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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207224

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207224

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2022, M. D E, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai de deux mois à compter la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de procéder à l'effacement du fichier SIS de la mention de l'interdiction de retour dans le délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 1 à 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant interdiction de retour pour une durée de six mois est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sur lesquelles elle est fondée ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sorin ;

- et les observations de Me Tercero, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, né le 1er décembre 1966, de nationalité algérienne, est entré en France, le 4 février 2018, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par le consulat de France à Alger, accompagné de sa fille mineure, C, née le 7 juillet 2006. L'intéressé a sollicité, le 15 mars 2018, son admission au séjour en qualité d'accompagnant d'une enfant malade sur le fondement du 5° des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 7 mars 2019, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il a la nationalité comme destination d'une éventuelle mesure d'éloignement forcé, la légalité de cet arrêté a été confirmé par un jugement de la cour administrative d'appel de Bordeaux en date du 27 avril 2021. M. E a sollicité, le 7 octobre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 21 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays dont il a la nationalité comme destination d'une éventuelle mesure d'éloignement forcé et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de six mois. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2021 publié le même jour au recueil n° 31-2021-325 des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme H F, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu et d'une part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, selon les termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communication ".

5. M. E soutient que sa fille mineure, qui souffre depuis sa naissance d'une infirmité motrice d'origine cérébrale prenant la forme d'une quadriplégie spastique, ne peut bénéficier de soins appropriés à la gravité de son état de santé en Algérie. L'intéressé produit, à cet égard, plusieurs certificats médicaux, lesquels mentionnent notamment qu'elle a subi des opérations chirurgicales en France et que son état de santé nécessite désormais des soins de rééducation pluridisciplinaires dans un centre spécialisé. S'il ressort, en particulier, des certificats médicaux du dr A et du dr B, établis respectivement les 22 juillet 2020 et 27 avril 2022 ainsi que de l'attestation d'un kinésithérapeute d'Etat algérien qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge adéquate dans son pays d'origine, ces documents se bornent à des appréciations très générales et n'apportent aucune précision permettant d'apprécier l'indisponibilité effective des soins alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il n'existerait pas de structures de prises en charge pluridisciplinaires, au titre de la rééducation, pour les personnes souffrant d'infirmité motrice d'origine cérébrale en Algérie, ainsi qu'en a déjà jugé la cour administrative d'appel de Bordeaux dans son arrêt du 27 avril 2021, sous le n° 20BX03799, concernant la même affaire.

6. Par ailleurs, si M. E se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de carrossier peintre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et à temps partiel, assortie d'une demande d'autorisation de travail établies respectivement les 28 mai et 3 juin 2021 par le gérant de la SARL Carrosserie Zéro Franchise, il ne démontre pas détenir une qualification, une expérience particulière ou significative ou même un diplôme reconnu par les autorités françaises au regard des caractéristiques de l'emploi envisagé. Enfin, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration particulière ni même détenir des liens d'une particulière intensité sur le territoire français alors qu'il n'est pas dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans et où résident, a minima, sa femme et leurs cinq autres enfants dont un mineur.

7. Dans ces conditions, M. E, dont la situation ne relève pas d'une considération humanitaire ou d'un motif exceptionnel justifiant son admission exceptionnelle au séjour, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute Garonne aurait méconnu les stipulations et dispositions précitées ni même commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant du faire usage de son pouvoir de régularisation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 5 que la fille de l'intéressé peut effectivement bénéficier d'une prise en charge appropriée à sa pathologie en Algérie. Par ailleurs, ni la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien, ni la décision d'éloignement en litige n'ont pour objet ou pour effet de séparer M. E de son enfant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. E n'établit pas, par les circonstances qu'il invoque tenant à un défaut d'accès aux soins effectifs, que sa fille courrait le risque, en rentrant dans son pays d'origine, d'être soumise à un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de celles-ci doit être écarté.

10. En second lieu, le moyen tiré de la violation des articles 1 à 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, semble-t-il dirigé contre la mesure fixant le pays de renvoi, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. E ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français.

12. En second lieu, en vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " D'autre part, en vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L.612-8. "

13. M. E ne justifie ni d'une présence particulièrement ancienne en France, ni de liens intenses sur le territoire national. De plus, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 7 mars 2019, non exécutée. Dans ce contexte et alors même que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois, l'autorité préfectorale aurait commis une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions de M. E, tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2022 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions que le requérant présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le président-rapporteur,

T. SORIN

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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