mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300211 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GONTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 13 et 16 janvier 2023, M. A E, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 11 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'a pas été précédée de la procédure du contradictoire ;
- elle méconnait le droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle n'a pas été précédée d'une demande préalable d'observations conformément aux dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et aux principes généraux du droit de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et/ou d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- elle méconnait son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est de nature à comporter pour sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 15 et 16 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Cambon, substituant Me Gontier, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est de nationalité algérienne, qu'il est arrivé en France au cours de l'année 2018 après avoir sollicité un visa de court séjour, qui lui a été refusé, que le requérant a sollicité le bénéfice de l'asile, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'a pas été exécutée, que le préfet indique au surplus que ses empreintes ressortent au FAED, qu'il vit de façon maritale chez une jeune femme, qu'il produit une attestation de sa sœur, de nationalité française, que ces éléments n'ont certes pas été explicités au stade de l'audition, que cependant ils sont produits au débat contradictoire, que la préfecture ne soutient pas qu'il s'agit de faux, qu'ils justifiaient une meilleure évaluation au stade du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français, que s'agissant des garanties de représentation, il dispose, ainsi que l'indique de la préfecture dans l'arrêté, d'un passeport en cours de validité, que son domicile est démontré par les pièces et que l'arrêté comporte des erreurs sur la menace à l'ordre public,
- les observations de M. E, assisté de M. C D, interprète en arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet des Pyrénées-Orientales n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 10 décembre 1998 à Sidi Ali (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français durant l'année 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 13 août 2020, contre laquelle il n'a pas introduit de recours dans le délai imparti. Il a fait l'objet d'un arrêté du 28 janvier 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 11 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
3. L'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 4° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles des articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 de ce code. Il précise que M. E a déclaré être entré sur le territoire français durant l'année 2018 et que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 13 août 2020 et que l'intéressé n'a pas introduit de recours devant la Cour nationale du droit d'asile dans le délai imparti. Le préfet indique que l'intéressé est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour " vente frauduleuse au détail de tabac manufacturé sans qualité de débitant de tabac de revendeur ou d'acheteur revendeur ", pour " vol en réunion sans violence " et " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D " et qu'il en résulte que son comportement constitue une menace à l'ordre public. En outre, l'arrêté contesté précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. E dès lors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les décisions les assortissant. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées.
5. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E a été entendu par les services de police le 10 janvier 2023, préalablement à l'édiction de la décision contestée. En tout état de cause, il ne justifie pas d'éléments pertinents susceptibles d'influer sur le sens de la décision et dont il n'aurait pu se prévaloir auprès du préfet. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. En particulier, si le requérant se prévaut d'une attestation d'hébergement de sa concubine, de nationalité française, avec qui il résiderait depuis le 1er juillet 2021, il ressort de son audition par les services de police en date du 10 janvier 2023 qu'il a déclaré être célibataire, sans domicile fixe et vivre habituellement à une adresse différente que celle déclarée par sa concubine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, M. E ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît le droit d'être entendu tiré des principes généraux du droit de l'Union européenne.
10. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".
12. Si, pour refuser d'octroyer à M. E un délai de départ volontaire, le préfet a retenu à tort les dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le requérant a sollicité son admission au bénéfice de l'asile, le préfet s'est également fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles du 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Il ressort des pièces du dossier que M. E est défavorablement connu des services de police, qu'il a été interpelé le 10 janvier 2023 pour des faits de " vente frauduleuse au détail de tabac manufacturé sans qualité de débitant de tabac de revendeur ou d'acheteur revendeur ", qu'il a été signalisé le 10 septembre 2020 pour des faits de " vol en réunion sans violence " et " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", et qu'ainsi, le préfet a pu valablement retenir que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Il ressort, également, des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales en date du 28 janvier 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur territoire français pour une durée d'un an à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Si le requérant fait valoir qu'il ressort de la consultation de Visabio qu'il dispose d'un passeport en cours de validité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté ce document de voyage lors de son audition. De plus, il ne justifie pas d'un hébergement stable sur le territoire français par la simple production d'une attestation d'hébergement de sa concubine, alors que lors de son audition, il a déclaré être célibataire, sans domicile fixe et vivre habituellement à une adresse différente que celle figurant sur ladite attestation. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées ni d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
13. Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. M. E n'apporte aucune précision quant aux risques auxquels il soutient être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations et dispositions citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions générales de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent être utilement invoquées. Par voie de conséquence, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 5 et 6 du présent jugement, le préfet n'a pas méconnu le droit de M. E à être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. E avant de prononcer la décision en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.
19. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".
20. Lorsque l'autorité préfectorale prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, cette dernière est tenue d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de trois ans, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. La durée de l'interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national.
21. En l'espèce, M. E déclare être entré en France durant l'année 2018. Le requérant est célibataire, il ne justifie pas, par la production d'un témoignage de sa sœur de nationalité française et d'une attestation de sa concubine, rédigés pour les besoins de la cause, disposer de liens suffisamment intenses et stables avec la France. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il a été interpelé pour des faits de " vente frauduleuse au détail de tabac manufacturé sans qualité de débitant de tabac de revendeur ou d'acheteur revendeur ", et a été signalisé pour des faits de " vol en réunion sans violence " et " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", dont il ne conteste pas sérieusement la matérialité. En l'absence de circonstances humanitaires, le préfet des Pyrénées-Orientales, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait de nature à comporter pour sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
22. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet Pyrénées-Orientales en date du 11 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Gontier la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
25. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Gontier et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Lu en audience publique le 17 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
F. B La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026