mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2300420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TERCERO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. E A, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'enfants français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser son conseil au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de ses deux filles ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle viole les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations du 1° d l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Soddu, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant mauricien, est entré en France le 6 janvier 2016 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa long séjour valable du 6 janvier 2016 au 6 janvier 2017, en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il a bénéficié, pour ce même motif, d'une carte de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 12 mars 2021. Le 11 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 de la préfecture de la Haute-Garonne et consultable sur le site internet de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, notamment tous actes ou arrêtés relevant des attributions de sa direction en ce qui concerne les matières relevant du ministère de l'intérieur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, de nationalité mauricienne, est entré en France le 6 janvier 2016 sous couvert d'un visa long séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française et a bénéficié pour ce motif d'une carte de séjour, régulièrement renouvelée jusqu'au 12 mars 2021. Dans le cadre de sa demande de changement de statut, présentée le 11 mars 2021, le requérant s'est prévalu de la présence sur le territoire français de ses deux enfants mineures de nationalité française, nées respectivement les 2 janvier 2018 et 2 mai 2019. Pour refuser de faire droit à sa demande, le préfet de la Haute-Garonne s'est appuyé, sur le fait que le requérant n'apporterait aucun élément probant permettant d'établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles, ni qu'il entretiendrait des liens intenses et réguliers avec ses enfants, lesquelles vivent avec leur mère sur l'île de la Réunion. Il ressort des pièces du dossier, que M. A est séparé de son épouse française depuis le 2 juin 2019. S'il produit à l'appui de sa demande six justificatifs de virement entre janvier 2020 et avril 2022, ainsi que des copies d'écran attestant de virement d'argent par Internet, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer que le requérant aurait noué des liens intenses et réguliers avec ses filles et contribuerait à leur entretien et leur éducation depuis au moins deux ans. Par suite, en refusant d'accorder le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. "
6. M. A, comme il a été dit au point 4 ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses filles, ni même avoir noué des relations régulières avec ces dernières, qui vivent sur l'île de la Réunion avec leur mère. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que, si M. A réside sur le territoire français depuis cinq ans, il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans dans son pays d'origine où résident sa mère et son père et ne justifie d'aucune attache personnelle sur le territoire français. La seule production de bulletins de salaires de septembre 2020 à juin 2021 et d'une attestation d'entrée en formation datée du 19 septembre 2022 ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une particulière intégration dans la société française. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garanti tant par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que par l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
7. En troisième lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour laquelle ne constitue pas une mesure d'éloignement et n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur père.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français : / 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".
10. Si M. A se prévaut de sa qualité de parent d'enfants français, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit au points 4 et 6, qu'il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses filles depuis au moins deux ans. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 611-3, 5° précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés.
12. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, comme il a été dit aux points 4 et 6, que M. A ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses filles depuis au moins deux ans, ni avoir tissé avec elles des lien intenses et réguliers. Par suite, la décision attaquée n'ayant pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021, par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
15. Les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.En A, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026