jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2207156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Soulas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 12 août 2022 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et, s'agissant de l'allocation pour demandeur d'asile, de procéder à son paiement rétroactif à compter de sa suspension effective, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; elle n'a pas été précédée d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 5 mars 2001, a déposé une demande d'asile le 26 avril 2022, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 23 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne a ordonné le transfert de M. B aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, ce préfet a assigné M. B à résidence jusqu'à la date de son départ. La légalité de ces arrêtés a été confirmée par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 9 mars 2023. Par une décision du 12 août 2022, l'OFII lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. () ".
4. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application. Elle précise, en outre, que M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil le 26 avril 2022, qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités, qu'il a disposé d'un délai de quinze jours pour présenter des observations et qu'ont été examinés ses besoins et sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, et alors que l'OFII n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que par courrier du 8 juillet 2022, notifié le 28 juillet 2022 au requérant, l'OFII l'a informé de son intention de cesser l'octroi, à son bénéfice, des conditions matérielles d'accueil, et qu'un délai de quinze jours lui était imparti pour présenter des observations. Si M. B fait valoir qu'il a transmis ses observations à l'OFII, lesquelles ne comportent au demeurant aucun élément nouveau relatif à son état de santé, par un courrier du 11 août 2022, il n'apporte aucun élément permettant de justifier sa réception par cet office dans le délai qui lui était imparti pour les produire et n'a ainsi été privé d'aucune garantie. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant ou qu'il se serait cru en situation de compétence liée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié, le 26 avril 2022, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au cours duquel sa situation personnelle a été évaluée, d'un entretien personnel. Il a signé le même jour le formulaire d'évaluation des besoins du demandeur d'asile, et coché la case " je certifie avoir été évalué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dans une langue que je comprends avec le concours d'un interprète professionnel le cas échéant ". Il ressort de l'examen de la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée au dossier par l'Office que le requérant a alors signalé des " problèmes à la jambe droite " et qu'à cette occasion il a sollicité un avis " medzo ". Il résulte de cet avis, rendu par le médecin de l'Office le 4 mai 2022, que la vulnérabilité du requérant s'établit au niveau 1 " priorité pour un hébergement, sans caractère d'urgence ". En outre, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'un nouvel entretien aurait permis de constater son état de vulnérabilité lié à son état de santé, dès lors qu'il n'a effectué postérieurement à cet avis aucun signalement auprès de l'OFII sur sa situation, ni sollicité un nouvel avis médical. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. "
9. Il ressort des termes de la décision en litige qu'elle a été prise au motif que le requérant s'est abstenu de se présenter aux convocations de la préfecture de la Haute-Garonne des 6 et 7 juillet 2022, dans le cadre de la détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile. M. B, qui ne conteste pas ne pas avoir déféré à ces convocations, fait valoir qu'il éprouve des difficultés pour se déplacer, compte tenu d'importantes douleurs au genou droit et de troubles psychiatriques. Il ne saurait toutefois utilement se prévaloir de son état de santé pour justifier ces absences dès lors qu'il soutient dans le même temps s'être présenté au commissariat central de police de Toulouse deux fois par semaine pour satisfaire à ses obligations dans le cadre de son assignation à résidence. Il ne fait en outre état d'aucun autre motif légitime permettant de justifier lesdites absences. Par ailleurs, il soutient que sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en considération dès lors qu'il ressort du certificat médical établi le 19 septembre 2022 par un praticien hospitalier qu'il souffre de gonalgies droites et de troubles psychiques nécessitant un suivi psychiatrique et un traitement médicamenteux. Toutefois, ce certificat médical, qui est postérieur à la décision attaquée, ne permet pas, compte tenu des termes dans lesquels il est rédigé, d'évaluer la gravité de son état santé. De même, l'intéressé n'établit pas qu'il ne pourrait plus bénéficier d'un traitement et d'un suivi médical adapté à ses pathologies alors qu'à la date de la décision attaquée, il disposait d'une attestation de demandeur d'asile en cours de validité qui lui ouvre droit à une prise en charge médicale. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 7, que M. B, dont la situation a été évaluée lors de son passage en guichet unique le 26 avril 2022, a bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité par le médecin coordonnateur de la zone Sud-Ouest de l'OFII, qui a reconnu que son état de santé nécessitait une priorité pour un hébergement mais sans caractère d'urgence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation du requérant doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
11. Si M. B soutient qu'il n'a ni hébergement, ni ressource, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouve dans un état de vulnérabilité tel que la décision en litige puisse être regardée comme constitutive d'un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen invoqué à ce titre doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 1 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Soulas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
C.PEAN
La présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026