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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207393

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207393

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 2 février 2023, M. D B représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire du séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît son droit d'être entendu ;

- il est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;

- il est entaché d'une erreur de droit sur son droit de se maintenir sur le territoire en qualité de demandeur d'asile dès lors que la preuve de la notification régulière de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas apportée ;

- il méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car, atteint de la maladie de Crohn, son éloignement vers la Guinée pourrait conduire à la dégradation rapide de son état de santé ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cazanave, substituant Me Tercero, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le préfet ne démontre pas la notification de l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile, que le droit au maintien de M. B n'a donc pas pris fin, que la préfecture fait grief au requérant de ne pas avoir déposer une demande de titre de séjour " étranger malade " , qu'il n'a cependant pas été informé de cette possibilité, qu'en tout état de cause, les documents médicaux produits établissent qu'un retour en Guinée le mettrait en danger,

- les observations de M. B, assisté de M. B interprète en langue peul, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, né le 8 juillet 1995 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, déclare être entré sur le territoire français le 28 août 2019. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 10 septembre 2019. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 7 juillet 2021, confirmée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le 14 septembres 2022. Par un arrêté du 6 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ; / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

4. La décision contestée obligeant M. B à quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 14 septembre 2022. Il ressort des mentions portées sur le relevé " TelemOfpra " lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que la Cour nationale du droit d'asile a statué sur cette demande non pas, ainsi que le soutient le préfet, par décision lue en audience publique mais par ordonnance. En application des dispositions précitées, le droit de M. B de se maintenir sur le territoire français ne pouvait donc prendre fin qu'à la date de la notification de cette ordonnance. Le relevé " TelemOfpra " indique également que l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile a été notifiée à l'intéressé le 4 octobre 2022 au service de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) " Forum Réfugiés " située au n° 7 de l'avenue des Herbettes à Toulouse. Il est toutefois constant que le marché public relatif aux prestations de premier accueil des demandeurs d'asile pour la région Occitanie, jusqu'alors attribué audit " Forum Réfugiés ", a été confié par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à un nouveau gestionnaire, l'association " Adelphité par CVH ", qui a pris effet au 1er janvier 2022. Le changement de titulaire du marché a entraîné à la même date la modification de la domiciliation postale des demandeurs d'asile, dont celle de M. B, vers l'adresse de la nouvelle structure de premier accueil située au n° 28 de la rue Théron de Montaugé à Toulouse. L'administration ne pouvait raisonnablement ignorer le changement du titulaire du marché et partant de domiciliation postale des demandeurs d'asile. C'est d'ailleurs à la nouvelle adresse de domiciliation de M. B que la préfecture a envoyé l'arrêté litigieux. Enfin, le préfet n'établit ni même n'allègue que des diligences auraient été accomplies pour transférer le pli contenant l'ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile concernant le requérant à sa nouvelle adresse auprès de l'association " Adelphité par CVH ", alors, au demeurant, que le relevé des courriers établis par cette même association ne fait état d'aucune réception de recommandé pour M. B au cours du mois d'octobre 2022. Le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait donc, sans commettre d'erreur de droit, considérer que le droit de M. B au maintien sur le territoire français avait cessé et l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Garonne du 6 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination qui se trouve ainsi dépourvue de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Haute-Garonne réexamine la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 250 euros à verser à Me Tercero sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la somme ci-dessus sera directement versée à l'intéressé.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 6 décembre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 250 euros à Me Tercero en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B la somme de 1 250 euros sera directement versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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