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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207303

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207303

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Broca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa situation entre dans les prévisions de l'article L. 422-1 ainsi que de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.

Par une ordonnance du 28 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée en France en 2019 alors qu'elle était mineure sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa touristique. La demande de regroupement familial introduite par sa sœur à son profit le 16 janvier 2020 a été rejetée par une décision du 22 avril 2021. Le 1er juillet 2021, Mme B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 avril 2022, la préfète de l'Ariège, après avoir examiné ses droits au séjour au regard des articles L. 422-1, L. 423-21 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 décembre 2020 publié au recueil des actes administratifs le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, la préfète de l'Ariège a donné délégation à M. Donnot, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous actes relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Ariège, à l'exception de la saisine des juridictions dans le cadre d'un déclinatoire de compétence et des arrêtés d'élévation de conflit. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de son arrêté, la préfète de l'Ariège a visé l'accord-franco-marocain et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de Mme B, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles elle a considéré que celle-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Elle a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale en relevant qu'une de ses sœurs résidait en France. Dans ces conditions, la préfète a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prendre son arrêté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. "

6. D'une part, Mme B ne justifie pas être en possession d'un visa de long séjour. D'autre part, si elle établit avoir suivi une scolarité interrompue en France depuis l'âge de 16 ans, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, elle était inscrite en classe de terminale et ne poursuivait donc pas des études supérieures au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, et alors même que Mme B justifie du caractère sérieux de ses études, la préfète de l'Ariège n'a pas commis d'erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'elle ne justifiait pas être entrée en France sous couvert du visa de long séjour prévu par les dispositions précitées de l'article L. 412-1 du même code.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat ".

8. Mme B n'établit ni même n'allègue avoir réussi les épreuves d'un concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée en France en 2019 alors qu'elle était mineure, y est restée après l'expiration de son visa touristique. Si l'intéressée se prévaut, d'une part, de la présence en France de sa sœur et, d'autre part, du fait qu'elle y est venue pour fuir la violence de son père, elle ne justifie pas, par ces seuls éléments, et alors qu'elle n'établit pas la réalité des violences alléguées, ni être dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité au Maroc, de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'intéressée, célibataire et sans charge de famille à la date de l'arrêté en litige, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et trois de ses sœurs et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

12. Mme B fait valoir qu'elle est inscrite dans un cursus universitaire et que le délai accordé est insuffisant au regard de sa situation personnelle, familiale et de son jeune âge puisqu'il ne lui permet pas d'organiser son départ dans des conditions dignes. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que la situation de l'intéressée aurait justifié qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé.

13. En huitième et dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé qu'en l'absence d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination doivent être annulées du fait de l'illégalité de cette décision.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Broca et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAU La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2207303

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