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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207210

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207210

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

H une requête enregistrée le 16 décembre 2022 et des pièces enregistrées le 20 décembre 2022, M. B G, représenté H Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 H lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros H jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence du signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en violation des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé H les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en raison de l'absence totale d'indication des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est privée de base légale ;

H un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A, qui informe la partie présente à l'audience qu'il est susceptible de substituer d'office aux dispositions du 5° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celles du 3° de ce même article,

- les observations de Me Pougault, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins et précise que le requérant bénéficiait d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'un étranger titulaire de la protection subsidiaire, que la préfecture n'a pas tenu compte de l'état de santé du requérant, qu'il est suivi pour une cirrhose et une hépatite C, que son état est particulièrement critique, que la procédure est irrégulière compte tenu de l'absence de saisine du collège des médecins de l'OFII, que le requérant s'est largement confié dans son audition sur son état de santé, que la préfecture n'a pas examiné réellement et sérieusement la situation du requérant alors que son épouse vit en France, qu'il a deux enfants, majeurs, dont l'un vit à Poitiers, qu'avant son incarcération il avait une activité de maçon, qu'il est propriétaire de son bien immobilier, que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, que M. G est convoqué pour une comparution devant le tribunal de Poitiers et doit pouvoir exercer ses droits de la défense, conformément à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (art. 495-11 CPP), qu'il n'y a pas de représentation possible dans le cadre d'une telle procédure, que l'audience est fixée le 15 juin 2023, que l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au vu de la situation de M. G, qu'un délai de départ est refusé alors qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé,

- les observations de M. G, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M. F, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut aux mêmes fins H les mêmes moyens et précise que le requérant a été condamné trois fois depuis 2014, qu'alors même que le préfet lui a retiré le titre, il a commis des faits en qualité de récidivité, que le préfet était en droit d'appliquer une mesure d'éloignement pour menace à l'ordre public, que le requérant a été interpelé à Toulouse, alors que sa femme réside à Poitiers, qu'il n'a eu aucune visite en prison, que les liens effectifs avec son épouse ne sont pas établis, que la protection subsidiaire ne fait pas obstacle au retour en Géorgie de son épouse et ses enfants, que le requérant ne s'est jamais prévalu de son état de santé et n'a fourni aucun élément précis sur ce point, que le requérant peut toujours solliciter un visa au consulat pour revenir en France pour les besoins de l'audience, que le refus de délai de départ volontaire est motivé H l'absence de documents d'identité ou de voyage, qu'à la date de la décision attaquée, le requérant ne justifiait pas d'un domicile stable,

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant géorgien né le 25 décembre 1972 à Sachkere (Géorgie), déclare être entré en France en 2013. Il a été condamné à un mois d'emprisonnement avec sursis pour vol H le tribunal correctionnel de Poitiers le 2 octobre 2014. Il a de nouveau été condamné à un mois d'emprisonnement H le tribunal correctionnel de Poitiers le 14 avril 2017. Le 6 octobre 2022 il a fait l'objet d'une peine de trois mois d'emprisonnement prononcée H un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse pour des faits de vol en réunion. H un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il s'agit des décisions attaquées.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () H la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, H un arrêté du 18 octobre 2022, publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C E, cheffe de bureau, pour signer les mesures d'éloignement et les mesures les assortissant, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de l'adjointe à cette directrice. H suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, H un tribunal indépendant et impartial, établi H la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () 2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu' à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. / 3. Tout accusé a droit notamment à () c. se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement H un avocat d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent () ".

5. Contrairement à ce que soutient M. G, la mesure d'éloignement n'a ni pour objet, ni pour effet, de l'empêcher de comparaître personnellement à l'audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité du 15 juin 2023. En effet, si l'administration consulaire dispose en principe d'un large pouvoir discrétionnaire pour se prononcer sur les demandes de visa de court séjour dont elle est saisie, elle est toutefois tenue de réserver à ces demandes une suite favorable lorsque l'étranger doit se voir reconnaître le bénéfice des garanties résultant des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatives au procès équitable et au recours effectif. Tel est le cas, en particulier, lorsque l'étranger doit comparaître personnellement, à la demande de la juridiction, à l'audience au cours de laquelle un tribunal français doit se prononcer sur le fond d'un litige auquel l'intéressé est partie. H suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe du respect des droits de la défense doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis H un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () " et aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées H arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu :/ 1° D'un certificat médical établi H le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi H un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. ".

7. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

8. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition H les services de police, le 9 novembre 2022, le requérant a déclaré qu'il était atteint d'une hépatite C et d'une cirrhose. Toutefois, l'intéressé n'a produit aucun document médical permettant d'établir qu'une absence de traitement serait susceptible d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant n'établit pas que le traitement qui lui est actuellement prescrit ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu de recueillir préalablement un avis médical avant de prendre les mesures contestées. H suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée H le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

10. L'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. G déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2013, qu'il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en tant que conjoint d'un ressortissant bénéficiant de la protection subsidiaire valable du 6 février 2021 au 5 février 2025. Le préfet indique également que l'intéressé a fait l'objet d'un retrait de titre de séjour H la préfecture de la Vienne le 8 septembre 2022 en raison d'une condamnation d'un mois d'emprisonnement avec sursis et d'un mois d'emprisonnement ferme pour vol H le tribunal correctionnel de Poitiers le 2 octobre 2014 et le 14 avril 2017. Le préfet précise que l'intéressé a été écroué au centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses le 5 octobre 2022, qu'il a fait l'objet d'une peine de trois mois d'emprisonnement prononcée H le tribunal correctionnel de Toulouse le 6 octobre 2022, pour des faits de vol en réunion et que les faits commis H le requérant sont constitutifs d'un comportement représentant une menace pour l'ordre public. Le préfet précise que le requérant se déclare marié et avoir deux enfants. Le préfet relève enfin que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. H suite, il est suffisamment motivé.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue H la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. G fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé H l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en ce qu'il est présent en France depuis presque dix ans, qu'il y a développé des attaches privées et familiales importante, qu'il est père de deux enfants majeurs dont un résidant sur le territoire français, qu'il est marié à une ressortissante géorgienne bénéficiant de la protection subsidiaire en France et qu'il serait suivi en France pour des problèmes de santé, notamment pour une cirrhose et une hépatite C. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de trois condamnations à des peines d'emprisonnement entre 2014 et 2022, notamment pour des faits de vol et de vol en réunion. Ces faits, qui ont justifié que le préfet de la Vienne retire au requérant son titre de séjour pluriannuelle en tant que conjoint d'une ressortissante bénéficiant de la protection subsidiaire, le 8 septembre 2022, caractérisent une menace à l'ordre public. L'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. G au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui les fondent et est donc suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " H dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. G a fait l'objet de trois condamnations à des peines d'emprisonnement entre 2014 et 2022, notamment pour des faits de vol et de vol en réunion. Il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, en l'absence de circonstance particulière, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. H suite, la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a entaché sa décision ni d'une erreur de fait ni d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant.

17. En troisième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. En premier lieu, l'arrêté vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que le requérant n'établit pas être exposé à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. H suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

19. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée H l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

21. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ce dernier est tenu d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de trois ans, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. La durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

22. Il ressort des pièces du dossier que M. G est présent en France depuis 2013, qu'il est marié avec une compatriote bénéficiant de la protection subsidiaire et que son fils réside sur le territoire français. Ainsi, nonobstant les faits de vol et de vol en réunion pour lesquels il a été condamné, M. G est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour la durée maximale de trois ans est disproportionnée.

23. Il s'ensuit qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision attaquée, d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. L'annulation, prononcée H le présent jugement, de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de M. G. H suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

26. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. H suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Pougault, avocat de M. G, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pougault de la somme de 1000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. G H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1000 euros sera versée à M. G.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 13 décembre 2022 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Pougault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Pougault une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant H le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. G

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Me Pougault et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2207210

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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