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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300452

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300452

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 janvier 2023, M. F B, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son transfert aux autorités italiennes et l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué définitivement sur sa demande d'asile dans le délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :

- cet arrêté est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été informé de ce qu'il pouvait se rendre par ses propres moyens en Italie en méconnaissance de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'a pas été informé du délai de transfert et des conséquences d'une inexécution du transfert dans le délai imparti quant à la détermination de l'Etat membre responsable du traitement de sa demande d'asile ;

- les pièces du dossier ne permettent pas de vérifier qu'il a bénéficié d'un entretien individuel avec une personne qualifiée en vertu du droit national, en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est impossible de s'assurer qu'il aurait reçu toute l'information requise sur la procédure Dublin en temps utile en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'autorité préfectorale n'établit pas que les informations exigées par l'article 29 paragraphe 1er du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été fournies ;

- le résultat de la comparaison de ses empreintes décadactylaires n'a pas été vérifié par un expert en empreintes digitales, en méconnaissance de l'article 25 § 4 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- le préfet a édicté sa décision sans prendre en considération ses observations et sans se fonder sur des éléments objectifs ;

- il n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national ;

- les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé ne sont pas expliquées ;

- le préfet n'établit pas que l'Italie aurait été saisie d'une demande de prise en charge en application de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013,

- le préfet n'a pas explicité les raisons pour lesquelles il considérait qu'il n'y a pas lieu de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

-il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 3 du règlement n° 604/2013 et de l'article L. 742-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence des conditions matérielles d'accueil en Italie

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile malgré les informations publiques relatives à la situation des demandeurs d'asile transférés vers l'Italie ;

-l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de la méconnaissance de ses observations et du défaut de mise en œuvre des clauses discrétionnaires ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- cet arrêté est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- cet arrêté est dépourvu de base légale ;

- il n'existait aucune nécessité de l'assigner à résidence ;

- cet arrêté porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Une mesure d'instruction a été adressée au préfet de la Haute-Garonne le 2 février 2023 afin qu'il communique tous éléments utiles permettant d'apprécier la durée de l'entretien individuel du 20 septembre 2022, y compris le temps consacré à la lecture des brochures prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (UE) n ° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 février 2023 :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Laspalles, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et précise que le requérant a toujours été assisté d'un interprète en langue soussou, que les brochures remises l'ont été en français avec la mention " traduite par l'interprète ", que le requérant conteste que cette traduction ait eu lieu, alors que les brochures représentent près de quatre-vingt pages, qu'on ignore le temps consacré à cette traduction, que la procédure est de ce point de vue incomplète, que la présomption liée aux mentions figurant sur le compte-rendu d'entretien n'est pas irréfragable, que M. B a été privé de la garantie prévue à l'article 4 du règlement Dublin III, que sur le fond, M. B a quitté son pays dans le courant du mois de juin 2022 avant de traverser l'Italie, où il est demeuré un mois, qu'il entend se prévaloir de son état de santé, et peut se prévaloir d'un certificat médical, établi au moment où il s'apprêtait à déposer sa demande d'asile, constatant des blessures et un état psychologique dégradé, que le préfet devait envisager de mettre en œuvre la clause discrétionnaire,

- les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en soussou, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M H, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que l'article 4 prévoit que les informations sont remises par écrit, qu'à l'occasion de l'entretien, l'administration remet donc deux brochures A et B, que le même article indique également que si c'est nécessaire les informations sont également remises oralement, à l'occasion de l'entretien individuel, avec le truchement d'un interprète, que les brochures n'existent pas dans certaines langues, en particulier les langues tonales, que tel est le cas de la langue soussou, que dans ces conditions, ce sont les brochures en français qui sont remises, que l'intéressé a la possibilité de faire des observations lors de l'entretien, que seules les brochures A et B sont alors traduites, à l'exclusion du guide du demandeur d'asile et la brochure Eurodac, que l'administration n'a aucune obligation de respecter une durée minimale, qu'en moyenne, les entretiens durent vingt-cinq à trente minutes, que la Cour administrative d'appel de Paris, dans une espèce similaire, a jugé que la traduction intégrale des brochures n'était pas imposée, que dans le résumé de l'entretien individuel, M. B a déclaré qu'il maîtrisait bien la langue française,

Considérant ce qui suit :

1. M. F B, né le 18 septembre 2002 à Conakry (Guinée), de nationalité guinéenne, a déclaré être entré sur le territoire français le 14 septembre 2022. Il s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 20 septembre 2022 pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet le même jour, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait fait l'objet d'un relevé d'empreintes par les autorités italiennes le 5 août 2022. Par deux arrêtés du 24 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes et l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités italiennes :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme G D, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer les arrêtés portant transfert d'un étranger dans le cadre de l'Union européenne et les arrêtés d'assignation à résidence pour permettre l'exécution de ces transferts. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté portant transfert de M. B aux autorités italiennes vise les textes dont il fait application et mentionne les éléments de fait essentiels relatifs à la situation de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application dudit règlement, et, en tout état de cause, avant la décision par laquelle le préfet refuse l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure commune prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

6. Il ressort des pièces produites en défense que le requérant s'est vu remettre, le 20 septembre 2022, jour de l'enregistrement de sa demande, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' ", la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", le guide du demandeur d'asile et la brochure " Les empreintes digitales et Eurodac " rédigés en français. Les pages de garde de ce guide et de ces brochures, sur lesquelles M. B a apposé sa signature, mentionnent qu'elles ont été lues en intégralité par l'agent préfectoral et traduites par un interprète en langue soussou. M. B soutient cependant que la durée totale de l'entretien, d'environ cinq minutes, n'a pas permis que ces documents, représentant au total environ quatre-vingt pages, lui soient effectivement lus dans leur totalité. Le préfet, auquel une mesure d'instruction a été adressé le 2 février 2023, n'a pas été en mesure de contester utilement ces affirmations. Mais il ressort du résumé de l'entretien individuel conduit le 20 septembre 2022 que M. B, a déclaré que son but était de faire sa demande d'asile en France car " il maîtrise bien la langue et souhaite poursuivre des études en France ". Le préfet de la Haute-Garonne pouvait donc raisonnablement penser que le requérant, originaire d'un pays francophone et qui a d'ailleurs obtenu en 2021 un diplôme de bachelier du second degré avec une moyenne de 12/20 en français, comprenait la langue française. Dans ces circonstances, en lui remettant les brochures prévues à l'article 4 du règlement précité en langue française, le préfet ne l'a pas privé d'aucune garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu en entretien individuel le 20 septembre 2022 au sein de la préfecture de la Haute-Garonne. Il a été mis à même de présenter, lors de cet entretien, toutes les observations pertinentes sur son itinéraire et sa situation personnelle. Le résumé de cet entretien mentionne que celui-ci a été mené avec l'aide d'un interprète en langue soussou, par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne, lequel doit être regardé comme ayant la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être également écarté.

9. En cinquième lieu, les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 n'imposaient pas au préfet de mentionner dans l'arrêté la possibilité qu'avait le requérant de se rendre en Italie par ses propres moyens, alors que celui-ci ne justifie pas avoir fait part de son intention de rejoindre volontairement ce pays. Par ailleurs, aucune disposition ni aucun principe n'oblige l'administration à informer le demandeur d'asile que la France deviendrait l'Etat responsable de l'examen de sa demande en cas d'inexécution du transfert dans les six mois. Il s'ensuit que les moyens invoqués en ce sens ne peuvent qu'être écartés.

10. En sixième lieu, la méconnaissance de l'obligation d'information prévue par l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, qui a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile, ne peut, en tout état de cause, être utilement invoquée contre la décision de transfert.

11. En septième lieu, l'article 25 du règlement (UE) n° 603/2013 a pour objet de garantir la détermination exacte de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile. En l'espèce, le requérant se borne à soutenir que la comparaison entre les empreintes relevées en France et en Italie n'aurait pas été réalisée par un expert compétent, mais il ne conteste pas les informations issues de cette comparaison. Par suite, le moyen invoqué à ce titre ne peut qu'être écarté.

12. En huitième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B et, notamment, qu'il n'aurait pas tenu compte des observations formulées par l'intéressé, sans se fonder sur des éléments objectifs ou qu'il n'aurait pas apprécié l'opportunité d'appliquer les clauses discrétionnaires prévues par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

13. En neuvième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le transfert d'un demandeur à l'Etat membre responsable peut être exécuté d'office sous réserve du respect de son droit au recours. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne pouvait légalement décider de transférer M. B sans le mettre auparavant en mesure de quitter volontairement le territoire national.

14. En dixième lieu, le préfet de la Haute-Garonne démontre, par les pièces qu'il produit, que la demande de prise en charge de M. B été adressée aux autorités italiennes au plus tard le 28 septembre 2022, soit dans le délai imparti par les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013, sur le fondement de l'article 13 paragraphe 1 du règlement, via le réseau de communication " DubliNet ". Il établit également que les autorités italiennes ont été destinataires d'un constat d'accord implicite en date du 29 novembre 2022 sur la base de l'article 22.7 de ce même règlement. En conséquence, le moyen invoqué par le requérant à ce titre doit être écarté.

15. En onzième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'est pas tenu de justifier, dans l'arrêté en litige, des raisons pour lesquelles il décide de ne pas faire application de la clause dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement du 26 juin 2013. En tout état de cause, ce moyen manque en fait.

16. En douzième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de M. B.

17. En treizième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III (), l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ".

18. M. B soutient que l'Italie connaît des défaillances systémiques dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, tant en ce qui concerne l'accès à l'hébergement et à la santé que la réduction des garanties procédurales ou le risque de détention prolongée et de mauvais traitements. Toutefois, les rapports dont il se prévaut dans la requête, ne permettent pas de démontrer qu'à la date de la décision attaquée, les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en Italie seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale et indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel extrême. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du règlement n° 604/2013 doit être écarté.

19. En quatorzième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par les dispositions précitées, de décider d'examiner une demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ledit règlement, ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

20. Pour soutenir que l'arrêté attaqué repose sur une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des clauses discrétionnaires, M. B soutient notamment qu'il a été victime de violences en Guinée et présente des nombreuses blessures. Il soutient également que son état de santé s'est dégradé et qu'il bénéficie d'un suivi médical en France. Toutefois, les pièces produites, à savoir un certificat médical établi le 20 octobre 2022 et destiné à être joint à sa demande d'asile, une ordonnance du pôle odontologie de l'hôpital La Grave-Hotel Dieu, ne permettent pas d'établir qu'il souffrirait d'une pathologie le plaçant dans une situation de particulière vulnérabilité nécessitant l'instruction de sa demande d'asile en France ou qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires en cas de retour en Italie. En outre, si M. B indique que lors de son séjour en Italie, il a fait l'objet de traitements inappropriés, il ne démontre pas qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il serait personnellement exposé à des risques réels de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de transfert aux autorités italiennes. M. B n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne, en s'abstenant de mettre en œuvre les clauses discrétionnaires, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

21. En quinzième et dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 742-1 et L. 742-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont été abrogées par l'article 1er de l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

22. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022 publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme G D, directrice des migrations et de l'intégration, pour signer les arrêtés portant transfert d'un étranger dans le cadre de l'Union européenne et les arrêtés d'assignation à résidence pour permettre l'exécution de ces transferts. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

23. En deuxième lieu, l'arrêté portant assignation précise les éléments de droit, notamment l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de fait sur lesquels il se fonde et rappelle notamment que le requérant fait l'objet d'une mesure de transfert dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Il est ainsi suffisamment motivé.

24. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités belges.

25. En quatrième lieu, le requérant conteste le caractère nécessaire de l'assignation à résidence en se prévalant de ses garanties de représentation et de l'absence de risque de fuite en satisfaisant à toutes les convocations qui lui ont été adressées. Toutefois l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonne pas le prononcé de cette mesure à l'existence d'un tel risque. Il s'ensuit que le moyen ne peut qu'être écarté.

26. En cinquième lieu, l'autorité administrative n'a pas porté une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir du requérant en lui interdisant de se déplacer sans autorisation en dehors du département de la Haute-Garonne et en l'obligeant à se présenter tous les lundis et mardis à 10h00 auprès des services de police de Toulouse. L'intéressé n'a d'ailleurs fait état d'aucune circonstance particulière de nature à l'empêcher de respecter les obligations ainsi prescrites par l'arrêté. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne en date du 24 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

28. Le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation et n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sont donc rejetées.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Laspalles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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