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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207281

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207281

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 20 décembre 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 9 janvier 2023, M. E C, représenté A Me Schoenacker Rossi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022 A lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de cinquante euros A jour de retard, à compter de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre à la préfète d'examiner les demandes d'autorisation d'embauche déposées dans l'intérêt des époux C sous un délai d'un mois ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat à lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Il soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité :

- il est recevable dès lors que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français de la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas été régulièrement notifié ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- la durée est excessive ;

En ce qui concerne la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale.

La requête a régulièrement été communiquée à la préfète de Tarn-et-Garonne, qui n'a pas formulé d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 4 octobre 1983 à Ankorahotra Antananarivo (Madagascar), de nationalité malgache, est entré régulièrement sur le territoire français le 14 juin 2019 avec son épouse, Mme D et leurs deux enfants, et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 5 décembre 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile A une décision du 23 mars 2021. Le 2 novembre 2021, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé A l'intéressé à l'encontre de cette décision. Le 5 avril 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Elle a édicté le 20 mai et le 29 juin 2022 deux arrêtés portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. A la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 avril 2022.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. A un arrêté du 29 janvier 2021 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 82-2021-015, la préfète de Tarn-et-Garonne a donné délégation à Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne, à l'effet de signer tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers. A suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise les conditions d'entrée et de séjour du requérant et retrace sa procédure de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile. En outre, le préfet indique que M. C est marié avec Mme D, qu'ils ont deux enfants en commun, que Mme D fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au soutien des conclusions qu'il dirige contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire, dès lors que celle-ci n'a pas, A elle-même, pour effet de le priver de liberté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. C ne fait état d'aucun obstacle qui empêcherait la reconstitution de sa cellule familiale, avec son épouse et leurs deux enfants mineurs, nés en 2016 et 2018, à Madagascar, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité. En outre, s'il soutient qu'en 2019, son fils a été kidnappé avec son épouse A des personnes armées et qu'il craint pour la sécurité de ses enfants en cas de retour à Madagascar, le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'existence des risques qu'il invoque. De même, il ne démontre pas que ses enfants, scolarisés à l'école primaire " La Rose des Vents " à Monclar-de-Quercy en cours préparatoire et en moyenne section de maternelle, ne pourraient pas poursuivre une scolarité normale à Madagascar. Dès lors, la préfète de Tarn-et-Garonne, dont la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. C de ses enfants, n'a pas porté, à l'intérêt supérieur de ceux-ci, une atteinte méconnaissant les stipulations précitées de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. A suite, elle est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de cette mesure.

10. En troisième et dernier lieu, en vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Le requérant soutient que, le 1er juin 2019, son épouse et son fils ont été kidnappés A des personnes armées, que ces derniers ont violé et torturé son épouse et séquestré son fils, qu'ils ont été libérés le lendemain une fois la rançon payée, que les ravisseurs ont menacé de les tuer si les autorités étaient informées de cet enlèvement et qu'il a alors quitté le pays avec toute sa famille. Toutefois, si le requérant produit à l'appui de ses écritures un certificat médical établi le 5 juin 2019 attestant de ce que son épouse présentait alors des " traces de violences récentes et une réaction psychique à l'agression qu'elle dit avoir subie ", il ne justifie ni de l'actualité des menaces en cas de retour à Madagascar, alors qu'il déclare avoir payé la rançon aux ravisseurs de son épouse et de leur enfant, ni, en tout état de cause, de l'absence de protection des autorités malgaches, auprès desquelles il a pourtant porté plainte le 5 juin 2019 pour " viol et enlèvement d'enfant " avant de rejoindre, le 14 juin suivant, le territoire français. Dans ces conditions, le requérant, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée tant A l'office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui fixe le pays de renvoi, méconnait les stipulations et dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de fait retenus A le préfet pour édicter à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. A suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. A suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.

14. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. M. C est entré récemment sur le territoire français, le 14 juin 2019. Il ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire français. Il ne peut, à cet égard, utilement se prévaloir du dépôt d'une demande d'autorisation de travail qu'il a déposée le 30 juin 2022, postérieurement à la décision attaquée. A suite, nonobstant l'absence de menace pour l'ordre public et d'une précédente mesure d'éloignement, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait disproportionnée.

En ce qui concerne la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

16. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS). () ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. A suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 5 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonctions et d'astreinte :

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives aux injonctions sous astreintes doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. C demande, sur le fondement combiné de ces dispositions et de celles de la loi du 10 juillet 1991.

21. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées A M. C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à la préfète de Tarn-et-Garonne et à Me Schoenacker Rossi.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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