mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALETTE-BERTHELSEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2023 et le 25 mars 2024, M. F B, M. L K di Liguori, M. et Mme S D, M. et Mme J N, M. O X, M. et Mme I W, M. et Mme R P, M. et Mme Q, M. U E, M. H M, Mme T G, M. V G, représentés par Me Moly, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le maire de la commune de Salles-Curan a délivré à la société Camipa Aménagement un permis de construire en vue de la réalisation d'une résidence de service comprenant vingt-quatre logements sur un terrain situé 19 rue du lac, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Salles-Curan et de la société Camipa Aménagement la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission départementale de la nature, des paysages et des sites n'a pas été consultée préalablement à son édiction, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire comporte des incohérences quant à la nature du projet en litige, qui ne présente pas de caractère hôtelier ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne comprend pas de document permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;
- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme dès lors que le projet prévoit l'implantation de constructions dans la bande littorale de cent mètres du lac de Pareloup ;
- il méconnaît le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Lévézou, qui prévoit l'interdiction des constructions dans la bande littorale de cent mètres et les espaces proches du rivage, ainsi qu'une coupure d'urbanisation située au niveau du terrain d'assiette du projet ;
- il méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup relatives à la zone Ub dès lors que le projet n'est pas situé en continuité du bourg de la commune de Salles-Curan et n'est pas inclus dans une orientation d'aménagement et de programmation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article U 1.2 du titre 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup dès lors qu'il constitue une activité de service dont la surface de plancher excède 1 000 m2 ;
- il méconnaît les réserves émises par la mission régionale d'autorité environnementale (MRAe) Occitanie dans son avis sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup ;
- il méconnaît les avis rendus par les autres personnes publiques associées dans le cadre de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup ;
- il méconnaît les orientations du projet d'aménagement et de développement durables relatives à l'éco-conception des bâtiments ;
- il est illégal dès lors que l'unité touristique nouvelle des Vernhes ayant été entièrement réalisée, aucune construction nouvelle n'était plus susceptible d'y être édifiée ;
- le projet de construction en litige porte atteinte au droit de propriété de l'indivision G, dès lors que la délimitation de l'assiette foncière du projet est erronée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, la commune de Salles-Curan, représentée par Me Chavrier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 mars 2024 et le 4 avril 2024, la société Camipa Aménagement, représentée par Me Valette-Berthelsen, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 22 avril 2024.
Par lettre datée du 12 janvier 2023, Me Moly a indiqué qu'en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, M. S D a été désigné comme étant le représentant unique des signataires de la requête n° 2300140.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ginouves, substituant Me Chavrier, représentant la commune de Salles-Curan.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 mai 2022, la société Camipa Aménagement a sollicité un permis de construire pour la réalisation d'une résidence de service comportant vingt-quatre logements sur un terrain situé 19 rue du lac, à Salles-Curan (Aveyron). Le dossier de demande de permis de construire a été complété par des pièces le 25 juin 2022. Par un arrêté du 9 août 2022, le maire de la commune de Salles-Curan a délivré à la société Camipa Aménagement le permis de construire sollicité. Les requérants, voisins du projet, ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté le 5 octobre 2022, qui a été rejeté par le maire de la commune de Salles-Curan le 10 novembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité du mémoire en défense de la commune de Salles-Curan :
2. Les requérants contestent la recevabilité du mémoire en défense présenté le 2 février 2024 par la commune de Salles-Curan au motif qu'elle n'a pas produit la délibération de son conseil municipal autorisant son maire à ester en justice. Toutefois, par une délibération du 26 mai 2020, versée à l'instance par la commune de Salles-Curan, le conseil municipal de cette commune a donné délégation à son maire, sur le fondement de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, pour " intenter au nom de la commune les actions en justice ou () défendre la commune dans les actions intentées contre elle ". Le mémoire en défense contesté est, dès lors, recevable.
En ce qui concerne les moyens relatifs au caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire :
3. Si la régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, le caractère insuffisant du contenu de l'un des documents ne constitue pas nécessairement une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'autorisation si l'autorité compétente est en mesure, grâce aux autres pièces produites, d'apprécier l'ensemble des critères énumérés par ces mêmes dispositions.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : / () / e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; / () ". Aux termes de l'article R. 151-27 du même code : " Les destinations de constructions sont : / 1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-28 de ce code : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : / () / 2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ; / 3° Pour la destination " commerce et activités de service " : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, cinéma, hôtels, autres hébergements touristiques ; / () ".
5. Il ressort tant de la rubrique 5.5 du formulaire Cerfa joint au dossier de demande de permis de construire que de la notice descriptive de ce projet que la société pétitionnaire a indiqué que celui-ci prévoit la construction de bâtiments à vocation d'hébergement hôtelier, destinés à une fonction d'habitat temporaire avec un système de location. La notice du projet précise en outre que le projet est une résidence de services au sens des dispositions de l'alinéa 4b de l'article 261-D du code général des impôts. Le dossier de demande de permis de construire comporte ainsi des informations concordantes quant à la nature du projet, la seule circonstance que la société pétitionnaire n'ait pas indiqué, dans la rubrique 5.6 du formulaire Cerfa, la sous-destination du projet n'étant pas de nature à caractériser une insuffisance de ce dossier dès lors que celle-ci est mentionnée dans les autres pièces produites. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incohérence du dossier de demande de permis de construire sur ce point doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / () ".
7. Le dossier de demande de permis de construire comprend un document représentant l'insertion du projet dans son environnement, sur lequel figurent les constructions projetées ainsi que le bâtiment déjà existant sur la parcelle. Si ce document ne fait pas apparaître les constructions avoisinantes et le lac de Pareloup, le dossier de demande de permis de construire comporte également deux documents photographiques sur lesquels figure la construction existante sur la parcelle et les constructions avoisinantes. Dans ces conditions, l'autorité compétente était en mesure, en procédant à une lecture combinée de ces trois documents, d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme :
8. Aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme, applicable à la commune de Salles-Curan, qui constitue une commune littorale au sens des dispositions de l'article L. 321-2 du code de l'environnement : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ".
9. Il résulte de ces dispositions que ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.
10. Il est constant que le projet en litige est en partie implanté sur la bande littorale des cent mètres du lac du Pareloup.
11. Il ressort des pièces du dossier que si le terrain d'assiette du projet, situé au lieu-dit Les Vernhes, jouxte, au nord-est, plusieurs parcelles boisées, il s'inscrit, à l'ouest et à l'est, dans un secteur densément bâti, composé de nombreuses maisons individuelles, d'une résidence de tourisme au gabarit massif et de plusieurs équipements tels que des restaurants et bars et un parking. Le projet en litige prévoit, pour sa part, la construction de deux immeubles en R+2, représentant un total de vingt-quatre logements et une superficie habitable totale de 1 026 m2. S'il conduit ainsi à une extension importante de la surface de la construction déjà existante sur la parcelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet présenterait une densité plus élevée que celle des espaces proches dans lesquels il s'insère. Dans ces conditions, dès lors que le projet est situé dans un espace déjà urbanisé et qu'il n'entraîne pas une densification significative de cet espace, il pouvait déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites :
12. D'une part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Aux termes de l'article L. 121-3 de ce code : " / () / Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ".
13. Il résulte du deuxième alinéa de l'article L. 121-3 et de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec l'article L. 121-8 compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale (SCoT) applicable, déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.
14. D'autre part, le schéma de cohérence territoriale du Lévézou définit les villages comme ayant " vocation à accueillir des opérations de densification et d'extension au sein de la zone bâtie. Dans ce cas, les documents d'urbanisme locaux ne pourront prévoir, pour les communes littorales, de nouvelles zones à urbaniser qu'en continuité et ces dernières devront être limitées en espace proche du rivage. Les villages s'organisent autour d'un noyau traditionnel, assez important pour avoir une vie propre tout au long de l'année. Le village se distingue des espaces déjà urbanisés par une taille plus importante, par le fait qu'il accueille encore ou a accueilli des éléments de vie collective, une place de village, au moins un commerce de proximité, ou services publics, même si ces derniers n'existent plus compte tenu de l'évolution des modes de vie ".
15. Il ressort des pièces du dossier que le schéma de cohérence territoriale du Lévézou identifie le lieu-dit " Les Vernhes " comme un village au sens des dispositions citées aux points précédents. Si le SCoT ne définit pas le périmètre de ce village et que les requérants contestent l'inclusion du terrain d'assiette du projet dans celui-ci, il résulte de ce qui a été énoncé au point 11 du présent jugement que le projet en litige s'implantera dans un espace urbanisé, comprenant des éléments de vie collective tels que des restaurants et des bars. Au regard de ces caractéristiques, le secteur d'implantation du projet doit être regardé comme constitutif d'un village en application des critères définis par le SCoT du Lévézou. Dans ces conditions, le projet en litige consiste en une extension de l'urbanisation en continuité d'un village existant, au sens du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dès lors, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, dont la consultation est prévue au dernier alinéa de cet article pour les projets d'extension dans des secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale, n'avait pas à être saisie pour avis. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure sur ce point doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du schéma de cohérence territoriale du Lévézou :
16. Le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale du Lévézou comprend un point 2-2.4, intitulé " Le lac de Pareloup, un emblème ", qui dispose : " Graduation des règles en fonction de la distance du rivage : La distance minimale des 100 m sera implantée à partir de la cote des plus hautes eaux fixée à 805 m A. La distance par rapport au rivage est définie horizontalement sans tenir compte de la déclivité. / Les coupures d'urbanisation : Les documents d'urbanisme devront proposer une mise en œuvre de la loi Littoral créant des coupures d'urbanisation classées en zones Np, Ap, N ou A. / L'objectif de ces coupures d'urbanisation est de maintenir des espaces de respiration entre deux zones urbanisées afin de préserver l'aspect général du Lévézou et de mettre en valeur l'arbre (objectif n°5 et n°8 du PADD) () / La limite d'espaces proches du rivage : Les documents d'urbanisme devront : - définir la limite de l'espace proche du rivage (en tenant compte du tracé indicatif figurant sur la carte " mise en œuvre de la loi Littoral ") où l'urbanisation sera limitée pour protéger les paysages. Elle est définie à partir de la distance du rivage, du relief, de l'occupation des sols qui doit être homogène et cohérente, de " l'ambiance naturelle ", des co-visibilités avec le plan d'eau depuis les zones urbanisées/routes fréquentées, et s'appuie sur des coupures physiques (routes, agglo) ; / permettre l'extension de l'urbanisation, qui doit respecter une proportion avec l'urbanisation existante ainsi qu'une intégration paysagère de qualité. Sur les secteurs concernés de bourg ou de village, la délimitation de l'extension est prévue de manière préférentielle en profondeur (en arrière de l'agglomération par rapport au rivage), en évitant autant que possible les coteaux et les versants des collines ; / () ".
17. Si les requérants soutiennent que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions précitées du schéma de cohérence territoriale du Lévézou, il résulte de leur lecture qu'elles se bornent à apporter des précisions quant aux modalités de calcul de la bande des cent mètres au sens de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme et à imposer aux auteurs des plans locaux d'urbanisme des communes littorales de prévoir des coupures d'urbanisation et de définir la limite des espaces proches du rivage et les possibilités d'urbanisation limitée dans ces espaces. Ces dispositions ne sont ainsi pas directement opposables aux autorisations d'urbanisme et les requérants ne peuvent donc utilement invoquer leur méconnaissance. Ce moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup relatives à la zone Ub :
18. Aux termes de l'article U 1.2 du titre 4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup, relatif aux prescriptions applicables aux secteurs Ua et Ub : " Sont autorisés sous conditions de ne pas être incompatibles avec le voisinage des zones habitées, de ne pas créer de gêne supplémentaire à l'activité agricole, et le cas échéant d'être compatibles avec les Orientations d'Aménagement et de Programmation : - Les nouvelles constructions et changements de destination, les installations et aménagements : () entrant dans la destination " Commerce et activité de service ", sous réserve que la surface de vente n'excède pas : 1000 m2 de surface de plancher (les extensions ne sont pas concernées par cette limitation de surface), pour les bourgs de Salles Curan et Villefranche de Panat / () ".
19. D'une part, les requérants soutiennent que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup dès lors que le terrain d'assiette du projet n'est inclus dans aucune orientation d'aménagement et de programmation et qu'il n'est pas situé dans la continuité d'un village existant. Toutefois, il résulte de ce qui a été énoncé aux points 11 et 15 du présent jugement que le terrain d'assiette du projet est situé en continuité du village des Vernhes. En outre, la circonstance qu'il ne soit pas inclus dans une orientation d'aménagement et de programmation n'est pas de nature à faire obstacle à toute urbanisation sur cette parcelle.
20. D'autre part, si les requérants soutiennent que le projet en litige prévoit la construction de deux immeubles entrant dans la destination " Commerce et activité de service " et présentant une surface de plancher supérieure à 1 000 m2, il résulte de la lecture des dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou qu'en limitant la surface de vente des constructions entrant dans la destination " Commerce et activité de service " à 1 000 m2, les auteurs de ce plan ont nécessairement entendu viser uniquement les activités de commerce de détail et d'artisanat et exclure les établissements hôteliers et autres hébergements touristiques, qui ne disposent pas d'une surface de vente. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la prise en compte des réserves de la mission régionale d'autorité environnementale Occitanie et des autres personnes publiques associées :
21. Les réserves émises par la mission régionale d'autorité environnementale Occitanie et par les autres personnes publiques associées dans leurs avis sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal du Lévézou-Pareloup, approuvé le 20 janvier 2022, ne sont pas opposables aux autorisations d'urbanisme. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des orientations du projet d'aménagement et de développement durables :
22. Aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ". Aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ".
23. Il résulte de ces dispositions que le projet d'aménagement et de développement durables n'est pas, par lui-même, opposable aux autorisations d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen soulevé sur ce point ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que l'unité touristique nouvelle des Vernhes a été entièrement réalisée :
24. Aux termes de l'article L. 122-16 du code de l'urbanisme, applicable à la commune de Salles-Curan : " Toute opération de développement touristique effectuée en zone de montagne et contribuant aux performances socio-économiques de l'espace montagnard constitue une " unité touristique nouvelle ", au sens de la présente sous-section. / Les extensions limitées inférieures aux seuils des créations d'unités touristiques nouvelles fixés par décret en Conseil d'Etat ne sont pas soumises à la présente sous-section ".
25. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 9 février 1988, le maire de la commune de Salles-Curan a autorisé la création de l'unité touristique nouvelle des Vernhes. La seule circonstance que le terrain d'assiette du projet ait été concerné par cette unité touristique nouvelle et que celle-ci ait été entièrement réalisée à la date du permis de construire en litige n'est pas de nature à faire obstacle à toute nouvelle construction ultérieure sur celui-ci. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'atteinte au droit de propriété de l'indivision G :
26. Le permis de construire, dont l'objet est d'assurer la conformité de la construction projetée avec la réglementation applicable, est accordé sous réserve des droits des tiers. Il n'est ainsi susceptible de porter par lui-même aucune atteinte au droit de propriété. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer même établie, que l'implantation du projet en litige porterait atteinte au droit de propriété de l'indivision G est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
27. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Salles-Curan, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2022. Leur requête doit donc être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants soit mise à la charge de la commune de Salles-Curan et de la société Camipa Aménagement, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 750 euros à verser à la commune de Salles-Curan et la somme de 750 euros à verser à la société Camipa Aménagement sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à la commune de Salles-Curan et la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à la société Camipa Aménagement sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. S D, à la commune de Salles-Curan et à la société Camipa Aménagement.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, conseiller,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La rapporteure,
E. LUCAS
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026