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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207298

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207298

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 décembre 2022, le 7 avril 2023 et le 21 juillet 2023, M. B E et Mme I A, représentés par Me Borderieux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022, rectifié par un arrêté du 27 juillet 2022, par lequel le maire de Toulouse a accordé à la société civile de construction vente (SCCV) Serge Mas Immo un permis de construire, valant permis de démolir, en vue de la rénovation et la surélévation d'un immeuble avec la création de treize logements sur un terrain sis 30 rue Matabiau à Toulouse, ensemble la décision du 27 octobre 2022 portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le maire de Toulouse a accordé à la SCCV Serge Mas Immo un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Toulouse et de la SCCV Serge Mas Immo la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article UC 9.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Toulouse et les dispositions graphiques applicables aux espaces constructibles de type B, dès lors que l'emprise au sol de la construction est supérieure à 70 % de la superficie du terrain ;

- ils méconnaissent les dispositions graphiques applicables aux espaces constructibles de type B dès lors que la surface de plancher du projet est supérieure à 720 m2 ;

- le permis de construire modificatif méconnaît l'article 10 des dispositions communes du règlement du PLU de Toulouse dès lors que la société pétitionnaire n'a pas mentionné la hauteur au faîtage du projet dans la demande de permis, ce qui n'a pas permis au service instructeur de vérifier le respect de la règle limitant la hauteur de l'élévation des pentes de la toiture à 3,50 m ;

- les arrêtés attaqués méconnaissent les dispositions de l'article UC 11 du règlement du PLU de Toulouse qui imposent une pente de toiture de l'ordre de 33 % et un traitement en tuiles canal ; le permis de construire initial prévoit que la toiture doit être réalisée en zinc et il n'est pas justifié du respect de la pente de 33% ; si le permis de construire modificatif prévoit que la toiture doit être réalisée en tuiles canal ou tuiles de récupération, rien ne permet de garantir que les tuiles de récupération seront bien des tuiles canal ; de plus, l'emploi de matériaux de récupération n'est pas expressément autorisé par le PLU, et la tuile de récupération ne présente pas les garanties de qualité et d'aspect permettant de répondre à l'obligation d'harmonie et d'insertion dans l'environnement ;

- ils méconnaissent les dispositions graphiques applicables au projet qui imposent de traiter une partie de la parcelle en espace aménagé ; le respect de ces dispositions n'est pas établi par la notice, qui se borne à indiquer que cet espace libre doit correspondre à environ un tiers de la parcelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 avril 2023, le 3 mai 2023 et le 20 septembre 2023, la commune de Toulouse conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, la société civile de construction vente (SCCV) Serge Mas Immo, représentée par Me Courrech, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de Mme D, pour la commune de Toulouse,

- et les observations de Me Courrech, représentant la SCCV Serge Mas Immo.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile de construction vente (SCCV) Serge Mas Immo a déposé le 2 août 2021 une demande de permis de construire portant sur la rénovation et la surélévation d'un immeuble existant avec création de treize logements, sur un terrain sis 30 rue Matabiau à Toulouse. Par un arrêté du 11 juillet 2022, rectifié le 27 juillet 2022, le maire de Toulouse lui a délivré l'autorisation sollicitée. Par un courrier du 2 septembre 2022, M. E et Mme A ont formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 27 octobre 2022. Le 26 octobre 2022, la SCCV Serge Mas Immo a sollicité la délivrance d'un permis de construire modificatif, qui lui a été accordé par un arrêté du 21 février 2023. Par la présente requête, M. E et Mme A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés des 11 juillet 2022 et 21 février 2023 et la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal ".

3. D'une part, par un arrêté du 3 novembre 2020, affiché en mairie et transmis en préfecture le même jour, dont les termes sont suffisamment précis, le maire de Toulouse a donné délégation de fonctions à Mme H C, adjointe de quartier, pour la délivrance des autorisations en matière de droit du sol et notamment des permis de construire. Si les requérants font valoir que la délibération donnant délégation au maire de certaines attributions du conseil municipal n'est pas exécutoire, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que la compétence en matière d'autorisations d'urbanisme appartient au maire en application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme. En outre, les requérants n'établissent pas que la compétence en matière de délivrance des autorisations d'urbanisme serait déléguée à d'autres élus. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 11 juillet 2022 ne peut qu'être écarté.

4. D'autre part, par un arrêté du 27 janvier 2023, affiché en mairie et transmis en préfecture le même jour, dont les termes sont suffisamment précis, le maire de Toulouse a donné délégation de fonctions à M. F, adjoint au maire, en l'absence de Mme C, pour la délivrance des autorisations en matière de droit du sol et notamment des permis de construire. Par suite, et alors que les requérants n'apportent aucun élément établissant que Mme C n'était pas empêchée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du permis de construire modificatif du 21 février 2023 doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes du chapitre 2 du règlement du PLU de Toulouse : " Pour " l'espace constructible B " : les dispositions applicables sont : / les dispositions communes, / les dispositions spécifiques à chaque zone pour les articles 1 à 5, 11 et 12 / les dispositions du document graphique du règlement - cahier pour les articles 6 à 10, et 13 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé dans " l'espace constructible B " identifié par le règlement graphique. En application des dispositions précitées du chapitre 2 du règlement du PLU de Toulouse, les dispositions applicables dans cette zone sont, s'agissant de l'article 9 règlementant l'emprise au sol des constructions, les dispositions du document graphique du règlement. Or, ce document graphique ne pose, s'agissant de la zone d'implantation du projet, aucune règle d'emprise au sol. Par suite, et alors que l'emprise au sol du projet n'est pas davantage régie par les dispositions communes du règlement du PLU de Toulouse, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet a été autorisé en méconnaissance des règles d'emprise au sol posées par les dispositions du plan local d'urbanisme.

7. En troisième lieu, il résulte de l'étiquette graphique attachée à la zone où se situe le projet que celui-ci n'est pas soumis à une règle de surface de plancher maximale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance sur ce point du règlement graphique ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10.2.1 des dispositions communes du règlement du PLU de Toulouse : " Hauteur absolue (H) / 10.2.1. - Les " dispositions communes " et les " dispositions spécifiques " à chaque zone sont applicables en ce qu'elles n'ont rien de différent vis à vis des dispositions indiquées sur les documents graphiques du règlement ". Le lexique du PLU de Toulouse prévoit : " Hauteur absolue / Cas des toitures à pente égale ou supérieure à 20 % : / Cette hauteur se mesure en tout point, à partir du terrain naturel avant travaux, au pied de ces constructions et jusqu' à l'égout du toit. () / Au-dessus et à compter de cette hauteur (H), peuvent s'ajouter, conformément à l'article 11, dans une limite de 3,50 m, les ouvrages en toiture, les installations techniques en faveur des énergies renouvelables et la hauteur résultant de l'élévation des pentes de la toiture, et dans une limite de 2,50 m, les édicules techniques (ascenseurs) ".

9. Si les requérants soutiennent que la hauteur du projet au faîtage n'est pas renseignée dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, ce qui n'a pas permis au service instructeur de vérifier que la hauteur résultant de l'élévation des pentes de la toiture serait inférieure à 3,50 mètres, cette hauteur peut être calculée grâce aux éléments de mesure portés sur les plans joints à ce dossier. Par suite, et alors qu'il n'est pas établi par les requérants que la hauteur absolue du projet serait supérieure à la hauteur maximale fixée par les dispositions précitées, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC 11.1 du règlement du PLU de Toulouse : " Les toitures constituent un élément essentiel des caractéristiques urbaines et architecturales de la présente zone. / Elles doivent, d'une part, contribuer à conforter la qualité du paysage urbain et d'autre part, s'inscrire dans le respect des principes architecturaux des constructions traditionnelles toulousaines. / 11.1.1 - Les toitures traditionnelles : / 11.1.1.1 - Leur pente doit être de l'ordre de 33 %. / 11.1.1.2 - Leur couvert doit être réalisé au moyen de tuiles canal () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif prévoit la réalisation d'une toiture présentant une pente de 33 %, en tuiles canal ou tuiles canal de récupération. Par suite, et alors qu'aucune disposition n'interdit l'usage de matériaux de récupération, dont il n'est pas établi qu'ils ne présenteraient pas les garanties de qualité et d'aspect permettant de répondre à l'obligation d'harmonie et d'insertion dans l'environnement imposée par le PLU, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées par le permis de construire initial et le permis de construire modificatif doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, il résulte de l'étiquette graphique attachée à la zone où se situe le projet qu'une partie du terrain d'assiette doit être traitée en espace aménagé. Par ailleurs, selon le lexique du PLU de Toulouse : " "Espaces aménagés" : Ces espaces devront comporter une partie "espace vert" sur, au moins, 30 % de la superficie de "l'espace aménagé". / Ils pourront comporter une partie "espace d'accompagnement" sur, au plus, 30 % de la superficie de "l'espace aménagé". / La superficie restante devra être aménagée en espace vert de pleine terre ou sur dalle () "Espace verts" : Il s'agit de la partie ou des parties de l'unité foncière, libres de toute construction en surface comme en sous-sol, constituées par de la terre meuble, engazonnées et plantées et traitées en matériaux perméables pour les parvis, les allées et les accès nécessaires () ". Enfin, aux termes de l'article 2.3 des dispositions communes du règlement du PLU de Toulouse : " Les occupations et utilisations du sol déjà existantes, non conformes à certaines des règles applicables à la zone concernée : / 2.3.1 - Les travaux qui n'ont pas pour effet d'aggraver la non-conformité de cette occupation ou utilisation du sol à l'égard de ces règles, sont admis ".

13. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle supportant la construction faisant l'objet du permis de construire ne comporte pas d'espace de pleine terre. Le permis de construire attaqué, qui n'emporte pas d'extension de l'emprise au sol du bâtiment et prévoit la réalisation d'un espace aménagé en pleine terre avec une partie en espace vert, en lieu et place d'un espace minéralisé, n'a pas pour effet d'aggraver la méconnaissance, par la construction existante, des dispositions précitées. A cet égard, si les requérants soutiennent que le projet a pour objet la réalisation d'une construction nouvelle après démolition de l'existant, il ressort des pièces du dossier qu'il porte sur la rénovation et la surélévation de l'immeuble existant après démolition de certains de ses éléments. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions graphiques relatives aux espaces de pleine terre doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 11 juillet 2022 et du 21 février 2023 par lesquels le maire de Toulouse a délivré un permis de construire et un permis de construire modificatif à la SCCV Serge Mas Immo, et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse et de la SCCV Serge Mas Immo, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes demandées par les requérants au titre des frais exposés par eux.

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros à verser à la SCCV Serge Mas Immo sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

17. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par la commune de Toulouse, qui n'est pas représentée par un conseil et ne justifie pas des frais exposés au titre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront à la SCCV Serge Mas Immo la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme I A, à la société civile de construction vente Serge Mas Immo et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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