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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300456

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300456

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUTREICH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 30 janvier 2023, M. C F A, représenté par Me Dutreich, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour dans sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, totale, mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision litigieuse est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

- la décision en litige est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés le 30 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier enregistré le 30 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a informé le tribunal que M. A a été assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de quarante-cinq jours par décision du 26 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B, qui informe la partie présente à l'audience qu'il est susceptible de substituer d'office aux dispositions du L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux seuls étrangers résidant régulièrement en France depuis moins de trois mois (CAA Paris, n° 21PA01004, 17 février 2022), celles du 1° de ce même article,

- les observations de Me Dutreich, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est célibataire et n'a plus d'attache au Sénégal et qu'il réside depuis plus de vingt ans en France,

- les observations de M. A, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et précise que le fondement de l'article L 611-1-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est justifié, que le requérant a été condamné à une peine d'un an et six mois pour des infractions aux biens et aux personnes, que M. A ne démontre aucune intégration ni aucun gage de réinsertion, que le requérant est inconnu du fichier national des étrangers, que ce soit au titre du regroupement familial ou d'un titre de séjour, qu'il en va de même de sa mère, que le requérant n'apporte aucune preuve quant à sa présence de plus de vingt ans en France, que l'attestation d'hébergement rédigée cinq jours après la décision attaquée ne permet pas de retenir une résidence stable,

Considérant ce qui suit :

1.M. C F A, ressortissant sénégalais, né le 17 décembre 1984 à Dakar (Sénégal) déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2002 par le biais d'une procédure de regroupement familial. Par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 29 juillet 2022, il a été condamné à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement pour des faits de violences aggravées par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et recel de biens provenant d'un vol. Le 20 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne a édicté à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A a été placé en rétention le 23 janvier suivant. Par une ordonnance du 26 janvier 2023 le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse a prononcé la prolongation de la mesure de rétention administrative. Cette ordonnance de prolongation est infirmée par un arrêt de la Cour d'appel de Toulouse en date du 30 janvier 2023, ordonnant sa libération. Le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a notifié à l'intéressé une décision portant assignation à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 5° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que M. A déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2002, sous le régime du regroupement familial et fait état de sa condamnation à une peine de douze mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Toulouse le 29 juillet 2022, pour des faits de violences aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et recel de bien provenant d'un vol. L'arrêté mentionne que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré son intention de ne pas se soumettre à l'obligation de quitter le territoire français et qu'il ne possède pas de garanties de représentation suffisantes notamment parce qu'il n'a pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Il précise que compte tenu notamment de son comportement troublant l'ordre public, une interdiction de retour de trois ans ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines au des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A soutient qu'il est entré sur le territoire français au cours de l'année 2002 en étant mineur, sous le régime du regroupement familial, puisque sa mère est résidente en France. Toutefois le requérant ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour en France, pas plus que de la présence régulière de sa mère sur le territoire, alors que la préfecture fait valoir que celle-ci est inconnue de la base de données relatives à la gestion des titres. Le requérant est célibataire et sans charge de famille. Il n'apporte aucuns éléments permettant de démontrer son intégration sociale ou professionnelle ni qu'il aurait établit le centre de ses intérêts sur le territoire. Enfin, le comportement de l'intéressé, condamné à une peine de douze mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Toulouse le 29 juillet 2022, pour des faits de violences aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et recel de bien provenant d'un vol. une menace pour l'ordre public, représente une menace pour l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant n'est pas fondé et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. M. A se borne, sans au demeurant l'établir, qu'il serait arrivé en France en 2002 et qu'il n'a plus d'attaches au Sénégal. Ce faisant, il ne fait état d'aucun risque personnel et actuel en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'intéressé n'est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En second lieu, si l'intéressé soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 20 janvier 2023.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Dutreich la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F A et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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