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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207262

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207262

lundi 11 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207262
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Magrini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022, rectifié par un arrêté du 31 août 2022, par lequel le maire de Toulouse a délivré à la SCCV Deltour Montségur un permis de construire un immeuble de quinze logements sur un terrain sis 122 boulevard Deltour ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse, et le cas échéant de la SCCV Deltour Montségur, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'affichage sur le terrain du permis attaqué a été effectué tardivement ;

- la requête a été notifiée à l'auteur du permis et à son bénéficiaire, conformément aux exigences de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour contester le permis de construire délivré à la SCCV Deltour Montségur ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des exigences de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions du règlement d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ;

- il a été accordé en méconnaissance des prescriptions relatives aux clôtures ;

- il a été accordé en méconnaissance des dispositions du règlement relatives au stationnement des voitures et des vélos.

Par un mémoire enregistré le 22 février 2023, la SCCV Deltour Montségur, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C épouse B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite après l'expiration du délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens invoqués par Mme C épouse B ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 30 juin 2023, la commune de Toulouse conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge de Mme C épouse B une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite après l'expiration du délai de recours de deux mois prévu à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme et que la requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du même code ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juillet 2022, le maire de Toulouse a délivré à la SCCV Deltour Montségur un permis de construire un immeuble de quinze logements sur un terrain sis 122 boulevard Deltour. Par un arrêté du 31 août 2022, le maire de cette commune a rectifié les mentions de l'arrêté du 25 juillet 2022 par l'ajout de la mention, dans les visas de cette décision, du certificat d'urbanisme CU n° 031 555 21 U1401. Par la présente requête, Mme C épouse B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

3. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

4. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier. Cet affichage n'est pas obligatoire pour les déclarations préalables portant sur une coupe ou un abattage d'arbres situés en dehors des secteurs urbanisés. / (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du constat d'huissier produit par la société pétitionnaire, que mention du permis de construire délivré le 25 juillet 2022 à la SCCV Deltour Montségur a été affichée sur le terrain d'assiette du projet de façon continue et visible de la voie publique pendant deux mois à compter du 27 juillet 2022. Le panneau d'affichage faisait mention des délais de recours ouverts à l'encontre du permis de construire et rappelait également les obligations de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Mme C épouse B ne remet pas en cause les constatations relevées dans le constat d'huissier qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Alors qu'il n'est pas contesté que l'affichage répondait aux exigences réglementaires, le délai de recours contentieux de deux mois mentionné à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme a commencé à courir à compter du 27 juillet 2022. La requérante n'allègue pas avoir exercé de recours gracieux à l'encontre du permis de construire du 25 juillet 2022 et celui formé le 21 septembre 2022 par M. C au nom de la SCI 40 avenue de Castres, n'a pu, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait membre de cette société, proroger le délai de recours contentieux à l'égard de Mme C épouse B. Il était ainsi expiré lorsque la requête de Mme C épouse B a été enregistrée le 20 décembre 2022 au greffe du tribunal. Dans ces conditions, les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du maire de Toulouse en date du 25 juillet 2022 sont tardives et, par suite, irrecevables. De même, si la requérante demande également l'annulation du permis de construire rectificatif accordé le 31 août 2022 à la SCCV Deltour Montségur, ces conclusions ne sont assorties d'aucun moyen propre et sont ainsi irrecevables en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. La requête de Mme C épouse B étant entachée d'une irrecevabilité manifeste, elle peut être rejetée par ordonnance sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Toulouse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme C épouse B demande au titre des frais exposés par elle.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C épouse B le versement d'une somme de 1 000 euros à la SCCV Deltour Montségur au titre des frais exposés par elle.

8. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par la commune de Toulouse, qui n'est pas représentée par un conseil et ne justifie pas des frais exposés au titre de la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Mme C épouse B versera une somme de 1 000 euros à la SCCV Deltour Montségur au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B, à la commune de Toulouse et à la SCCV Deltour Montségur.

Fait à Toulouse, le 11 septembre 2023.

La présidente de la 6ème chambre,

V. Poupineau

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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