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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206978

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206978

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206978
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantELSAESSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2022, Mme C A, représentée par Me Elsaesser, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 8 novembre 2022 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à son hébergement au titre des conditions matérielles d'accueil dès la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son bénéfice dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration le paiement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxes sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car, vivant en France avec son fils âgé de cinq mois, elle se trouve dépourvue d'hébergement et de ressource et en situation de particulière vulnérabilité ;

- si elle a obtenu le statut de réfugié en Italie, elle n'y a bénéficié d'aucune protection effective et y a subi des mauvais traitements, et a de ce fait présenté en France une demande d'asile actuellement en cours d'examen devant la cour nationale du droit d'asile, de telle sorte que la privation des conditions matérielles d'accueil, qui ne tient pas compte de sa vulnérabilité, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et au droit des demandeurs d'asile de bénéficier de conditions minimales d'accueil qui en est le corollaire ;

- pour les mêmes motifs, la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie ainsi qu'à son droit de ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes des dispositions de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un État membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un État tiers et y est effectivement réadmissible () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : /1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Aux termes des dispositions de l'article L. 552-14 de ce code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, que lorsqu'une personne s'est vu reconnaître le statut de réfugié dans un État partie à la convention de Genève, sur le fondement de persécutions ou d'atteintes graves subies dans l'État dont elle a la nationalité, elle ne peut plus, aussi longtemps que cette protection internationale lui est maintenue et effectivement garantie dans l'État signataire qui lui a reconnu la qualité de réfugié, revendiquer auprès d'un autre État, sans avoir été préalablement admise au séjour, le bénéfice des droits qu'elle tient de la protection qui lui a été accordée. Par suite, si une personne bénéficiant de la protection internationale d'un État signataire ne peut, aussi longtemps que cette protection lui demeure reconnue par cet État, être reconduite depuis la France dans le pays dont elle a la nationalité, il est toutefois loisible à cette personne, dans le cas où elle a été préalablement admise au séjour en France dans le cadre des procédures de droit commun applicables aux étrangers, de demander à ce que l'office français de protection des réfugiés et apatrides exerce à son égard la protection qui s'attache à la protection à laquelle elle a conventionnellement droit.

4. D'autre part, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. Cette présomption ne saurait toutefois valoir, notamment, lorsque cet État membre a pris des mesures dérogeant à ses obligations prévues par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur le fondement de l'article 15 de cette convention, ou dans le cas où seraient mises en œuvre à l'encontre de cet État membre les procédures, prévues à l'article 7 du Traité sur l'Union européenne, soit de prévention, soit de sanction d'une violation des valeurs qui fondent l'Union européenne.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A, qui bénéficie d'une protection au titre de l'asile en Italie, a demandé l'asile en France le 27 juin 2022. Le 17 octobre 2022, le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande pour irrecevabilité en application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A la suite de l'intervention de cette décision, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse a, le 8 novembre 2022, mis fin à l'hébergement de la requérante au titre des conditions matérielles d'accueil à compter du 30 novembre 2022.

6. En deuxième lieu, Mme A fait valoir qu'elle n'a pu bénéficier d'une protection effective en Italie et se prévaut sur ce point, d'une part, de plusieurs rapports publiés par des organismes indépendants, et en particulier ceux de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) d'août 2016 et de juin 2021, d'autre part, de l'insertion dans la législation italienne de plusieurs dispositions défavorables aux demandeurs d'asile et aux réfugiés. Toutefois, si Mme A, qui s'est vu octroyer le statut de réfugié par les autorités italiennes le 26 juin 2018 et est entrée en France en juin 2022, indique qu'elle a été privée de toute protection matérielle et juridique, et notamment d'une protection pénale après avoir été victime d'un viol et de plusieurs agressions, elle ne soumet au tribunal que des assertions générales qui ne permettent d'établir ni qu'elle aurait sollicité une protection, un accompagnement ou des services auprès des autorités italiennes, ni qu'elle se serait vu opposer un refus, de telle sorte qu'elle ne renverse pas la présomption dont bénéficient les autorités italiennes et ne démontre pas se trouver dans la situation évoquée au point 4 de la présente ordonnance. Dans ces conditions, Mme A, qui en l'état de l'instruction, n'apparaît plus en droit de séjourner sur le territoire français alors qu'elle dispose d'un titre de séjour valide en Italie, n'est pas fondée à soutenir que la décision du 8 novembre 2022 du directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse mettant fin à son hébergement à la suite du rejet de sa demande d'asile porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à demander l'asile et à bénéficier des conditions matérielles d'accueil allouées aux demandeurs d'asile, à son droit à ne pas être exposée à des traitements inhumains et dégradants ou à son droit à la vie.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il est manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée. Il y a lieu, par suite et en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de la décision du directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse en date du 8 novembre 2022. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à Me Elsaesser.

Fait à Toulouse, le 6 décembre 2022.

Le juge des référés,

P. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation la greffière.

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