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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300063

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300063

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'obtention de l'aide juridictionnelle, à lui-même sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet de l'Hérault, en méconnaissance de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas procédé à la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour s'assurer qu'il n'entrait pas dans la catégorie des étrangers malades, protégés de l'éloignement par le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de l'Hérault ne peut garantir sa prise en charge effective en cas de retour au Maroc ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa durée de deux ans est disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, déclare être entré en France en 2014 sous couvert d'un passeport et d'un visa en cours de validité. À la suite d'une interpellation par les services de police le 4 janvier 2023, l'intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de vol. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ne justifie pas avoir présenté de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. En particulier, le préfet, qui a suffisamment motivé en droit et en fait son arrêté, n'avait pas à faire explicitement référence à l'état de santé du requérant ni à son statut de majeur sous curatelle renforcée. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elles prévoient des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

6. D'une part, M. B soutient que le préfet aurait dû recueillir préalablement à l'édiction de son arrêté l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort du compte-rendu de réquisition de garde à vue du 4 janvier 2023 émis par le centre hospitalier de Montpellier, que M. B a déclaré avoir fait l'objet d'un suivi psychiatrique par le passé sans toutefois indiquer que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, il n'apparaît pas qu'au moment où il a statué sur la situation du requérant, le préfet de l'Hérault disposait d'informations sur son état de santé lui imposant de saisir pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français attaquée est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

7. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une absence de prise en charge médicale pourrait avoir pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité alors que l'intéressé a lui-même reconnu ne plus prendre de traitement médicamenteux depuis plus de trois mois, ni que, le cas échéant, il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B ne présente pas un état de santé susceptible de le faire entrer dans le champ d'application des dispositions précitées du 9°de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2014, qu'il y dispose d'attaches familiales importantes, dont ses parents et l'un de ses frères, que son état de santé, qui a conduit à sa mise sous curatelle renforcée, fait obstacle à tout éloignement du territoire et que l'isolement qui en résulterait aurait des conséquences graves sur sa santé et sa gestion quotidienne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui se maintient en France depuis 2014 en situation irrégulière, a fait l'objet, le 20 novembre 2019, d'une précédente mesure d'éloignement du préfet de Vaucluse, qu'il n'a pas exécutée. S'il soutient avoir tenté de régulariser sa situation administrative en déposant une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, la seule production d'un courrier du 9 mai 2022, sans preuve de l'envoi de cette demande, ne suffit pas à l'établir. Il ressort également des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, il était célibataire et sans enfant. Il n'allègue pas avoir noué de liens particuliers durant son séjour en France. En revanche, il dispose encore d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où réside l'un de ses frères et où il a vécu lui-même jusqu'à l'âge de 20 ans. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B n'établit pas par les pièces qu'il produit qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. S'il a été placé sous curatelle renforcée par un jugement du tribunal judiciaire d'Avignon du 1er février 2021, il ne se trouvera pas isolé au Maroc, et n'établit pas qu'il ne pourrait y bénéficier d'une prise en charge adaptée et de l'aide et du soutien de ses proches dans les actes de la vie quotidienne. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration particulière alors qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol avec destruction et dégradation, de détention non autorisée, d'offre ou de cession non autorisée et d'usage illicite de stupéfiants, de recels de biens provenant d'un vol et d'un délit commis entre 2016 et 2022, et ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Dans ces circonstances, l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Hérault n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination et celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont privées de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard aux circonstances indiquées au point 9, et alors que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et que le préfet a relevé que sa présence constituait une menace pour l'ordre public, ce qu'au demeurant il ne conteste pas, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à deux ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAU La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2300063

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