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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300208

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300208

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 janvier et 16 mars 2023, M. C A F, représenté par Me Schoenacker Rossi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 décembre 2022 par laquelle la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens ainsi que le paiement à son avocat de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le cas échéant, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors que la vie commune entre les époux n'a pas été interrompue depuis l'année 2019.

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sorin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F, ressortissant marocain, né le 13 mars 1981, est entré sur le territoire français, pour la première fois, le 15 juin 2017 muni d'un visa D " saisonnier " valable du 14 juin au 12 septembre 2017. L'intéressé s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 14 septembre 2017 au 13 décembre 2020. Le 7 octobre 2021, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, à la suite de son mariage, le 7 mars 2021, avec une ressortissante française. Par un arrêté du 15 décembre 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, l'intéressé sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français. " En vertu de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " L'article L. 312-2 de ce code dispose : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an () ". Aux termes de l'article L. 312-3 dudit code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. " Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à un étranger marié avec un ressortissant français est non seulement subordonnée aux conditions énoncées par l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français. Enfin, aux termes de l'article L. 421-34 de ce code : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. "

5. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A F, la préfète de Tarn et Garonne lui a opposé l'absence de vie commune avec son épouse. A cet égard si l'intéressé produit un compromis de vente et un acte notarié pour l'achat, par son épouse, d'une maison située à Aiguillon, une facture de résiliation Total Energie en date du 28 octobre 2019, une lettre de relance EDF en date de septembre 2021, une capture d'écran de la caisse d'allocation familiales indiquant qu'ils sont déclarés en couple depuis le 22 novembre 2021 et des attestations succinctes, ces éléments ne suffisent pas à prouver la persistance de la communauté de vie à la date de la demande de l'intéressé alors qu'au demeurant il ressort du courriel du 5 décembre 2022, adressé par la caisse d'allocations familiales aux services de la préfecture, qu'ils ont déclaré être séparés depuis le 5 mars 2021. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer à M. A F une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de Français, la préfète de Tarn-et-Garonne s'est fondée sur la circonstance que le requérant ne justifiait pas d'une entrée régulière en France. Elle relève sans être utilement contredite que ce dernier est entré en France à une date et dans des circonstances inconnues, dès lors que, si M. A F est initialement entré sur le territoire national le 15 juin 2017 sous couvert d'un visa D saisonnier valable du 14 juin au 12 septembre 2017, il ressort du tampon apposé sur l'autorisation de travail par les services de l'office français d'intégration et d'immigration (OFII) que l'intéressé est sorti du territoire français le 26 novembre 2017. La préfète fait valoir que le passeport du requérant présente un dernier tampon d'entrée dans l'espace Schengen, en Espagne, en date du 9 octobre 2019, mais aucun tampon d'entrée en France après cette date. Or, il n'est ni contesté par M. A F que celui-ci n'était pas titulaire d'un visa long séjour lors de son entrée sur le territoire français, ni allégué qu'il aurait souscrit à la déclaration d'entrée sur le territoire français qui constitue une condition de régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et dont il n'était pas dispensé en vertu des dispositions précitées. Enfin, si M. A F dispose d'un titre de séjour " travailleur saisonnier " valable du 14 septembre 2017 au 13 décembre 2020, celui-ci ne l'autorise à séjourner en France que dans le cadre d'une autorisation de travail préalablement obtenue. Dans ces conditions, et dès lors que le requérant ne justifie ni d'une entrée régulière en France, ni de l'existence d'une communauté de vie avec son épouse, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas, en édictant la décision contestée, commis d'erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A F, compte tenu des éléments relevés précédemment, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la persistance de la communauté de vie avec son épouse. Le requérant, sans charge de famille en France, ne soutient pas être isolé au Maroc, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de M. A F, au caractère récent de son mariage et en l'absence d'impossibilité pour l'intéressé de se rendre au Maroc le temps de se voir délivrer un visa correspondant à sa situation, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A F tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 de la préfète de Tarn-et-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions que la requérante présente à fin d'injonction, celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et en tout état de cause, celles relatives aux dépens inexistants.

D E C I D E :

Article 1er : M. A F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A F est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A F, Mme B E et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le président-rapporteur,

T. SORIN

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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