt supérieur de sa fille en ce qu'elle va être séparée de son père, de nationalité française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son enfant est née le 10 décembre 2022, postérieurement à l'édiction de la décision en litige. Au surplus, Mme E épouse D n'établit pas que le père de cette enfant contribuerait à son entretien et à son éducation, ni d'ailleurs l'existence de liens affectifs unissant cette enfant à son père. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

17. En cinquième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant Mme E épouse D à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En second lieu, pour les motifs énoncés précédemment, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. Les conclusions à fin d'annulation de Mme E épouse D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

23. Les conclusions de Mme E épouse D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de MmeEa épouse D tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à MmeCaEa épouse D, à Me Jay et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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