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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300438

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300438

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 janvier 2023 et le 28 août 2023, Mme D C, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, dont distraction au profit de son conseil.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 14 septembre 2022 n'était pas annexé à l'arrêté attaqué et ne lui a pas été communiqué ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le rapport médical du 9 septembre 2022 ne lui a pas été communiqué ;

- elle a été privée de la possibilité de vérifier l'identité et la signature des médecins faisant partie du collège de médecins et du médecin rapporteur et de s'assurer ainsi que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège qui a émis l'avis ; il est impossible de déterminer les sources d'informations sanitaires sur lesquelles s'est fondé le collège en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice de leurs missions par les médecins de l' OFII et rien ne permet de constater que l'avis du collège a été pris en tenant compte des structures, des équipements, des médicaments, des dispositifs médicaux et des personnels disponibles en République du Congo ; la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine (BISPO) de l' OFII n'est pas consultable par le public ce qui fait obstacle à une discussion contradictoire sur l'appréciation portée par les médecins du collège ;

- les médecins du collège de l'OFII ne l'ont pas rencontrée, ni examinée et n'ont donc pas pu apprécier son état de santé et les conséquences d'un défaut de prise en charge ;

- les médecins du collège de l'OFII n'ont pas indiqué si le traitement prescrit était disponible pour l'ensemble de la population en République du Congo, s'il l'était de manière continue sur tout le territoire ni quel était son coût ;

- cet avis n'a pas été rendu dans le délai de trois mois prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet s'est considéré, à tort, en situation de compétence liée au regard de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- le préfet aurait dû solliciter l'avis du médecin conseil près le consulat général de France au Congo ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement adapté à sa pathologie dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 19 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Par une ordonnance du 5 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante congolaise (République du Congo), est entrée en France le 18 septembre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 21 novembre 2018 au 20 novembre 2019. Le 6 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour en France en faisant valoir son état de santé ainsi que ses liens personnels et familiaux. Par un arrêté du 17 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 6 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, alors que cette délégation est suffisamment précise, qu'elle est toujours en vigueur et que la requérante ne démontre pas l'absence d'empêchement du préfet de la Haute-Garonne, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions des articles L. 423-3 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme C, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de Mme C, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait après avoir cité l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 14 septembre 2022 dont il s'est approprié les termes. Il a également rappelé qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C, entrée récemment en France, à l'âge de 47 ans, et que rien ne faisait obstacle à ce que sa cellule familiale, composée de ses deux enfants et de son petit-fils, se reconstitue hors du territoire national. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de la requérante, mentionne que celle-ci n'est pas exposée à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les décisions en litige comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui les fondent et sont, dès lors, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de l'intéressée ou se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 de ce code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre. / () Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ".

6. D'une part, aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose au préfet de communiquer à l'intéressé le rapport médical ainsi que l'avis du collège des médecins de l'OFII préalablement à la décision de refus de séjour. Contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas davantage tenu de joindre à son arrêté l'avis du collège de médecins. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire n'exige une communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre l'avis. Par ailleurs, la base de données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine, qui recense, conformément à l'annexe II à l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 14 septembre 2022, versé à l'instance par le préfet, a été précédé, conformément aux dispositions précitées, du rapport médical établi le 1er septembre 2022 par le docteur A. Cet avis comporte par ailleurs la signature des trois médecins composant le collège, et dont l'identité est précisée, ce qui permet de les identifier conformément aux dispositions de l'article R. 4127-76 du code de la santé publique. Il en ressort également que le médecin qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux exigences de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions précitées n'imposent pas de mentionner dans l'avis la spécialité éventuelle de ce médecin et des médecins composant le collège. Elles n'imposent pas davantage à l'OFII ou au préfet de consulter un médecin attaché à l'un des consulats de France situés dans le pays d'origine du demandeur ou son médecin habituel. Par ailleurs, aucune disposition n'impose au collège de médecins de procéder à l'examen du demandeur avant de rendre son avis, la faculté de procéder à un tel examen, prévue à l'article R. 425-12 précité étant laissée à l'appréciation du collège des médecins. En outre, si les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que l'avis du collège de médecins de l'OFII est rendu dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux adéquats, le respect de ce délai n'est pas prescrit à peine d'illégalité de la décision prise au regard de cet avis. Enfin, le collège de médecins de l'OFII n'était pas tenu de préciser si le traitement requis par l'état de santé de Mme C est disponible de manière continue sur la totalité du territoire de la République du Congo et accessible à l'ensemble de la population, ni de se prononcer sur le coût des soins dans le pays d'origine, ni encore de mentionner les sources d'information sanitaire auxquelles les médecins se sont référés pour apprécier la disponibilité des soins dans ce pays. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure dont serait entaché l'arrêté en litige doivent être écartés.

8. Enfin, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'hypertension artérielle sévère et d'une pathologie pré-cancéreuse du col de l'utérus pour laquelle elle a subi une intervention chirurgicale en janvier 2020. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme C, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis précité du 14 septembre 2022 du collège de médecins de l'OFII, qui a estimé que, si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la République du Congo, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Pour remettre en cause cet avis, la requérante produit notamment plusieurs certificats médicaux établis par un médecin généraliste, attestant que l'état de santé de l'intéressée nécessite un traitement de fond quotidien et un suivi spécialisé en cardiologie annuel, ainsi qu'un suivi rapproché pluriannuel en oncologie, et que toute rupture du suivi médical pourrait mettre en jeu son pronostic vital à moyen terme, un certificat établi le 16 mai 2023 par un médecin généraliste attestant qu'elle souffre d'un épisode dépressif sévère nécessitant une surveillance médicale rapprochée, ainsi que plusieurs articles et rapports d'organisations internationales relatifs au système de santé en République du Congo. Toutefois, ces documents, qui ne se prononcent pas sur la disponibilité dans ce pays du suivi médical requis par l'état de santé de Mme C, ne remettent pas en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII puis par le préfet sur la possibilité pour l'intéressée de bénéficier effectivement d'un suivi médical approprié dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme C se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de ses deux enfants et de son petit-fils, ainsi que de son intégration professionnelle. Toutefois, d'une part, l'intéressée, entrée en France le 18 septembre 2019, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, ne justifie pas d'une durée de présence significative sur le territoire français à la date de la décision attaquée. D'autre part, si Mme C se prévaut de la présence de ses enfants et de son petit-fils de nationalité béninoise, il est constant que sa fille majeure est également en situation irrégulière sur le territoire français. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de la fille de Mme C, dont la tuberculose ganglionnaire mésentérique a été traitée de décembre 2019 à juin 2020, ferait obstacle à ce qu'elles repartent ensemble en République du Congo. Par suite, aucune circonstance ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Enfin, la requérante ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français, notamment par le travail, par la seule production d'un contrat de travail à durée déterminée de trois mois conclu le 12 novembre 2021 avec la SARL Espagnol pour un poste de technicienne de surface. Dès lors, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 11 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer Mme C de ses enfants, la cellule familiale pouvant se reconstituer dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

15. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement.

16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de Mme C présentait, à la date de la décision attaquée, un caractère exceptionnel justifiant que le préfet lui accorde un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dès lors que le délai de trente jours constitue le délai de départ de droit commun pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français et que la requérante ne justifie pas de motifs exceptionnels qui auraient pu justifier l'octroi d'un délai supérieur, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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