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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207261

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207261

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207261
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP PAMPONNEAU-TERRIE-PERROUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 24 janvier 2023, M. A E D, représenté par Me Pamponneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de condamner le préfet du Tarn à verser à son conseil la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation ;

- le refus de renouvellement de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au lien qu'il pourrait entretenir avec son enfant né et son enfant à naître ;

- son maintien sur le territoire n'est pas de nature à menacer gravement l'ordre public compte tenu de la décision judiciaire de relèvement et de son insertion.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 8 février 2023, le préfet du Tarn a informé le tribunal de ce que M. D était assigné à résidence dans le département du Tarn pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de M. D, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 21 juin 2000 à Bafoussam (Cameroun), de nationalité camerounaise déclare être entré sur le territoire français le 1er février 2017. Le 15 novembre 2018, il a obtenu un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français ", qui a été renouvelé jusqu'au 1er septembre 2022. Il en a demandé le renouvellement le 5 juillet 2022. Par un premier arrêté du 17 novembre 2022, le préfet du Tarn a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un second arrêté du 5 janvier 2023, la même autorité préfectorale l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du magistrat désigné :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

4. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. D le 5 janvier 2023, et portée à la connaissance du tribunal le 8 février 2023, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions obligeant l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. En revanche, les conclusions à fin d'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi :

5. Pour soutenir que le préfet du Tarn a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation, M. D fait valoir qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française, qu'il est hébergé par son actuelle compagne, qui est enceinte d'un enfant qu'il a reconnu, qu'il suit une formation professionnelle en vue d'obtenir le brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport - spécialité éducateur sportif et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Cependant, M. D ne démontre pas, par la production de quelques tickets de caisse non nominatifs, dont certains sont postérieurs à l'arrêté attaqué, d'une capture d'écran d'un relevé bancaire concernant un chèque de 260 euros dont ni l'émetteur ni le bénéficiaire ne sont identifiés, et des attestations établies postérieurement à l'édiction des décisions contestées, qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant à proportion de ses ressources. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a été condamné le 14 février 2019 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de transport, détention, acquisition et cession non autorisée de stupéfiants et a été mis en cause, le 17 avril 2021 pour des faits de violence sur mineur de quinze ans, violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, partenaire de la victime et, le 29 juillet 2021, pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excèdent pas huit jours. S'il résulte également des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, par jugement du 28 juin 2022 du tribunal judiciaire de Bordeaux, d'une exclusion de la mention de sa condamnation au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, cette circonstance est sans incidence sur la possibilité que conservait le préfet de prendre en compte les faits à l'origine de cette condamnation pour apprécier l'existence d'une menace à l'ordre public. Aucun document probant ne vient établir l'ancienneté et la stabilité de la relation qu'il allègue entretenir avec sa nouvelle compagne, laquelle déclare avoir rencontré le requérant il y a seulement un an. Enfin, M. D, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Cameroun, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident notamment ses parents et ses six frères et sœurs. Dans ces conditions, le préfet, qui n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce en retenant l'existence d'une menace à l'ordre public, n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. D.

6. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Pamponneau la somme réclamée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'examen des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. D est renvoyé devant une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D, à Me Pamponneau et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023

Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,0

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