jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP VIAL-PECH-DE LACLAUSE-ESCALE-KNOEPFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 21 janvier et 10 octobre 2023 ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah, représenté par Me Galignon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de faire procéder sans délai à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet sous l'identité de M. C B ;
4°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été édicté en méconnaissance du droit d'être entendu ; elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ; elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il est de nationalité espagnole ;
- les décisions lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi sont dépourvues de base légale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois est dépourvue de base légale ; elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur et d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré 1er juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales, représenté par Me Joubes, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge du requérant de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Par une ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cherrier, présidente-rapporteure ;
- les observations de Me Bellamy, représentant le préfet des Pyrénées-Orientales.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah a été interpellé, le 20 janvier 2023, par les services de la gendarmerie de Port-Vendres et placé en garde-à-vue pour de faits de recel en réunion de véhicule volé et cambriolage. Au cours de son audition, il a déclaré être de nationalité marocaine et se nommer C B. Il a fait l'objet le même jour, et sous cette identité, d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. Il demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Si le requérant a sollicité, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans sa requête, il n'a pas déposé de dossier de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. En conséquence, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le moyen commun à l'obligation de quitter le territoire français et à l'interdiction de retour :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. E D, directeur de la citoyenneté et de la migration de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par un arrêté n° 2022235-0007 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs du même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. D pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit par suite être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
5. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne (C 166/13 du 5 novembre 2014) rendue sur renvoi préjudiciel d'une juridiction administrative française, le droit d'être entendu dans toute procédure, tel qu'il s'applique dans le cadre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier et, notamment, de l'article 6 de celle-ci, doit être interprété en ce sens qu'il ne s'oppose pas à ce qu'une autorité nationale n'entende pas le ressortissant d'un pays tiers spécifiquement au sujet d'une décision de retour lorsque, après avoir constaté le caractère irrégulier de son séjour sur le territoire national à l'issue d'une procédure ayant pleinement respecté son droit d'être entendu, elle envisage de prendre à son égard une telle décision, que cette décision de retour soit consécutive ou non à un refus de titre de séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah a été entendu, le 20 janvier 2023, par un officier de police judiciaire de la compagnie de gendarmerie départementale de Céret. Au cours de cet entretien, il a exposé son identité, sa nationalité, sa situation de famille, son niveau d'études, ses conditions de logement, les raisons et conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que sa situation administrative. Il a par ailleurs été informé que la consultation du fichier informatisé des empreintes digitales (FAED) avait révélé qu'il est connu sous l'identité de M. F, de nationalité marocaine et né le 18 mars 2003. M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah a eu, ainsi, la possibilité, au cours de cet entretien, de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne et qui est notamment énoncé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
8. M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah soutient qu'étant de nationalité espagnole, il ne pouvait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement de ces dispositions. Il ressort toutefois du procès-verbal d'audition en garde-à-vue, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que lors de son interpellation, le 20 janvier 2023, l'intéressé a déclaré se prénommer C B, né le 18 août 2003 et de nationalité marocaine. Au cours de son audition, l'officier de police judiciaire lui a indiqué que la consultation du FAED avait révélé qu'il était connu sous l'identité de M. F, de nationalité marocaine et né le 18 mars 2003, l'intéressé ayant alors indiqué qu'il n'avait jamais utilisé cette identité. S'il produit à l'instance des photocopies d'une carte d'identité et d'un passeport espagnols établis au nom de Yassin Houhoud Bensalah, de nationalité espagnole et né le 18 août 2003, ces photocopies, en l'absence de tout autre élément, ne permettent d'établir ni que les documents d'identité sur lesquels elles portent seraient authentiques, ni même qu'ils se rapporteraient effectivement à la personne du requérant. Par suite, en l'état du dossier, le moyen tré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.
Sur les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :
9. L'obligation de quitter le territoire français n'étant, comme il a été dit aux points 2 à 7, pas illégale, le moyen tiré de ce que les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi seraient dépourvues de base légale doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant, comme il vient d'être dit, pas illégale, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.
11. En second lieu, si le requérant soutient que cette décision est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative Dans les circonstances de l'espèce, il convient de rejeter les conclusions présentées par le préfet des Pyrénées-Orientales au titre de ces dernières dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Yassin Houhoud Bensalah, à Me Galinon et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Péan, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
L'assesseur le plus ancien
A. RIVES
La présidente-rapporteure,
S. CHERRIER La greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026