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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300300

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300300

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMASAROTTO ANOUCHKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 janvier et 21 avril 2023, M. C D B, représenté par Me Masarotto, demande au tribunal :

1°) d'ordonner à titre liminaire la jonction de la présente instance avec celle enregistrée sous le n° 2205682 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet du Tarn a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa de long séjour ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle viole les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une lettre enregistrée le 11 septembre 2022, Me Masarotto indique que son client ne déposera pas de demande d'aide juridictionnelle et que sa demande fondée sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 est sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 23 novembre 1989, est entré en France le 8 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour " conjoint de français " et a été mis en possession d'un certificat de résidence valable du 17 septembre 2020 au 16 septembre 2021. Il a sollicité le 19 août 2021 son changement de statut en vue de la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié. Par arrêté du 18 août 2022, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de renvoi. La requête formée par M. B contre cet arrêté a été rejetée par jugement n° 2205682 du 18 juillet 2023. M. B a de nouveau sollicité le 24 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin de jonction :

2. La jonction des requêtes est un pouvoir propre du juge. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de joindre la présente requête à la requête n° 2205682 formée contre l'arrêté du préfet du Tarn du 18 août 2022 pour qu'il y soit statué par un seul jugement, cette requête ayant au demeurant fait l'objet d'un jugement le 18 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

3. Par arrêté réglementaire du 5 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Tarn a donné délégation de signature à M. Fabien Chollet, secrétaire général de la préfecture du Tarn, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et toutes les décisions établis en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles les décisions de refus de délivrance de titre de séjour et les mesures d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer en France une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". L'article 9 du même accord stipule : " () Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 () les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ". Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ".

5. Il résulte des stipulations précitées de l'article 7 b et de l'article 9 de l'accord franco-algérien que l'obtention d'un visa de long séjour et la production d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi sont cumulativement nécessaires pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Néanmoins, l'obligation de présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour ne saurait concerner que les personnes non encore admises à résider sur le territoire français qui souhaitent se voir délivrer un certificat de résidence au titre, en particulier, de l'article 7. Il en va différemment pour les personnes déjà admises à séjourner en France et qui sollicitent le renouvellement, même sur un autre fondement, du certificat de résidence dont elles sont titulaires.

6. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. B, qui est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour valable du 20 août 2020 au 15 février 2021, a été muni d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 16 septembre 2021. Si le requérant soutient qu'il était ainsi en possession d'un visa de long séjour, il était toutefois en situation irrégulière sur le territoire français à la date de la décision attaquée, le préfet du Tarn ayant rejeté par une décision antérieure du 18 août 2022, notifiée le 29 août suivant, sa demande de renouvellement de son certificat de résidence, avec changement de statut en qualité de salarié. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Tarn a pu opposer à M. B le motif tiré de l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que si M. B a présenté à l'appui de sa demande de délivrance d'un certificat de résidence en qualité de salarié une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée pour un emploi de climaticien, il ne justifie pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes en matière d'emploi. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si le préfet du Tarn mentionne dans la décision attaquée que M. B a fait usage d'une carte de séjour falsifiée auprès d'une société de travail temporaire, il résulte de l'instruction que ce motif n'a été opposé qu'à titre surabondant. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté comme inopérant.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

10. Il ne ressort pas de la demande de titre de séjour présentée par M. B que celui-ci aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la demande de M. B au regard des stipulations précitées du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. En outre, dès lors que le préfet du Tarn n'a pas examiné d'office la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement des stipulations précitées du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ce dernier ne peut utilement soutenir que la décision attaquée violerait ces stipulations.

11. En quatrième et dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale et le préfet du Tarn ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la celle de la décision relative au séjour () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour prise à l'encontre de M. B comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Tarn s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, et est ainsi suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

17. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 8 septembre 2020, à l'âge de 31 ans. Il est séparé de son épouse française depuis le printemps 2021, aucun enfant n'étant né de cette union. S'il peut certes être regardé comme justifiant de son intégration professionnelle, la relation maritale dont il se prévaut est de moins d'un an à la date de la décision attaquée, et il ne justifie pas non plus de l'intensité des liens revendiqués avec son oncle et sa tante. M. B n'établit pas être isolé en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent ses parents ainsi que d'autres membres de sa famille. Par suite, le préfet du Tarn n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En quatrième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de M. B doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de ces décisions, doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

22. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

23. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. CDe B et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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