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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2300516

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2300516

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2300516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 janvier et 6 juin 2023, Mme B C épouse D, représentée par Me Sadek, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- son droit à être entendue au sens de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait s'agissant de la régularité de son entrée sur le territoire français et de la date de son mariage ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard notamment des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- le préfet du Tarn a commis une erreur de droit en prononçant la décision attaquée à son encontre, dès lors que sa situation de conjointe de français la protège contre une telle décision ; du fait de son entrée régulière sur le territoire français en provenance d'Espagne, sans qu'elle soit tenue à souscrire une déclaration d'entrée en France, seule une décision de remise aux autorités espagnoles pouvait être édictée ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse D ne sont pas fondés.

Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante algérienne née le 8 septembre 1975, est entrée en France selon ses déclarations le 4 décembre 2019. Elle a fait l'objet le 23 février 2021 d'un arrêté du préfet du Tarn refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjointe de français et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Mme C épouse D a de nouveau sollicité le 1er septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 5 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs le même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Tarn a donné délégation de signature à M. Fabien Chollet, secrétaire général de la préfecture du Tarn, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et toutes les décisions établis en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles les décisions de refus de délivrance de titre de séjour et les mesures d'éloignement. Si Mme C épouse D soutient qu'il n'est pas établi que le préfet du Tarn était absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué, la délégation de signature accordée à M. E, qui liste de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est en tout état de cause pas conditionnée par l'absence ou l'empêchement du préfet. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel arrêté comporte une date de fin de délégation. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Tarn s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C épouse D et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

5. En troisième et dernier lieu, s'il ressort des mentions portées dans l'arrêté attaqué que le préfet du Tarn a indiqué que Mme C épouse D s'était mariée le 17 juillet 2022 avec un ressortissant français, alors que son mariage s'est déroulé le 17 juillet 2021, il ne résulte pas de l'instruction que cette erreur de plume aurait eu des conséquences sur l'appréciation portée par le préfet sur la situation personnelle et familiale de Mme C épouse D. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, le droit d'être entendu au sens de la jurisprudence de la Cour de justice fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. L'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, est conduit à l'occasion du dépôt de sa demande, qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle en préfecture, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il est également loisible à l'étranger, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire ou élément nouveau. Le droit de l'intéressée d'être entendu avant que n'intervienne le refus de titre de séjour est ainsi assuré par la procédure prévue et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'espèce, Mme C épouse D n'aurait pas eu, au cours de l'instruction de sa demande, la possibilité de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et susceptibles d'influer sur le sens de la décision se prononçant sur cette demande. En particulier, elle n'établit pas avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêchée de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de Mme C épouse D. En outre, dès lors qu'il ne ressort pas de sa demande de titre de séjour que la requérante aurait sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet, qui n'était pas tenu d'examiner cette demande au regard de ces stipulations ni au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

10. Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord Schengen du 19 juin 1990 : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. " Aux termes de l'article R. 211-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " La déclaration obligatoire mentionnée à l'article L. 531-2 est, sous réserve des dispositions de l'article R. 212-5, souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger qui n'est pas ressortissant d'un Etat membre de la Communauté européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. " L'article R. 211-33 du même code dispose, dans sa rédaction applicable : " La déclaration d'entrée sur le territoire français est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale () ".

11. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint d'une ressortissante française est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, par ailleurs, qu'un ressortissant algérien soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français, au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France, que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire national.

12. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Tarn s'est fondé, pour refuser de délivrer à Mme C épouse D un certificat de résidence en qualité de conjointe d'un ressortissant français, sur la circonstance que cette dernière ne justifiait pas de son entrée régulière en France. Si l'intéressée produit le visa délivré par les autorités consulaires espagnoles, valable du 28 novembre au 12 décembre 2019, l'autorisant à entrer en Espagne, le cachet attestant de son entrée sur l'espace Schengen via l'Espagne ainsi qu'un billet de bus reliant Alicante à Toulouse le même jour, elle ne conteste toutefois pas s'être abstenue de souscrire à la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord Schengen en date du 19 juillet 1990 lors de son entrée sur le sol français à laquelle elle est soumise. Dans ces conditions, le préfet du Tarn, qui n'a pas commis d'erreur de fait en mentionnant que Mme C épouse D était entrée irrégulièrement en France, était fondé, pour ce motif, à refuser de lui délivrer un certificat de résidence en qualité de conjointe de français. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

13. En quatrième lieu, pour les motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme C épouse D au regard des stipulations du point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

14. En cinquième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité.

15. Mme C épouse D, qui ne remplit pas comme il a été dit au point 12 du présent jugement, les conditions exigées pour la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en qualité de conjointe d'un ressortissant français, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet du Tarn n'a pas saisi la commission du titre de séjour préalablement au refus de séjour qui lui a été opposé.

16. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la demande de titre de séjour présentée par Mme C épouse D, qu'elle aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni que le préfet aurait examiné d'office si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

17. En septième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs qui viennent d'être énoncés, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de Mme C épouse D doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". L'article L. 611-2 de ce code dispose : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des Etats parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de cette même convention. " Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 4° L'étranger marié au moins depuis trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".

20. Tout d'abord, il ressort des dispositions précitées des articles L. 611-1 et L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, et des articles L. 621-1 et suivants du même code, relatives aux procédures de remise aux Etats membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen, que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-3 à L. 621-6, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

21. Mme C épouse D n'établit pas, en tout état de cause, avoir demandé à être éloignée vers l'Espagne. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Tarn ne pouvait pas l'obliger à quitter le territoire français et qu'il aurait dû prendre une décision de remise aux autorités espagnoles.

22. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que le mariage de Mme C épouse D avec un ressortissant français est de moins de trois ans à la date de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

23. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

24. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse D est entrée en France en décembre 2019, à l'âge de 43 ans. Elle s'est mariée le 17 juillet 2021 avec un ressortissant français, le couple ayant précédemment conclu un pacte civil de solidarité le 24 octobre 2020. Elle se prévaut de la nécessité de sa présence auprès de son époux du fait de ses difficultés de santé, mais n'établit pas être la seule personne à même de prendre soin de son époux. Si elle se prévaut également de ses bonnes relations avec les enfants de son époux et sa belle-famille, eu égard au caractère récent de sa relation conjugale, d'un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée, et alors qu'elle ne justifie d'aucun obstacle à ce qu'elle puisse solliciter la délivrance d'un visa depuis son pays d'origine, et ainsi revenir en France auprès de son époux après avoir obtenu un tel visa, le préfet du Tarn n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté au droit de Mme C épouse D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en tout état de cause être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant Mme C épouse D à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

26. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

28. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C épouse D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C épouse D, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, à Me Sadek et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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