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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2207402

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2207402

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2207402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBACHELET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 décembre 2022 et le 18 août 2023 sous le numéro 2207402, M. C E, représenté par Me Bachelet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) d'ordonner la suppression du paragraphe "Or, votre juridiction notera avec intérêt qu'il s'agit ici du même employeur que son épouse, ce qui n'exclut pas que cette promesse soit en réalité de pure convenance, utile à enrichir une demande de régularisation, dépourvue totalement d'élément pertinent." du mémoire en défense du préfet du Tarn ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros à titre de dommages et intérêts ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le passage du mémoire en défense du préfet du Tarn :

- il est injurieux et diffamatoire à son égard et à l'égard de son employeur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 décembre 2022 et le 18 août 2023 sous le numéro 2207404, Mme D B A, représentée par Me Bachelet, demande au tribunal, dans ses dernières écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant de New York ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport F Sarraute,

- et les observations de Me Bachet, substituant Me Bachelet, représentant M. E et F B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. E et Mme B A, ressortissants colombiens, sont entrés sur le territoire français le 9 décembre 2019 sous couvert de leurs passeports colombiens, accompagnés du fils mineur F Mme B A. Le 16 janvier 2020, ils ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile. L'office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté leur demande d'asile par décision du 7 juin 2021, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 19 août 2022. Par arrêtés du 29 novembre 2022, le préfet du Tarn a rejeté leurs demandes d'admission exceptionnelle au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par leurs requêtes, M. E et Mme B A demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentées par M. E et Mme B A concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Fabien Chollet, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture du Tarn, qui a reçu, par arrêté en date du 5 septembre 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 81-2022-332 de la préfecture du Tarn, délégation pour signer notamment " tous les arrêtés et documents administratifs ainsi que toutes les décision, mesures et correspondances courantes établis en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et plus précisément : - les décisions de refus de délivrance de titre et de refus de séjour, / - les mesures d'éloignement () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En second lieu, les décisions attaquées énoncent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent avec un degré de précision suffisant pour mettre M. E et Mme B A en mesure de discuter utilement les motifs de ces décisions. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

5. Il ne résulte ni des termes des décisions attaquées, qui mentionnent explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de chacun des requérants, ni des pièces du dossier, que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de leur situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation des requérants doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E et Mme B A sont entrés en France le 9 décembre 2019 en compagnie du fils mineur F Mme B A. S'ils se prévalent de leur implication dans le bénévolat, de la présence sur le territoire français de la sœur de M. E qui bénéficie de la protection subsidiaire, de quelques mois d'emploi F B A au cours de l'année 2022, du suivi psychologique de M. E depuis juin 2021, d'une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France déposée par l'employeur F B A le 17 octobre 2022 aux fins d'emploi de M. E, et de la scolarisation en France du fils mineur F Mme B A, de telles circonstances ne sont pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. Dans ces conditions, en rejetant leur demande d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet du Tarn n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application de l'article L.435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. E et F B A et des conséquences des décisions attaquées sur la situation de ces derniers.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. E et Mme B A sont entrés sur le territoire français le 9 décembre 2019. Si depuis cette date, ils demeurent sur le territoire français et le fils mineur F Mme B A est scolarisé en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en dehors de France, en particulier en Colombie leur pays d'origine, ni que le fils F B A ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans ce pays. Par ailleurs, la situation de menaces et de danger pour leur intégrité physique dans leur pays d'origine dont se prévalent les requérants n'est corroborée par aucune pièce du dossier. Dans ces conditions, le préfet du Tarn n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. E et F B A au respect de leur vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

10. En troisième lieu et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Les décisions attaquées n'ont pas pour objet de séparer le fils mineur F Mme B A de sa mère et du compagnon de celle-ci, et il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci ne pourrait pas être scolarisé en Colombie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que les décisions de refus de délivrance de titre de séjour ne sont pas illégales. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions portant obligation de quitter le territoire français, en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour, doit être écarté.

13. En second lieu, pour les motifs énoncés précédemment s'agissant des décisions de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation des requérants, et dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur leur situation doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que les décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français ne sont pas illégales. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions fixant le pays de renvoi, par suite de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ". Aux termes des dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitement contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

16. Les requérants soutiennent qu'ils seraient exposés à des risques de traitements inhumains et dégradants s'ils devaient regagner la Colombie, ayant été contraints de fuir leur pays d'origine après que M. E, dirigeant d'entreprise, a subi deux tentatives d'extorsion de la part d'un groupe criminel. Toutefois, même si les attestations de suivi psychologique font état, pour M. E, de l'existence d'un trouble de stress post-traumatique, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient effectivement exposés à des risques actuels, réels et personnels de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays, alors, au demeurant, que l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis la cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes d'asile et de protection subsidiaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 15 doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.741-2 du code de justice administrative :

18. Aux termes de l'article L.741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduits : / '' art.41 alinéas 3 à 5. Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires et condamner qui il appartiendra à des dommages et intérêts.'' "

19. Il ne ressort pas du mémoire en défense produit par le préfet du Tarn que les termes employés par ce dernier dans le passage invoqué par M. E présenteraient un caractère diffamatoire, injurieux ou outrageant et excéderaient ainsi les limites de la controverse entre les parties dans le cadre d'une procédure contentieuse. Par suite, les conclusions tendant à la suppression de ce passage doivent être rejetées.

20. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'aucun comportement fautif susceptible d'ouvrir à M. E droit à réparation ne peut être reproché au préfet du Tarn. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, les conclusions indemnitaires présentées par M. E doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Les conclusions des requérants à fin d'annulation étant rejetées, leurs conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. E et Mme B A au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M.Eo etFe B A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.CnEo et MmeDa B A, à Me Bachelet et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2207404

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